on ne nait pas féministe, on le devient [1/2]

J’avais rencontré Claudine Monteil lors d’un MDB où elle était venue nous parler de Beauvoir et de ses combats. La passion et l’énergie qu’elle mettait dans son témoignage et dans la défense de ses idées, je les ai retrouvés dans son dernier ouvrage « Simone de Beauvoir et les femmes d’aujourd’hui ».

Cet essai, qui fait le lien entre les combats d’hier et la situation actuelle, prend la forme d’une correspondance virtuelle avec Beauvoir. Pourquoi un tel choix ? La première lettre le dit avec clarté : parce que Claudine l’aime toujours, d’une amitié profonde que le temps et la séparation n’ont pas altérée depuis le premier coup de foudre en 1970.
Extraits :

Lorsque vous avez ouvert la porte ce jour-là, ce n’est pas une vielle dame que j’ai découverte. Devant moi se tenait une femme d’une beauté à couper le souffle et d’une vitalité qui ne tarderait pas à épuiser la jeune étudiante enthousiaste que j’étais. Entre vous et moi, quarante-deux ans de différence, deux générations, se sont évanouies en quelques instants.

[…] Comme vous êtes dans mes pensées ! Vous l’avez toujours été, vous le savez bien, votre force m’habite, me nourrit le matin au réveil et par-delà les heures qui passent. Parfois, vous êtes si présente que j’ai envie de prononcer votre nom à voix haute pour que nos droits ne soient pas étouffés. Je vois le monde à travers vous, épaule conte épaule. Vous m’avez tant appris, tant donné durant seize années et vous me manquez. J’ai envie de reprendre cette conversation interrompue voici 23 ans, en 1986, lorsque vous êtes partie rejoindre Sartre à Montparnasse. Comme lui, vous avez traversé la rue, et aujourd’hui mon immeuble regarde le cimetière où vous reposez.

Il me reste une solution. Vous écrire. Vous raconter l’histoire des femmes et celle des hommes en ce 21e siècle que vous ne connaîtrez jamais, alors que tant d’êtres humains s’inspirent de votre vie. […] Disparue, vous nous parlez encore. Si vivante que mes poumons, en songeant à vous, pourraient en éclater.
Certes vous ne répondrez pas à mes lettres. J’ai pourtant besoin de vous, de vous narrer le monde, de le penser à travers votre inspiration et votre regard incisif.

Dans ces lettres, Claudine Monteil dresse le portraits d’hommes et surtout de femmes d’aujourd’hui qu’elle a rencontrées – musicienne, charcutière, agricultrice, femme de pêcheur, tapissière, directrice de télé… – et qui sont autant de témoins de la façon dont les idées féministes ont pu résonner et s’incarner au quotidien.

Elle évoque le parcours et les apports d’historiennes, d’écrivaines, d’artistes, de médecins, avec pour toile de fonds les défis du monde actuel qui menacent les droits des femmes en Inde, en Europe ou ailleurs : crise économique, environnementale, surpopulation, intégrisme…
Mais aussi les initiatives qui font avancer : UN women, Terriennes ou Osez le féminisme.
Elle aborde les sujets polémiques récents sur lesquels elle donne un avis clair et sans concession : l’allaitement, la mixité à l’école, le clitoris, la burqa, le mariage

Avec comme fil rouge la pensée de Beauvoir. Dans les deux sens du terme. Ce qui rend cet essai écrit dans un style limpide, vivant et très agréable à lire.

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Publié le 4 novembre 2011, dans livres, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. Tiens c’est amusant je publie un résumé d’une petite anticipation humoristique datant de 1918 dans laquelle il est question des nouvelles féministes en 1958 qui ont de drôles de revendications 😉
    http://archeosf.blogspot.com/2011/11/clement-vautel-le-feminisme-en-1958.html

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