la réforme fiscale de la dernière chance

Le gouvernement Fillon est en train de plancher sur une réforme fiscale. Qu’il réfléchisse bien à ce qu’il va proposer car c’est sa dernière chance avant les présidentielles de 2012.
Ce gouvernement et ce président sont usés jusqu’à la corde. Jamais un président n’a été aussi impopulaire, jamais l’ambiance n’a été aussi délétère. En cause une diplomatie déficiente, une succession d’affaires, de conflits d’intérêts sur fond de crise économique, d’outrances financières et de globalisation douloureuse.

Mais n’est-ce-pas déjà trop tard ? Cette réforme aurait dû intervenir plus tôt comme le signe de la prise en compte des difficultés liée à la crise, comme la marque de la supériorité de l’intérêt général sur l’idéologie. Alors que là, maintenant, c’est le dernier virage avant la ligne droite. Et pour ne pas le rater, il faut que cette réforme soit en phase avec l’intérêt de la majorité des français, c’est-à-dire des classes moyennes sur qui repose tout le système.

Ce groupe semble difficile à cerner et il y a des tas d’études pour dire qu’au final il n’existe pas. Mais c’est peut-être parce que ces études se focalisent sur les chiffres et ignorent le ressenti des gens. Dans un article de Marianne, Roland Hureaux en donne une définition que je trouve pertinente :

« On peut sommairement diviser la population française, et même l’ensemble des sociétés occidentales aujourd’hui, en trois segments :

– au sommet de l’échelle, le 1% de revenus très élevés, qui ont le plus souvent aussi la plus grande fortune […];
– au bas de l’échelle, entre 10 et 15 % d’ « exclus » vivant d’aides sociales (RSA, CMU, Minimum vieillesse, allocations de chômage, AAH etc.) et une frange de travailleurs à temps partiel;
– entre les deux, une vaste « classe moyenne » qui va du pharmacien et du patron de PME à ce qu’on appelait autrefois la classe ouvrière : travailleurs au SMIC ou un peu au-dessus du SMIC;

Cette catégorie centrale n’est assurément pas entièrement homogène […] Mais elle se définit par le fait qu’elle gagne sa vie en travaillant […] alors que les deux autres catégories, dans des registres évidemment très différents, ne vivent pas d’abord de leur travail. »

Les anglais parleraient d’upper middle class pour le pharmacien et de lower middle class pour l’employé au SMIC. Piketty lui divise cette catégorie en « classes aisées », « classes moyennes » et « classes populaires ». Mais il existe bien aujourd’hui en France un groupe central sur lequel pèse l’essentiel de la charge fiscale, groupe qui dans les analyses de Piketty justement a le taux d’imposition global le plus élevé (entre 40 et 50%). Car cette concentration de la charge fiscale a été accentuée par les réformes Sarkozy :

« […] abaissement du bouclier fiscal, allègement de l’ISF bénéficient principalement au premier groupe. […] Emblématique fut l’institution du RSA qui s’est traduite par un transfert d’1,5 milliard supplémentaire en faveur des exclus […] entièrement mis à la charge de catégories moyennes et moyennes inférieures par l’alourdissement de la fiscalité de l’épargne, les plus riches se trouvant exonérés de cette solidarité grâce au bouclier fiscal. »

Aujourd’hui le gouvernement va devoir choisir entre wall street et main street, entre les amis du Fouquet’s et les classes moyennes. Les premiers peuvent financer largement la campagne électorale mais les seconds sont des électeurs plus nombreux. Que vaut-il mieux ? Privilégier le financement de la campagne au risque de perdre ou privilégier le vote en perdant quelques financeurs ? Miser uniquement sur la com ou miser sur des mesures équitables donc défendables qui faciliteront d’autant la communication ?

Les premières pistes semblent pencher du coté des classes moyennes : suppression du bouclier fiscal et maintient de l’ISF avec quelques aménagements pour éviter l’effet « Ile de Ré », c’est-à-dire le fait que des propriétaires qui n’en ont pas les moyens soient amenés à payer l’ISF – et donc à vendre leur bien – à cause de la hausse des prix de l’immobilier. J’imagine que les députés UMP proches des électeurs – et préoccupés par les législatives – penchent pour cette solution.

A suivre donc, pour voir au final quels choix seront faits. Quant au parti socialiste, sur d’autres sujets et là par rapport au bas de la pyramide sociale, il serait bien inspiré lui aussi de tenir compte des classes moyennes… Cela pourrait faire l’objet d’un prochain billet.

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Publié le 4 mars 2011, dans politique et société, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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