le mariage homosexuel, ça n’existe pas

Que ce soit à propos du vote négatif de l’Assemblée Nationale ou à propos du vote positif du sénat de New York, on entend parler partout de « mariage homosexuel » ou, de façon plus restrictive, de « mariage gay ».  Or ce terme porte à confusion car il donne l’impression qu’il s’agit d’accorder un droit particulier à une communauté… alors que c’est exactement l’inverse : il s’agit d’ouvrir le mariage déjà existant aux couples homosexuels c’est-à-dire, comme le reprend le slogan de la Gay Pride – oups… Marche des fiertés plutôt – d’aller dans le sens de l’égalité des droits.

A partir du moment où l’homosexualité est entrée dans le champs des comportements sexuels normaux (dépénalisation en France en 1982 et retrait de la liste des maladies mentales en 1990 par l’OMS) – ce qui n’est pas le cas de la pédophilie et de la zoophilie… je dis ça au passage pour ceux qui confondent tout – on ne voit pas très bien pourquoi les couples homosexuels n’auraient pas le droit de se marier, c’est à dire d’institutionnaliser leur union avec les droits et les devoirs afférents. Notamment en ce qui concerne la famille, car les homosexuels peuvent être parents en dehors même de toute adoption : l’homosexualité – oui je sais, c’est un scoop – ne rend pas stérile.

Cela constituerait une étape majeure en terme de reconnaissance et d’acceptation pour les personnes concernées mais aussi en creux pour la société en général, comme l’a été le PACS en son temps (1999). Le PACS, qui avait été de fait conçu en pensant aux couples homosexuels, a eu beaucoup de succès chez les hétérosexuels, car c’est une union plus souple et plus légère que le mariage : elle donne des droits, peu de devoirs et peut être rompue facilement de façon unilatérale.
Le PACS n’a donc pas vocation a « être amélioré », comme le proposent certains partis politiques, ce qui en ferait une sorte de mariage bis, le seul accessible pour les homosexuels et donc pour le coup un « mariage homosexuel ». Le PACS doit rester tel quel, c’est le mariage qui doit être possible pour tous. En fait, ce qu’il faudrait c’est revoir la gradation des différents types d’union civile – dont ce qu’elles impliquent en matière de droits et de devoirs – et les ouvrir à tous les couples.

Pour l’instant, l’ouverture du mariage aux homosexuels est portée par la gauche, mais je fais le pari qu’une fois les élections passées et les susceptibilités de ses vieux électeurs ménagées, la droite, si elle l’emporte, y viendra. Car, comme le dit Authueil, la bataille sur ce sujet a été moralement gagnée au moment du PACS : celui-ci a montré que les couples homosexuels sont des couples comme les autres.

Publicités

Publié le 25 juin 2011, dans mots, politique et société, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 11 Commentaires.

  1. On est d’accord, sauf sur une bricole : « Le PACS doit rester tel quel, c’est le mariage qui doit être possible pour tous » : c’est justement ce que revendiquent les partisans du « mariage homosexuel » donc ça équivaut à lutter pour alors que tu fais un billet pour dire le contraire et je vais aller reprendre une aspirine.

  2. En effet tu n’as rien compris. Relis le début : c’est uniquement l’expression de « mariage homosexuel » que je récuse. Bonne aspirine 😉

  3. Le terme « mariage » désolée de devoir le rappeler a une connotation religieuse ++++
    Le mariage civil fut apporté par la révolution, simulacre de celui de l’ Ancien régime, sous fond de confiscation des biens du clergé ( grand besoin de pépettes) de guillotine aussi à l’occasion, mais aussi de d’instauration d’une nouvelle obligatoire via le culte de l’arbre de la liberté. Aussi, bof, bof, je pense qu’un autre terme serait plus approprié, car après tout il s’agit d’obtenir une égalité de droit, n’est-ce-pas?
    Ensuite NYC n’est pas les US, tout comme San Francisco…
    Le reste ai espiqué chez Bob
    Bonne soirée

  4. Je pourrais bien plus avoir à dire sur ce sujet, car une élue et ministre à une époque, a eu grand souci à faire abattre une croix très ancienne pas sur « sa » propriété mais située à environ deux mètres plus loin de l’accès de celle-ci et sur la voie publique.
    Elle a du droit à une grosse claque dans le sud, bien fait pour elle…
    C’est com ca la vie .

  5. @Polluxe, EN TERME DE CHRONOLOGIE, mon premier com aurait du figurer après celui de Nicolas.Nous le savons bien….
    Bonne nuit Polluxe, ainsi va la vie. ;pppp

  6. Merci de récuser cette appellation qui ne cesse de m’énerver ces jours ci. En plus, on lit « mariage gay » comme si cela ne concernait que les gays, mais mariage homo, c’est pareil, c’est exactement le contraire, comme tu dis.
    Moins d’accord avec ton dernier paragraphe, puisque justement je pense que la droite est prête à faire un mariage homosexuel, (ce qu’elle appelle union civile), qui exclut lesbiennes et gays et trans de l’adoption, et que c’est pour ça qu’elle verrouille l’ouverture du mariage existant aux personnes de même sexe.
    Enfin, je précise qu’une fois que tout le monde y aura droit, j’aimerais qu’on se batte pour changer le mariage en un « autre chose » qui n’aurait plus sa symbolique rétrograde.

  7. Sandrine, je fais le pari qu’elle y viendra. Pour l’adoption, le problème à mon avis se pose de façon plus large, et ce quelque soit l’orientation sexuelle du couple, de savoir jusqu’où on peut aller. Le « droit à l’enfant » est une notion qui me gène.

  8. Le droit à l’enfant fait partie du droit au mariage pour les personnes du même sexe, puisque dans le réel ( et pas dans la réthorique ou la notion) ces couples ne peuvent jamais avoir d’enfants sans l’intervention d’un tiers . Un homme et son sperme pour les couples de femmes , une femme et son utérus ( plus 9 mois d’intimité mère- enfant) pour les couples d’hommes.
    Cette situation existe pour les couples homme- femme stériles mais à la marge alors qu’elle est consubstantielle aux couples de même sexe.
    Le terme de mariage homosexuel a le mérite de ne pas cacher cette réalité .

  9. on est d’accord, le mariage n’est ni homo, ni hétéro, ni gay, c’est le mariage. Institution religieuse certes, mais parce que tout simplement, la loi était « religieuse » et il n’y avait pas d’autre mariage que religieux jusqu’à la révolution française qui a créé l’état civil, les droits de la femme ont été ensuite considérablement restreints par le code napoléon. Le but du mariage étant de protéger l’héritage et donc la propriété, l’adultère côté féminin était bcp plus réprimé que celui de l’homme. C’est cela sans doute qui a conduit à ce qu’une femme adultère ou une fille qui couche soient encore aujourd’hui plus mal considérées qu’un homme qui en fait autant….
    Je rectifie sur les réseaux sociaux chaque fois que je vois passer mariage gay et mariage homo, en proposant mariage pour tous, mais on peut trouver autre chose…C’est un problème d’égalité des droits.

  10. Le cas suisse est un peu différent, dans la mesure où le « partenariat enregistré » est réservé aux homosexuels et prévoit qu’ils ont certains droits dès lors qu’ils sont unis sous ce régime (en particulier héritage, droit de visite lorsque « seuls les proches peuvent rencontrer quelqu’un », par exemple après un accident, régime de retraite, si je me souviens bien). Le droit à l’adoption avait été retiré du projet soumis au vote populaire, à l’époque, parce qu’il aurait pu faire capoter tout le projet.

    A suivre vos explications, j’ai comme l’impression que le PACS à la française, prévu pour les unions homosexuelles mais ouvert aux hétérosexuels, loupe un peu sa cible initiale… ce qui pourrait inciter l’Etat à repenser tout le bazar – par exemple en renonçant au terme de mariage pour toute union effectuée sous le régime civil et en laissant strictement au domaine religieux l’exclusivité de ce terme (et la possibilité de lui donner le sens que la religion veut bien lui donner, et qui va généralement plus loin qu’un simple contrat entre deux personnes).

  1. Pingback: on ne nait pas féministe, on le devient [1/2] « le blog de polluxe

%d blogueurs aiment cette page :