ci té homo kite ta téci

Alors que l’annulation d’un match de foot entre une équipe homophile – le Paris Foot Gay – et une équipe de musulmans – le Créteil Bébel – a défrayé la chronique dans les journaux et dans les blogs, il se trouve qu’un ancien entraîneur du Paris Foot Gay, musulman d’origine marocaine ayant grandi dans les cités de banlieue, vient de publier un livre témoignage Un homo dans la cité.
Quelques éléments de l’histoire citée dans 20 minutes sont révélateurs.

Le soir, les blagues salaces laissent place à de véritables agressions. Il est plusieurs fois violé dans les caves de la cité.

Étrange situation au 1er abord que ces homophobes qui pour punir un homo le violent ayant ainsi « à l’insu de leur plein gré » une relation homosexuelle. Mais on peut aisément supposer que les violeurs ne se considèrent pas comme homos… Ce paradoxe apparent, qui sous-tend peut-être une attirance refoulée, révèle un autre système de valeur binaire en matière de sexualité : actif contre passif. L’homo c’est le passif, c’est à dire celui qui quelque part se comporte comme une femme et qu’il faut donc punir en le traitant comme tel parce qu’il constitue une menace pour la virilité. Virilité d’autant plus menacée qu’il est un des leurs, c’est à dire un « rebeu » :

Rachid, un gamin de 14 ans qui habitait Sèvres, lui dira un jour : « Si t’avais été un petit pédé français de base, on aurait dit “tiens, voilà la tarlouze”, on t’aurait laissé tranquille, mais comme tu es rebeu, c’était une circonstance aggravante. »

Les céfrancs peuvent être pédés, c’est pas grave de toute façon c’est des bâtards… Ou les cités de banlieue comme zones de crispation identitaire, entre la tradition familiale et l’intégrisme religieux, loin de la sensualité arabe qui attirait Gide en Algérie :

« Dans les pays du Maghreb, l’homosexualité est permanente. Les hommes sont avec des femmes pour leur image, mais ils se retrouvent souvent entre eux. »

Un article paru dans L’Express en 2004 évoquait déjà les mêmes faits, avec ce parallèle étonnant avec les femmes (viols, peur de porter plainte, soupçon d’être consentants…) :

Un autre confie son passage à tabac par une vingtaine de jeunes: «Le chef de bande m’a dit: «Si tu veux rentrer chez toi, tu nous suces.» Il a refusé. Résultat: «Huit jours d’incapacité totale de travail.»
Des garçons victimes de viols collectifs ont eu la force de se confier à l’association Ni putes ni soumises. «Impossible d’aller porter plainte au commissariat du quartier, inimaginable de parler à la famille», explique Nasser Ramdane, un de ses militants. Selon cet ex-vice-président de SOS-Racisme et ancien membre du bureau national du Parti communiste qui a fait son coming out dans Têtu, «le soupçon qu’ils étaient consentants planera toujours». Une seule solution pour ces homos: quitter la cité.

L’analyse était la même :

Déjà mis à l’index par les traditions religieuses, les homosexuels ont désormais à craindre la propagande des intégristes. Nasser Ramdane connaît bien «les discours des barbus», au pied des immeubles. «Port du foulard, lutte contre les homos, il s’agit du même combat. Ce courant idéologique accuse l’Occident de pervertir les musulmans. En gros, c’est la faute des Blancs s’il y a des Arabes homos», explique le militant de Ni putes ni soumises. Vaste hypocrisie. «La première expérience homosexuelle a souvent lieu avec un cousin au bled, note Christelle Hamel. Une perspective impensable dans la cité. Dans le Maghreb, il y a un décalage entre la dureté de la loi qui réprime ces pratiques et la réalité. Un espace de liberté existe pour des relations entre hommes, tant qu’elles restent discrètes.»
Ce qui ne convient pas vraiment à Youssef Qaradhawi, idéologue des Frères musulmans et star d’Al-Jazira. Son opus Le Licite et l’illicite en islam est un guide de bonne conduite vénéré chez les jeunes tentés par l’islamisme. L’ouvrage est en bonne place dans les librairies spécialisées de la rue Jean-Pierre-Timbaud, dans le XIe arrondissement de Paris, à côté des cassettes de Tariq Ramadan. On peut y lire que, pour ce «péché répugnant […] les savants en jurisprudence ne furent pas d’accord sur le châtiment […]. Est-ce que l’on tue l’actif et le passif? Par quel moyen les tuer? […] Cette sévérité qui semblerait inhumaine n’est qu’un moyen pour épurer la société islamique de ces êtres nocifs qui ne conduisent qu’à la perte de l’humanité». En janvier dernier, lors de la manifestation contre le projet de loi interdisant le port du voile à l’école organisée à Paris par le groupuscule extrémiste du Parti des musulmans de France, la diatribe sur ceux «qui se sentent choqués par le foulard et qui ne se sentent pas choqués par l’homosexualité» a remporté un vif succès.

Cet article signalait aussi la double vie de certains qui vont jusqu’à casser du pédé pour ne pas être soupçonné ! Hasard de calendrier, un ouvrage qui fait le même constat vient de sortir : Homo-ghetto, gay et lesbiennes dans les cités…

Cette affaire de match de foot, qui aura peut-être lieu d’ailleurs, aura en tous cas permis de parler du sujet…

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Publié le 8 octobre 2009, dans BEST OF, politique et société, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 7 Commentaires.

  1. Bobyié, bravo. Une façon plus concrète et humaine d’aborder le sujet.

  2. Combien d’abrutis devraient lire cet excellent billet…

  3. Excellent article, Polluxe (comme souvent)

  4. Merci à tous.
    Et les « abrutis » se reconnaitront 🙂

  5. Excellente remise des pendules à l’heure.

  6. Très bon billet.

  7. polluxe : « Mais on peut aisément supposer que les violeurs [de l’homosexuel] ne se considèrent pas comme homos »

    C’est en quelque sorte « logique », de leur point de vue. Ça fait même partie du B.A.-BA de ce qu’on apprend quand on s’intéresse aux viols et à leurs victimes : le viol n’est pas, pour le violeur, une relation sexuelle. C’est avant tout un acte de violence et d’appropriation. Un acte tendant à réduire l’autre à une simple chose que l’on peut s’accaparer, pour la soumettre, en l’humiliant au plus profond d’elle-même. Cela vaut que la victime soit une femme ou un homme.

    polluxe : « Ce paradoxe apparent, qui sous-tend peut-être une attirance refoulée »

    Dans un monde qui sépare très fortement les hommes des femmes, l’homosexualité est latente partout. Même chez les femmes. Étant jeune, j’ai été à un mariage au Maroc (à une époque où l’intégrisme n’était pas omniprésent comme aujourd’hui) dans une famille évoluée (pour les normes de l’endroit), où hommes et femmes partageaient les moments de fête ensemble, parfois même certains repas, mais, en dehors de ces moments, la mixité n’était pas de mise, et je me suis retrouvée… dans la partie de la maison réservée aux femmes. On dansait, on mangeait, et on dormait ensemble. Et je peux vous assurer que certaines danses étaient… très « hot ». Idem dans le lit que je partageais avec une cousine, où j’ai dû mettre les choses fermement au point pour ne pas être pelotée partout partout !

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