vous avez dit Troy ?

Hier mon fil d’actualité sur Twitter a été envahi par le hashtag (mot clé signalé par un dièse, en français) #TroyDavis. Pas moyen d’y échapper : il arrivait en tête aux Etats-Unis bien sûr mais aussi en France !
Il y avait ceux qui appelaient à manifester, ceux qui qui s’insurgeaient et ceux qui décrivaient, dans la dramaturgie du détail,  le morbide compte à rebours, un peu comme lors de l’affaire DSK. Même la blogosphère bretonne et parisienne s’est mobilisée, alors qu’il y a de fortes chances que ces blogueurs, comme moi,  ne savaient pas qui était ce Troy Davis il y a seulement 6 jours…

Un tel emballement pour une cause alors qu’on ignore tout du dossier m’étonnera toujours, surtout au vu des arguments avancés. J’y reviendrai. Bien sûr, il s’agissait de dénoncer la peine de mort et d’en prôner l’abolition en général. Mais pourquoi cet emballement soudain pour un cas américain (dans l’Etat de Georgie plus précisément) ? Pourquoi pas ailleurs, en Chine ou en Iran où les pendaisons ne manquent pas ? Parce que les Etats-Unis sont proches de nous ? Parce qu’ils sont considérés comme les leaders du monde occidental et qu’ils doivent être à la hauteur des exigences européennes ? Parce que certains pensent donc pouvoir agir

J’en étais là de mes réflexions, quand sur France Inter ce matin, j’ai appris que le condamné avait été exécuté mais aussi qu’il y avait eu la veille une exécution au Texas ! Il s’agissait d’un membre du Ku-Klux-Klan qui avait assassiné un noir. Pourquoi ce cas là n’a pas généré une telle mobilisation ? Et c’est là que j’en viens aux arguments.
Beaucoup de messages faisaient référence à l’innocence possible du condamné et nous présentaient les faiblesses de l’accusation comme si en 3 jours sur Twitter on pouvait juger de l’affaire. D’autres évoquaient le fait que le condamné était noir et issu de la classe ouvrière…
Mais ces arguments ne valent pas un kopeck ! De quoi s’agissait-il ? De défendre un ouvrier noir, de lutter contre une erreur judiciaire ou de lutter contre la peine de mort ? Comme le souligne très justement Chouyo, si on veut lutter contre la peine de mort, il faut lutter sur le principe et dans tous les cas, même quand le condamné est coupable, pédophile, raciste, blanc, riche…

Un bon moyen d’arriver à l’abolition de la peine de mort, est de la porter au niveau politique, de la faire voter par un parlement, comme en France en 1981. Et c’est là que les manifestants d’hier, place de la Concorde, butent sur un os : les Etats américains sont des démocraties et leur peuple est souverain. Obama, en bon démocrate respectueux du système américain – de la justice mais aussi du principe fédéral – n’a pas bougé, au grand dam de certains qui auraient bien aimé un geste, un fait du prince, eux qui dans d’autres occasions détestent les faits du prince… Va comprendre Charles…

Publié le 22 septembre 2011, dans politique et société, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 8 Commentaires.

  1. Excellent billet. Vraiment.

  2. Oui … et en même temps je comprends que certains aient avancé l’argument de la non culpabilité par ailleurs repris chez Amnesty . La cause abolitionniste avance par des moyens quelquefois détournés et en focalisant sur un cas parmi d’autres . Le cas Troy Davis a marqué les esprits et il en restera quelque chose y compris en France où certains politiques (pas uniquement au sein du FN) n’hésitent pas à reposer la question de la peine de mort

  3. 1. Cette affaire n’est pas nouvelle, ça fait au moins un an qu’on en parle.
    2. C’est uniquement en faisant du bruit qu’on pourra faire bouger la politique. Pas la justice, évidemment. Ce Troy Davis ne m’intéresse pas. D’où l’intérêt de buzzer certains trucs.
    3. Quand Didier Goux dit « Excellent billet » il convient de se poser des questions. Deviendrais tu réac ?

  4. S’abstenir de défendre un non-coupable n’est-elle une démarche rationnelle que dans les cas ou il risque la hache ou la guillotine ?

  5. « Va comprendre Charles » excellent, trucculent….:o))

  6. @ Didier : merci. De la part d’un écrivain en bâtiment, j’apprécie le compliment à sa juste mesure.

    @ Yewandu : « des moyens détournés » c’est exactement ça… et c’est pas terrible… Désolant comme disait un journaliste ce vendredi matin sur France Inter – en reprenant d’ailleurs complètement l’idée de mon billet… Argh !

    @ Nicolas :
    1. « ça fait au moins un an qu’on en parle ? » Ah bon ?!.. Pour ma part c’est la 1ère fois que j’en entends parler, dans les médias et dans les blogs.
    C’est qui « on » ? Tu avais fait un billet sur le sujet ?
    2. parfois le bruit peut être contre-productif
    3. je te laisse à tes supputations

    @Mtislav : « défendre un non-coupable » ? On se demande à quoi sert la justice…

  7. 2. Autant ne jamais rien dire, ne jamais rien faire, ne jamais militer.
    1. Oui (je suis au bureau et n’ai pas accès à mon blog pour trouver un lien, ce week end, si je pense).

  8. Hello! Je me suis fait la même réflexion (en moins bien 😉 ).

    Et pendant ce temps là, on ne parle plus des scandales politiques, de la crise économique, des riches qui donneront (peut être) aux pauvres…

    Bref, merci pour cet article.

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