le 15 mai : quelle catastrophe ?

Depuis hier, l’affaire DSK tourne en boucle sur les chaînes d’infos et occupe l’essentiel des JT. Éditions spéciales, analystes politiques réquisitionnés pour l’occasion, journalistes dépêchés en urgence à New-York (manifestement le cas de Marie Drucker pour France 2), interviews de personnalités politiques, suivi minute par minute de l’affaire. Il faut dire que tous les ingrédients du bon thriller sont en place : pouvoir, argent, sexe. Comme si Hollywood était dépassé par la réalité.
Certes, l’affaire est grave pour les personnes impliquées, pour le parti socialiste à un an des présidentielles, pour le FMI et surtout les pays en crise dont il s’occupe, la Grèce notamment. Mais à quel point ? Au point de parler de séisme ou de tsunami politique comme l’ont fait certains médias ? Ainsi i-TéléFrance 24, Le Nouvel Obs avec « DSK : le séisme » ou Le Post avec cet article – supprimé depuis mais dont il reste la trace [merci Google…] :  http://www.lepost.fr/article/2011/05/15/2495015_dsk-tsunami-politique-majeur.html

Deux mois après le tsunami qui a provoqué des milliers de morts et une catastrophe nucléaire au Japon, ces choix sémantiques sont déplacés et choquants. D’autant que ce week-end, la zone d’évacuation de la population autour de la centrale le Fukushima a été étendue et le plan initial de refroidissement  revu… Faire le bilan sur la situation à Fukushima serait sans doute plus important que de chercher à savoir, toute affaire cessante, si DSK a oublié son portable ou si la femme de ménage est d’origine africaine ou Porto-ricaine…

Les mots sont importants et l’inflation en ce domaine est toujours dommageable : d’un coté, cela provoque le scepticisme quant aux faits rapportés, de l’autre, la minimisation des faits évoqués indirectement comme éléments de comparaison. Au final les mots se banalisent, perdent de leur charge sémantique, émotionnelle… et n’ont littéralement plus de sens puisque leur utilisation à tort et à travers perturbe l’échelle de valeur, balaye toute définition commune et rend difficile la communication. Les mots fascisme et racisme en font souvent les frais

Pour rester dans l’actualité, ce 15 mai qui est aussi l’anniversaire de la création de l’Etat d’Israël, a été marqué par des évènements violents à ses frontières. A cette occasion, la plupart des journaux axent leurs titres sur le mot « nakba »,  ce qui me semble nouveau. Ce mot qui veut dire « catastrophe » en arabe est utilisé par les Palestiniens pour désigner cet évènement. En hébreu, catastrophe se dit « shoah »…

Publié le 16 mai 2011, dans mots, politique et société, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 7 Commentaires.

  1. Bien vu. Valls a même osé parler de « cruauté insoutenable » pour qualifier la vision d’un DSK menotté entre deux policiers. C’est aberrant de galvauder ces termes-là pareillement ! Ce n’est pas la fin du monde ni le premier délinquant sexuel (présumé) qui se fait embarquer de cette manière ! Il n’est pas Dieu ! On nous a intoxiqué pendant des mois pour nous faire croire qu’il allait être élu l’année prochaine à se demander si c’était encore la peine d’aller voter puisque le résultat des élections étaient déjà connu. Maintenant on nous fait croire que c’est Dieu en personne qui va être recrucifié afin peut-être d’obtenir qu’il revienne sur la scène politique malgré son comportement de fêlé qui ne semble déranger personne. On va même jusqu’à apprendre parallèlement que le « tout Paris » savait depuis belle lurette qu’ « IL » majuscule, notre certain futur président de la République, disjonctait de la braguette. Ce n’est pas un tsunami du tout, ni un séisme, là. C’est un marais croupissant d’où est remontée une grosse grosse bulle qui sent très très mauvais.

  2. Très bonne analyse que je partage totalement Polluxe !
    Et au passage très bon commentaire d’Euterpe.
    Bref un très bon blog. 🙂

  3. @ Euterpe : Que les responsables socialistes soient sous le choc, c’est compréhensible, d’autant que les images dignes d’une série TV sont saisissantes, mais que les journalistes sensés prendre un peu de recul aient continué ce soir à parler de séisme et de tsunami, c’est déplacé. C’est un drame humain, pas une catastrophe naturelle.

    @ Vlad : merci.

  4. C’est un billet très pertinent. Le choix des mots -séisme, tusunami- a quelque chose d’obscène. Par ailleurs, j’ai été surpris d’entendre sur France 2 l’envoyé spécial à New York parler d’une « affaire de moeurs« … Or, que je sache, une tentative de viol n’est pas une simple affaire de moeurs.
    Je partage également le commentaire d’Euterpe et je dois avouer que cette affaire suscite un véritable malaise. Apparemment, contrairement à un séisme, cette histoire était prévisible. Au PS, les gens savaient que DSK avait un problème. À la limite, si l’on croit à une machination, ils savaient qu’il était manipulable. Et là, je me demande, sans vouloir faire de la pyschanalyse de supermarché, bien sûr, si les socialistes, quand ils nous parlaient d’un Sarko bling-bling, pulsionnel et incontrôlable, ne nous parlaient pas en fait, inconsciemment, de leur favori… Ça craint.

  5. L'argonaute

    Bien dit… Dans ce brouhaha médiatique, une phrase entendue : « heureusement que ça arrive maintenant, vous imaginez si cela était arrivé en pleine campagne ! » Donc un tas de gens au P.S. avaient investi sur quelqu’un dont ils savaient pertinemment qu’il n’était pas digne de confiance. Va comprendre charles !

  6. @ efflorescences : oui et on ne va pas tarder à savoir le fin mot de l’histoire.

    @ argonaute : sans doute l’envie de gagner à tout prix.

  7. Analyse intéressante du choix des mots! On relèvera cependant que le terme de « tsunami » est entré dans le langage le plus courant après la catastrophe naturelle survenue en Asie du Sud-Est le 26 décembre 2004 – et qui a engendré leur lot de morts regrettables – soit bien avant les événements de Fukushima.

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