DSK : l’affaire dans l’affaire

L’ami Nicolas, comme Yann précédemment, nous demande notre avis, à nous les femmes, comme dirait Iglesias. Au demeurant, j’écris cela avec circonspection car je ne suis pas sûre d’en être, une femme, non pas tant au niveau biologique – je le constate tous les jours en me rasant douchant – qu’au niveau du genre… Bon, malgré ce et une certaine lassitude, je vais tenter de répondre, bien que je ne sois pas sûre du sujet : s’agit-il de donner son avis sur le fait qu’une certaine Vanessa, ex compagne d’un Efron, trouve que les français draguent sans élégance, sur le fait qu’elle lui soit encore associée dans les nouvelles Google ou sur l’affaire dans l’affaire DSK, c’est à dire les propos machistes de certains ?

Comme je ne connais rien aux effronteries, je choisis la dernière option.
L’association Osez le féminisme a lancé un appel et organisé une manif, qui viennent principalement en réponse aux propos de certaines personnalités : BHL et son doute sur la femme de ménage, Jack Lang et son « il n’y a pas mort d’homme », JFK et son « troussage de domestique », formule qui a le plus choqué car elle mêle la misogynie à un mépris de classe qui fleure bon le 19e siècle. JFK s’en est d’ailleurs excusé. Ces réactions traduisent par leur registre un arrière-fond sexiste qui n’est pas étonnant chez des hommes de cette génération et que l’on retrouve dans beaucoup de commentaires. Olympe en a fait une liste assez complète qui relève de  ce que l’on peut appeler l’argument du violeur. Comme le souligne l’appel, on se permet avec les femmes ce que l’on ne se permettrait pas avec toute autre groupe  ; il suffirait, dans les conversations courantes, de remplacer « femme » par « noir » ou » juif » pour se rendre compte que le sexisme reste d’une banalité confondante. Les jeunes générations viennent de s’en rendre compte et réagissent d’autant plus violemment qu’on leur avait vendu comme acquise l’égalité des sexes. Le réveil est brutal.

Pour autant, ce qui m’a frappé en premier dans ces réactions, ce n’est pas tant le registre sexiste que l’aspect choc émotionnel. Que ce soit BHL, JFK, Lang ou bien Valls, Cambadelis, Aubry, Badinter, ils avaient tous des larmes dans la voix. Ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu, ce ne sont pas des élites qui méprisent le peuple, une caste qui défend les siens ou d’affreux justificateurs du viol, mais des gens choqués qui défendent leur ami. Spontanément, maladroitement, irrationnellement. Aussi, je trouve que le reproche qui consiste à dire « vous n’avez pas eu un seul mot pour la victime » n’a pas de sens en l’occurrence – sans oublier qu’il n’y a pas encore de « victime » mais une plaignante. Et comme le dit Eolas dont les précisions juridiques sont utiles, quand en plus ce reproche vient de journalistes, ça relève de la Tartufferie : « On sent les éditorialistes qui savaient que DSK avait un problème relationnel avec les femmes et qui tentent de se racheter une virginité en jouant les sycophantes. »

Comme beaucoup de citoyens, j’ai été sidérée, choquée par cette affaire, et – sans doute à cause des images – j’ai éprouvé de l’empathie. Voilà pourquoi je n’arrive pas à hurler avec les louves. Voilà pourquoi, sans doute, certains adhèrent à la théorie du complot ; comme pour le 11 septembre, quand une réalité est difficile à admettre, on la nie et on préfère échafauder des théories abracadabrantes à partir de détails…

Alors qu’en fait, nous sommes justes devenus des orphelins de DSK.

Publié le 24 mai 2011, dans politique et société, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 19 Commentaires.

  1. Absolument d’accord, l’amitié existe malgré tout, pas la peine de toujours voir en toutes choses relations de classe et horribles dominations raciales…

  2. Mr Choule

    Faux. L’amitié n’existe pas chez les politiciens, encore moins parmi ceux d’un même camp. Les coups de couteau dans le dos sont monnaie courante, seul moyen d’accéder à une meilleure place. Ils sont unis seulement par un même combat idéologique. Ici, ils ne pleurnichent pas sur « l’ami » DSK, ils chouinent pour l’image que donne cette affaire de leur parti et de leur idée socialiste.

  3. @ Romain : on est tellement souvent d’accord que je me demande si ça vaut le coup que je continue à bloguer… ;-/

    @ Mr Choule : vous êtes bien renseigné ou bien péremptoire…

  4. Vincent NOUTARY

    Entièrement d’accord avec Mr Choule.

    Réussir en politique, c’est savoir trahir au bon moment. La trahison est à la base de vie politique. Les protestations d’amitié sont toutes intéressées. Je ne suis pas une femme mais ça ne m’a pas empêché d’être scandalisé par les déclarations de BHL, JFK et même Badinter, que je croyais,jusque là, un peu plus digne. Franchement, j’aurais honte qu’un type aussi pourri que BHL se déclare mon ami. Et je me fous de savoir s’ils sont d’origine juive ou pas. J’ai moi-même du sang juif dans les veines et pour moi un salopard c’est un salopard, et je me fous éperdument de savoir s’il est juif ou pas. Je suis, par exemple très heureux de savoir que ce vieux salopard d’Ariel Sharon croupit dans le coma depuis des années. Ce qui est arrivé à Ophélia Diallo est un grand malheur pour elle. Ce qui arrive à Dominique Strauss-Kahn est un grand malheur pour lui. Si ce qu’elle lui reproche est avéré, et qu’il est un homme d’honneur, il n’a pas d’autre choix que de se supprimer. DSK m’inspire surtout de la pitié, un homme souffrant d’une grave pathologie qu’apparemment, la médecine était impuissante à soigner. Ce qui ne l’empêchait pas, par ailleurs, d’être brillant et remarquable. Je trouve tout cela très triste. Mais je me refuse à en concevoir la moindre « honte pour la France », la France c’est NOUS aussi et nous on fait même pas pipi dans le lavabo !

    Bon, c’est pas tout ça, quand c’est-y qu’on va aux putes?

    Vincent

  5. « Réussir en politique, c’est savoir trahir au bon moment. La trahison est à la base de vie politique. Les protestations d’amitié sont toutes intéressées […] un type aussi pourri que BHL […] »

    En effet, tu vois tout en noir. Pourquoi ?

  6. Vincent NOUTARY

    Le « réussir en politique, c’est savoir trahir au bon moment » n’est pas de moi mais de René Rémond qui était mon prof à Sciences-Po.Pour le reste ce sont des faits que j’évoque, rien que des faits. Mais cela ne me perturbe pas du tout. Nous avons tous des horizons plus larges que les journalistes rivés sur l’audimat et les sondages. Toujours amusant d’entendre des gens comme Ivan Levaï ou Alain Duhamel pérorer sur le chômage des jeunes alors qu’eux devraient être à la retraite depuis longtemps.

    Non, je ne vois pas tout en noir, au contraire. Faut juste replacer la politique, vue par les médias, à sa vraie place devant l’Histoire, c’est-à-dire : leur meilleur fonds de commerce, après les filles à poils et les frasques soigneusement mises en scène des people à deux balles.

  7. cedoriku

    A quand l’adaptation au ciné ? Cette histoire de leader déchu pour cause de bistouquette en folie, ce à quelques mois d’atteindre le nirvana politique, ça va exploser le nombre d’entrées (plus fort que les chtis, c’est Martine qui va faire la tronche…). Le script étant déjà écrit, reste à s’occuper du casting. Je propose Depardieu dans le rôle de DSK.

  8. En effet, pour le scénario les dépêches AFP suffiront. Mais Depardieu, non, trop éléphantesque 😉

  9. N’importe nawak mais surtout qui n’apprend rien du tout du tout comme d’hab, mais rebondit sur de multiples billets, il y a ceux qui sont cités mais bien d’autres occultés. Pas de souci je sors, ai fait la lessive.

  10. Ce billet me plait, mais je dois avouer que le commentaire de V. Noutary est tout aussi pertinent. Pour réussir en politique, il faut, un moment ou un autre, marcher sur le voisin AVANT qu’il ne vous marche dessus… Et je crois même que dans la vie de tous les jours, c’est un peu la même chose, ce que je me suis toujours refusé à faire, question d’éthique et de respect…

  11. Perso, j’attends la suite des événements pour tirer le vrai du faux de cette histoire.

    Ce qui me déplait c’est l’excuse DSK que les gens utilise pour des velléités hors normes: Machisme exacerbé, Féminisme à deux balles, africanisme démesuré etc…

    La conviction profonde ne peut souffrir de quelques appartenances que ce soit.

  12. Le spectacle auquel nous assistons en dit long sur en tout cas sur la cohérence des jugements de ceux qui viennent commenter la vie politique à la télévision. Je ne me sens pas du tout orphelin de DSK, mais personnellement, j’ai tendance à penser que la femme de chambre a menti, et que vraisemblablement, il y a complot. Mais ça, je n’en suis pas absolument sûr. Par contre, lorsque j’entend Jean-François Kahn parler de « troussage de domestique », je ne peux pas m’empêcher de penser à ce qu’il aurait dit s’il s’était agi des paroles de Sarkozy. S’il y a une vérité, c’est que la rhétorique est plus importante que le fond dans ces débats télévisés. Eteignons notre télévision: en regardant ces émissions, ce sont nous qui donnons de l’importance à ces experts en rhétorique.

  13. Quand je déplore un.e ami.e je ne me sens pas pour autant obligée d’accuser les autres de leur vouloir du mal ou de me l’avoir enlevé.e EXPRÈS. Que le clan DSK déplore ce qui s’est passé concernant DSK (qu’il soit un gros pervers depuis toujours, qu’il est pété un câble ou qu’il est été piégé, ce n’est pas le propos) mais que l’on montre du doigt la femme de chambre, que l’on désigne l’Amérique comme une ennemie de la France et des joies de la sexualité, que l’on fasse le cirque auquel s’est adonné ces jours-ci les membres du PS et la clique fermée des amis de DSK dont on connaît maintenant tous les noms, que l’on trépigne comme des gamins à qui on a cassé un jouet, s’en fichant qu’il y ait une présomption de viol qui pour ces gens n’est même pas un crime du tout, c’est affolant de bêtise, d’infantilisme, d’arrogance, de mégalomanie et de mépris pour le reste de la planète à commencer par les citoyen.ne.s lambda de ce pays.
    L’amitié c’est bien beau mais ca ne veut pas forcément dire cracher sur tout ceux qui n’ont pas été choisis pour appartenir au cercle de superpotes qui ont fait serment de sucer la moelle des autres en commun et de renvoyer les exclus dans le coin sombre de la cour de récré où ces « perdants » dépourvus de rolex sont tenus de ne pas bouger ni moufter.

  14. tiens d’ailleurs ici http://parite-fanchon.blogspot.com/2011/05/sus-aux-hierarchaiques.html on parle aussi de garder la tête froide. Ce qui est le minimum que l’on puisse attendre de gens censés sinon nous « guider » du moins nous « informer » avec quelque chose qui ressemble pas trop vaguement à de l’impartialité et de la justesse.

  15. Heureusement en cas de souci, Louis XVI pourra demander de l’aide au clan ben ali, parce qu’il le vaut bien !

  16. @ Arthur : Kean-François Kahn a eu un mot malheureux. Mais il ne s’en est pas seulement excusé (ce qui aurait été déjà pas mal), il s’est condamné lui même, en jugeant son propre propos inacceptable. Il faut un certain panache pour faire cela.
    Aussi peut-être peut-on s’efforcer d’oublier cette erreur
    A moins bien sûr de n’en n’avoir jamais fait soi-même. …

  17. Bien sûr qu’il y avait des amis affectés, mais ce sont des personnalités publiques, ils ont tiré parti de leur position pour parler et défendre un ami avec des arguments qui ne sont pas tolérables dans la sphère publique. Rien ne les empêchait de dire « excusez-moi cela me bouleverse je ne vous répondrais pas, je n’irais pas sur votre plateau de télé ». Non ils ont accepté d’argumenter (on peut bien sûr sortir la première réaction à chaud du dimanche matin entre deux portes) lors de débats ou écrire sur leurs blogs de société, en utilisant donc leur notoriété (ils n’auraient pas été invités sinon) et en sachant que ce qu’ils diraient serra considérer comme l’avis de certains leaders d’opinions et experts par les citoyens français et vu de l’étranger. C’est bouleversant d’entendre « troussage de domestique » et l’argumentation d’un homme de la stature de Robert Badinter. Au-delà de l’affaire DSK, les français se sont pris une claque dans la gueule sur l’élite bien-pensant endogame et sur ce qu’elle pensait du menu fretin. La gauche a énormément perdu en crédibilité, non pas de l’acte de DSK qui comme tout humain peut commettre des fautes, délits, crimes indépendamment de son milieu et de son bord politique, mais de la réaction de meute autour.

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