Durban II : et maintenant ?

durban IIDurban II a fini par pondre une déclaration finale, assez peu commentée car sans doute peu lue.

Il faut dire que c’est un empilement indigeste de principes, de conseils, où la proposition « racisme, discrimination raciale, xénophobie et intolérance qui y est associée » revient quasi systématiquement, comme un leitmotiv, dans les 143 articles de ce document de 20 pages… Bref,  c’est assommant.  Je l’ai donc lu en diagonale, je dois l’avouer – que celui qui a eu la patience de faire autrement me jette la première pierre le premier tag…

Voici quelques morceaux glanés en passant, ils valent leur pesant de cacahuètes :

art.12 : Déplore la recrudescence mondiale et le nombre des cas d’intolérance et de violences raciales ou religieuses, notamment d’islamophobie, d’antisémitisme, de christianophobie et d’antiarabisme, se manifestant en particulier à l’égard de personnes par des stéréotypes désobligeants et une stigmatisation fondés sur leur religion ou conviction, et, à ce propos, exhorte tous les États Membres des Nations Unies à appliquer le paragraphe 150 de la Déclaration et du Programme d’action de Durban;

art.41 : Encourage les États parties à inclure dans leurs rapports périodiques des renseignements sur les plans d’action ou autres mesures prises pour mettre en oeuvre la Déclaration et le Programme d’action de Durban;

art. 62 : Rappelle que l’esclavage et la traite des esclaves, en particulier la traite transatlantique, l’apartheid, le colonialisme et le génocide ne doivent jamais être oubliés et, à cet égard, se félicite des mesures prises pour honorer la mémoire des victimes;

art. 64 : Exhorte tous les États à appliquer les résolutions 61/19, 62/122 et 63/5 de l’Assemblée générale relatives à la traite transatlantique des esclaves;

art.71 : Exhorte également les États à adopter une perspective sociale et fondée sur les droits de l’homme dans la lutte contre la violence dont sont victimes les jeunes autochtones et les jeunes d’origine africaine, en particulier dans les zones périurbaines des grandes villes, et à mettre l’accent sur le renforcement du capital social, l’assistance aux jeunes autochtones et aux jeunes d’origine africaine et le renforcement des capacités de ces jeunes;

art.72 : Exhorte en outre les États à orienter leurs mesures spéciales, notamment les mesures et stratégies de discrimination positive, de même que les nouveaux investissements dans les soins de santé, la santé publique, l’éducation, l’emploi ainsi que l’électrification, l’approvisionnement en eau potable et la protection de l’environnement en faveur des communautés d’origine africaine et des peuples autochtones;

art. 86 : Exprime sa préoccupation face à la persistance de la discrimination contre les femmes et les filles fondée sur la race […] ;

D’après les observateurs européens on a limité les dégâts car la déclaration finale reste à l’intérieur des lignes rouge établies par l’Europe – pas de mention d’Israël, pas de diffamation des religions – mais sur le fond rien n’a changé car le rapport des forces en présence et les fractures idéologiques sous-jacentes restent les mêmes. Et il y a peu de chance que cela bouge à l’avenir. Sauf à ce que les gouvernements dictatoriaux soient renversés par leur peuple. Sauf à ce que soit opérée une remise à plat des concepts et des priorités. Pour l’instant c’est l’impasse.

Caroline Fourest voit dans cette conférence un match nul et une occasion manquée, car si les européens ont quitté la salle lors du discours du président iranien, ils ont laissé la tribune aux pays autoritaires :

« A force d’hésiter entre boycotter ou non, les démocraties ont manqué d’audace. Elles ont bataillé pour sauver le texte final, mais ont abandonné la tribune. Les pays les plus autoritaires s’y sont relayés pour ne parler que d’Israël ou de la diffamation des religions, sans qu’une autre vision du monde ne leur soit réellement opposée. Seul le ministre des affaires étrangères norvégien a sauvé l’honneur. Intervenant juste après le président iranien, il a dénoncé son discours avec la plus grande fermeté et rappelé que le texte voulu par cette assemblée était à l’opposé de ce message de haine. Où étaient les autres ?
Quel symbole si Rama Yade (secrétaire d’Etat aux droits de l’homme) avait succédé à Ahmadinejad pour remettre les pendules à l’heure ! Sous la pression des boycotteurs, son ministre de tutelle (Bernard Kouchner) ne lui a pas donné son accord. Et le président iranien a gardé la vedette.

Au lieu de boycotter ou d’envoyer leurs ambassadeurs, les Européens auraient dû se montrer offensifs et prendre le micro pour défendre leurs valeurs. Ils auraient dû rappeler en cascade que l’amalgame entre sionisme et racisme est une escroquerie, la focalisation sur le passé un écran de fumée, le racisme un mal qui ronge tous les pays (au Nord comme au Sud), et la critique de la religion un droit universel. Ils auraient aussi pu ironiser sur ces pays qui se battent contre la “diffamation des religions” au nom de l’islam tout en discriminant leurs minorités religieuses. Ou sur ces autres pays (parfois les mêmes) qui prétendent incarner les “damnés de la terre” tout en militant pour la domination masculine et l’oppression des minorités sexuelles. De ce point de vue, “Durban II” est une occasion manquée. »

Sylvain Attal fait le même constat mais y voit plutôt la victoire d’un Ahmadinedjab, du fait de la médiatisation planétaire de l’évènement :

«[…] les vraies démocraties, qu’elles aient boycotté la conférence ou aient quitté la salle, étaient désignées au reste du monde comme intolérantes, irrespectueuses, hypocrites, soucieuses de sauvegarder leurs privilèges et incapables de supporter la critique d’Israël. Tout cela devant toutes les télévisions par satellites, occidentales, russes, chinoises et bien sûr arabes. Un coup médiatique planétaire, un Hold up complet sur la conférence anti-raciste. Voici ce dont révait Ahmadinedjad.
Ceci pouvait-il être évité? Peut-être pas. Nous avons, nous les démocraties (qui ne sont pas toutes occidentales) un réel problème face à ce rapt des valeurs des droits de l’homme par des pays qui passent leur temps à les piétiner. Comme le rappelle le rapport d’information que vient de remettre Robert Badinter à la commission des affaires européennes du Sénat, les démocraties sont systématiquement mises en minorité sur ces questions dans tous les forum internationaux. Nous sommes pris à notre propre jeu : débattre et accepter ce principe « un pays, une voix », c’est irrémédiablement nous condamner à renoncer à nos principes, par exemple, accepter la non-diffamation des religions comme un droit de l’homme, en exclure le respect des homosexuels et de toutes les préferences sexuelles, admettre que les femmes n’ont pas toujours les mêmes droits que les hommes, que, s’agissant de l’esclavage, seule la traite atlantique fut un crime contre l’humanité, et, last but not least qu’Israël est un Etat illégitime et raciste.
Mais la politique de la chaise vide a aussi des inconvénients, car elle laisse des tribunes à des histrions du type Ahmadinedjad, et l’on peut comprendre que des pays comme la France ou la Grande Bretagne aient voulu malgré tout occuper le terrain. Mais alors, pourquoi laisser cette tribune au seul president iranien (avec – excusez du peu – les présidents togolais ou macédoniens ?). Tant qu’à participer, n’aurait-il pas mieux valu qu’un Barack Obama, ou un Nicolas Sarkozy lui répondent et profitent de cette exposition médiatique pour plaider en faveur de leurs propres conceptions des droits de l’homme et de l’anti-racisme ? Peut-être ont-il voulu éviter un affrontement alors que l’un comme l’autre ont besoin de se ménager Téhéran. Sans doute aussi n’ont-ils pas voulu donner trop d’importance à DurbanII. C’est ignorer qu’aujourd’hui ces considérations diplomatiques ne pèsent pas lourd à côté de la médiatisation. L’adoption, à la sauvette,et avec trois jours d’avance du communiqué final-long catalogue de bonnes intentions sans couleur et sans saveur que personne ne lira- ne fait que renforcer l’impression première: l’évènement Durban II a tourné à la seule promotion des thèses iraniennes.
Il est peut-être temps que les démocraties fassent enfin ce qu’elles ont été incapables de faire jusqu’ici : adopter une attitude commune de boycott de toutes les initiatives futures d’un conseil des droits de l’homme devenu le jouet des dictatures. »

Bref, l’impasse je vous disais…
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Publié le 29 avril 2009, dans politique et société, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. j’avais lu la chronique de Caroline Fourest dans Le Monde avec laquelle j’étais en parfait accord. Fallait y aller et affirmer clairement et fermement nos principes.
    Durban II aura eu le mérite de mettre en valeur au moins 2 points tout aussi malheureux l’un que l’autre:
    1 – Les démocraties n’ont pas les c……. (désolé) d’affirmer haut et fort ce que sont leurs valeurs, seul le Norvégien a eu ce courage (et encore ils ont envoyé le ministre des affaires étrangères).
    2 – L’Europe n’est qu’un nain politique, incapable de parler d’une même voix même sur des sujets sur lesquels, pourtant, il devrait y avoir un minimum de consensus…c’est pitoyable !

  2. polluxe

    C’est pitoyable en effet. Et je ne vois aucun intérêt à l’avenir pour ce type de conférences onusiennes.

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