on ne nait pas féministe, on le devient [2/2]

commander l'ouvrageIl est des livres qui servent de révélateurs. Parce qu’ils mettent des mots sur des situations vécues jusque là confusément et qu’ils leur donnent un sens. Pour Olympe ce fut La distinction de Bourdieu, me disait-elle un jour que nous étions attablées côte à côte. A son tour, le livre qu’elle vient d’écrire sous son véritable nom, « Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ? », pourrait appartenir à cette catégorie.

Vous vous demandez pourquoi, alors que l’égalité est inscrite dans la Constitution et dans la loi, que la société a changé depuis l’époque de votre grand-mère, vous avez l’impression d’être traitée différemment, d’être « moins égale que d’autres ». Pourquoi, alors que vous travaillez autant que votre conjoint, vous devez assumer plus de tâches domestiques. Pourquoi, alors que vous êtes compétente et sérieuse, on ne vous propose pas de promotion. Pourquoi, alors que les femmes font depuis longtemps des études supérieures de haut niveau, les milieux politiques et décisionnels sont majoritairement masculins. La réponse est là.

Premier constat : ceteris paribus – « toutes choses étant égales par ailleurs » pour éviter les biais, comme disent les statisticiens  – c’est-à-dire « si l’on tient compte du niveau de diplôme, de l’ancienneté, de l’expérience professionnelle, du type de contrat de travail, du temps partiel, du secteur d’activité et de la taille de l’entreprise, il reste une différence de 10 points inexpliquée » entre les salaires des hommes et les salaires des femmes !

Deuxième constat : « le plafond de verre n’est pas un obstacle qui se dresse soudainement à l’approche du sommet des hiérarchies. Le filtrage s’opère dès les premières marches et, au fur et à mesure que l’on grimpe les échelons, les femmes sont de moins en moins nombreuses » d’où la notion de « plafonds de verre » au pluriel. Par exemple dans la fonction publique territoriale (voir graphique ci-dessous).

source : Inet

A partir de ces constats, en se basant sur des études précises et avec un vocabulaire simple, loin de tout jargon, Olympe décortique les mécanismes conscients et inconscients qui interagissent et aboutissent encore aujourd’hui au « plafond de verre », cette barrière d’autant plus efficace qu’elle est invisible : reproduction des stéréotypes dès la prime enfance (dont effet Pygmalion), dans les images, les émissions, la vie quotidienne mais aussi règles du jeu masculines, réseaux, entre-soi et cooptation dans le monde du travail… Monde du travail où les métiers féminins, parce qu’exercés par des femmes, sont dévalorisés et où les stéréotypes jouent à nouveau à plein. Et la boucle est bouclée : « séduire ou diriger, faut-il choisir ? » Les femmes subissent une double contrainte ou injonction paradoxale.

Mais Olympe va plus loin : pour sortir de cette situation, elle donne des pistes à la fois individuelles (repérer les stéréotypes, les travers que sont la sous-estimation ou le sentiment de non légitimité…) et collectives (parité des instances de décision, extension à la société ou l’entreprise d’un système de valeurs plus fréquent chez les femmes : soucis de l’autre, responsabilité, réalisme…).

Bref, voilà un ouvrage que toute jeune femme qui entre dans le monde du travail – et qui n’a pas l’intention de lire les œuvres complètes de Françoise Héritier – devrait lire. C’est édifiant et d’une cruelle vérité.

Publié le 7 novembre 2011, dans livres, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 3 Commentaires.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 3 833 autres abonnés