la retraite en trois chiffres

Résumons. Notre système de retraite actuel tourne autour de trois chiffres : l’âge légal à partir duquel on peut prendre sa retraite à taux plein (50 % du salaire brut moyen – SBM), la durée de cotisation nécessaire pour que le taux plein soit effectif sur la pension (D2) et l’âge légal limite au delà duquel on doit prendre sa retraite et où l’on a un taux plein d’office. La formule de calcul de la retraite étant : SBM x Taux x (D1/D2), où D1 est la durée réelle de cotisation.

Les débats récents se sont focalisés sur le 1er chiffre, syndicats et partis de gauche s’accrochant au 60 ans comme à un totem. Dans le twit ci-dessous, Martin pointe du doigt les partisans du report de cet âge légal comme n’étant pas concernés personnellement. Comme lui sans doute. Comme moi. Comme la plupart des gens ayant fait des études supérieures. Et l’on peut se demander combien de personnes sont en effet concernées par cet âge, à l’heure où la durée de cotisation pour un taux plein est de 40 ans ? Je serais curieuse de le savoir.

La retraite à 60 ans est un progrès social mis en place en 1982 sous l’ère Mitterrand. Mais d’un simple point de vue technique et démographique, cette mesure était déjà obsolète au moment où elle a été prise. Non seulement en raison de l’allongement de la durée de vie mais aussi en raison de la pyramide des âges de la France. Déjà en 1981, on savait que l’arrivée à l’âge de la retraite des « baby-boomers » poserait un problème pour le ratio actifs/retraités. Aux dernières nouvelles, cet âge qui était de 65 ans avant 1981, passera progressivement de 60 à 62 ans.

Par contre l’âge limite n’est jamais évoqué. Il constitue pourtant un « filet de sécurité » pour tous les gens qui n’ont pas la durée de cotisation nécessaire au taux plein et de ce fait me parait plus important que le précédent. Cet âge est lui aussi reporté progressivement de 2 ans, de 65 à 67 ans. Cela laisse songeur dans une société où passé 50 ans on est jugé trop vieux sur le marché de l’emploi… Et personne n’en parle, alors qu’avec l’allongement de la durée des études il va concerner de plus en plus de gens. La durée de cotisation elle, est allongée progressivement vers 41,5 ans. Pour l’instant.

La réforme actuelle est une petite réforme dans la mesure où elle reste au niveau technique en jouant sur les 3 leviers des âges et de la durée de cotisation, sans refonder le système et sans passer à une réflexion plus large.

Notre système par répartition est un système de solidarité inter-générationnelle mais aussi – on l’oublie souvent – corporatiste du fait de l’existence de plusieurs régimes professionnels, comme le fait justement remarquer Verel. Et les régimes spéciaux restent spéciaux, même si le décalage de 2 ans s’applique aussi à eux.
Comme Bayrou l’avait proposé il me semble en 2007 – l’Hérétique me corrigera – et comme l’évoque Piketty, on pourrait refonder le système de répartition en créant un régime unique. On pourrait aussi élargir le mode de financement au delà des cotisations : c’est ce que tente timidement le gouvernement en augmentant certaines taxes.

C’est aussi un système très sensible à la conjoncture économique car les cotisations portent sur les actifs en emploi, les actifs chômeurs voyant leurs trimestres validés sans cotiser, si j’ai bien compris. Ainsi le chômage provoque un manque à gagner important pour les caisses de retraites. Le financement des retraites comme celui de la sécurité sociale n’est donc pas déconnecté de la situation de l’emploi qui elle-même n’est pas sans lien avec la globalisation, mais ceci est un autre sujet.

Je ne pense pas comme Piratages que le gouvernement veuille détruire le système par répartition car pour cela il suffirait de ne rien faire, ce qui est toujours plus facile. Simplement, par choix idéologique et/ou par crainte d’un nouveau 95, il reste à l’intérieur du cadre existant sans remettre à plat le système. Le parti socialiste critique bien sûr l’abandon du seuil symbolique des 60 ans, mais je suis prête à parier que dans deux ans, s’il gagne les élections présidentielles, il ne reviendra pas sur cette réforme…

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Publié le 17 juin 2010, dans politique et société, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 12 Commentaires.

  1. Merci pour ce billet avec les liens et tout et tout : j’ai appris plein de trucs, j’y connaissais rien sur le mode de fonctionnement des retraites.

  2. Pas d’accord avec beaucoup de choses (pour une fois !).

    Notamment le dernier paragraphe : « Je ne pense pas comme Piratages que le gouvernement veuille détruire le système par répartition car pour cela il suffirait de ne rien faire, ce qui est toujours plus facile.  » Bof… Le trou du système de retraite est lié à la conjoncture économique, le système ne se détruira pas comme ça.

    En fait, c’est un faux problème mais le PS est obligé de l’ouvrir pour faire sérieux. C’est un faux problème parce que les montants en jeu sont dérisoires. Il manquait 3 milliards en 2006 et 10 maintenant, par rapport à un déficit du budget de plus de 100 milliards, c’est une goutte d’eau. On nous dit qu’il manquera 100 milliards en 2050, ce qui est une somme réellement dérisoire compte tenu de l’augmentation de la masse monétaire d’ici là, de l’inflation et toussa.

    « Le parti socialiste critique bien sûr l’abandon du seuil symbolique des 60 ans, mais je suis prête à parier que dans deux ans, s’il gagne les élections présidentielles, il ne reviendra pas sur cette réforme… »

    Pas sûr ! Le PS ne pourra être élu que sur un projet et travailler plus ne va pas dans le sens du progrès…

  3. @ Vlad : Merci. J’étais comme toi. Ecrire ce billet m’a permis d’apprendre sur le sujet.

    @ Nicolas : Le système pourrait se détruire dans le sens que tout en continuant à exister il ne remplirait plus sa fonction, si les pensions baissaient par exemple.

    Pour le PS je prends le pari !

  4. @polluxe : faux. Et archifaux. tu ne vas pas au fond des choses, et notamment quant à l’iniquité de cette réforme qui fait peser 90 % du financement sur les salariés et seulement 10 sur les hauts revenus et le capital…

    Quant à la référence à l’hérétique, tu aurais put t’en passer, cet archiprêtre du libéralisme à tout crin qui justifie tout y compris l’intolérable.

    résistance !

  5. GdeC,

    qu’est-ce qui est faux ?

    « qui fait peser 90 % du financement sur les salariés » : non, 85 % d’après Chérèque

  6. Hello
    Je suis assez d’accord avec Nicolas quant au fait que c’est un faux problème. Le lien que tu fais vers mon blog va d’ailleurs dans ce sens, (merci pour le lien !), puisqu’il suffirait d’un peu plus d’emploi pour qu’il n’y ait plus de déficit…

  7. CC,

    C’est ce que j’ai dit, on ne peut pas déconnecter le problème de celui de l’emploi. De là à dire que « il suffirait »… Je ne sais pas…

  8. Evidemment, c’est facile à dire, sans doute un peu moins facile à faire…

    Moins facile que de se donner l’impression d’agir en revenant sur des avancées sociales… 🙂

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