les psys au secours des femmes

Avec le discours d’Obama au Caire, le voile islamique est revenu sur le devant de la scène. Cela a permis à certaines féministes « historiques » qui jusque là se préoccupaient surtout d’écart de salaires, de parité dans les assemblées ou du machisme ordinaire des mâles occidentaux – de moins en moins machistes d’ailleurs – d’aborder enfin le sujet. Et c’est heureux. Parce que ce sujet n’est plus, depuis au moins dix ans, un sujet exotique ou étranger. Parce que les migrants ont apporté dans leurs bagages une autre culture, une autre vision de la femme, à laquelle certaines se heurtent.

Et tandis que les féministes « de l’exotisme », proches de l’extrême-gauche, cèdent aux sirènes du communautarisme, de l’islamisme, les féministes laïques venues de pays musulmans crient leur désarroi :

« Ce message, certes chargé de colère, s’adresse à certaines de nos camarades féministes engagées dans les luttes antiracistes, altermondialistes, traversées par une certaine culpabilité coloniale et postcoloniale. Militantes et/ou chercheuses, porteuses des valeurs féministes, nous n’arrivons pas à concevoir, à comprendre ni à accepter votre engagement aux côtés de celles qui se nomment « féministes musulmanes et/ou voilées », au dépend des féministes laïques.
[…] L’instauration des « lois divines » dans nos différents pays, les violences et les actes terroristes qui sont perpétrés contre les femmes et les hommes porteurs de valeurs laïques de liberté de conscience ont poussé beaucoup d’entre nous au départ. Nous sommes arrivées avec l’expérience de nos luttes inachevées, avec, comme seuls bagages, nos rêves, nos utopies, notre quête de liberté et de démocratie.
[…] mais, voilà, aujourd’hui, vos regards se détournent de nous, vos mains se tendent à celles et ceux qui nous obligent à l’exil, votre fascination va vers celles et ceux qui placent les « lois divines » au dessus de tout.
[…] Aujourd’hui, il est encore temps de nous ressaisir, de redonner au féminisme ses véritables fondements et sa vocation universaliste en tant que femmes de gauche luttant pour les droits de toutes les femmes, où qu’elles soient et quelles que soient leurs origines ou leurs couleurs en ayant toujours à l’esprit que les lois doivent être là pour garantir les libertés de conscience et empêcher que les lois et les règles communautaristes ne redonnent toute sa place au patriarcat. »

Dans une ambiance où peut régner la confusion, le psychologue Serge Hefez vient utilement rappeler que le fond du sujet, au delà de la religion, est la peur des femmes :

« Tous les fanatiques du monde entier ont au moins un point commun: ils sont obsédés par la femme.
[…] Les intégristes de tout poil, qu’ils soient catholiques, juifs ou musulmans, tremblent devant le corps de la femme, ont peur de son sexe et de sa jouissance au point de vouloir partout l’effacer de l’espace public.
[…] Dans ce mouvement de domestication, les femmes vont être soit magnifiées, soit méprisées. Idéalisées ou dangereuses, Vierge Marie ou Marie-Madeleine, sanctifiées ou brûlées en place de Grève, elles inspirent le même effroi. Il faut domestiquer cette nature sauvage, lui ôter le clitoris, la dissimuler sous des voiles et des burkas, et s’en tenir à l’écart sous peine de se retrouver irrémédiablement féminisé, dans une position de passivité pénétrée.
Toute la misogynie des hommes, relayée parfois par les femmes elles-mêmes, s’appuie sur ce double mouvement d’idéalisation et de mépris, d’apologie et de rejet, de sanctification et de rabaissement à une nature honteuse. »

Marie-Madeleine.
Figure oubliée et méprisée du catholicisme, réhabilitée en douce par le Vatican qui déclare en 1969 – amusant… – qu’elle « n’est pas une prostituée », cette « apôtre des apôtres » incarne en fait une autre représentation de la femme, comme le souligne la psychologue Valérie Colin-Simard.
Autre vision qui est aujourd’hui plus que jamais nécessaire.
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Publié le 18 juin 2009, dans politique et société, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 7 Commentaires.

  1. Merci pour le lien mais « féministe historique » c’est un peu exagéré. Ca fait 1 an que je blogue ! A moins que tu ne parles de mon âge mais là c’est vache parce que je ne me sens pas encore si historique que ça.

  2. Cela n’a rien à voir avec l’âge du blog ou le tien que je ne connais pas précisément. De toute façon je ne me permettrais pas.
    « Historique » c’est au sens de courant de pensée, un peu comme le « FLNC canal historique ».

  3. Ah ? c’est pire alors ! Il faudra qu’on en discute à l’occasion.

  4. D’accord. A la prochaine RDB devant une bière ? 🙂

  5. Concernant Marie-Madeleine réhabilitée : prostituée ou pas, elle couchait hors des liens sacrés du mariage. Et Jésus, qui l’a défendue, ne lui a pas dit avec un clin d’oeil rigolard « salut et bonne bourre », il lui a dit « Va et ne pèche plus ». Ce qui est mieux que la lapidation, indubitablement, mais pas encore « femme libre, ton corps t’appartient ».

  6. C’est possible, mais je ne connais pas assez les Evangiles pour aller plus loin. Je sais seulement que cette vision inhabituelle du personnage de Marie-Madeleine se base sur les Evangiles apocryphes. Il y a une version plus détaillée dans le bouquin au chap. 2.

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