européennes : des élections de seconde zone

élections européennesLequel de vos amis, de vos collègues est au courant que le 7 juin ont lieu les élections pour le parlement européen ? Où sont les affiches de la campagne électorale qui d’habitude ne manquent pas de s’accumuler sur les palissades et les compteurs ? Où sont les débats télévisés musclés et les articles virulents sur les programmes ? Quels programmes d’ailleurs ?
Le moins que l’on puisse dire c’est qu’à presque un mois de l’échéance c’est le désert médiatique.

« Seulement 36 % des citoyens ont lu, entendu ou vu un sujet consacré au Parlement européen dans leurs médias » signale le sondage Eurobamètre qui prévoit une abstention record de 66 % pour l’ensemble des 27 pays, 47 % pour la France !
Le désintérêt est en cascade : les citoyens, les médias et en amont, pour la France, les partis politiques qui envoient aux européennes des  seconds couteaux.

Le groupe des Gracques a bien analysé cette exception française :

« C’est une caractéristique des partis français, toutes tendances confondues, à sur-représenter, sur leurs listes de candidats aux élections européennes, des apparatchiks sans ancrage électoral ou des recalés du suffrage universel, comme un lot de consolation ou comme les nominations au Conseil économique et social. Même s’il faut saluer, à droite comme à gauche, d’heureuses exceptions. […] Sans parler de ceux pour qui le Parlement européen n’est qu’un purgatoire doré en attendant de retrouver un mandat national… Ce faisant, nos partis politiques sont à l’image de l’ensemble de l’appareil d’Etat français.
[…] Résultat : c’est toujours au dernier moment que nos dirigeants découvrent les enjeux d’une directive ou d’un règlement pour un secteur essentiel de notre activité nationale. […] Corollaire de ce résultat : nous abordons le plus souvent les dossiers les plus importants pour nos intérêts nationaux sur le mode du rapport de forces en fin de négociation, ce qui a pour effet de nous rendre insupportables mais aussi de nous fragiliser car il est rare qu’à ce petit jeu, on gagne sur l’essentiel.
Cette détestable exception française perdure. Les prochaines élections européennes devraient, hélas, la confirmer. Cette trahison des clercs, qui a conduit tant de nos responsables politiques, toutes tendances confondues, à se défausser sur « Bruxelles » de leurs propres impuissances, est aussi l’une des causes qui a conduit, un dimanche de mai 2005, un des peuples fondateurs de l’Union à voter non au traité constitutionnel qui pouvait apporter davantage d’efficacité, de démocratie, de responsabilité et de transparence dans le fonctionnement des institutions européennes. »

Récemment le site Parlorama.eu a fait un classement des députés européens en fonction de leur activité ou de leur présence. Comme Authueil, je ne suis pas fana de ces classements et autres indicateurs quantitatifs pour évaluer un travail qualitatif, mais il a eu au moins le mérite de faire une piqûre de rappel sur les élections.

Autre raison de ce désintérêt en France : le mode de scrutin qui avec de vastes circonscriptions électorales crée des élections « hors sol » comme dit Eric Dupin.
Mais en France comme ailleurs c’est surtout l’ignorance, le manque de connaissance des pouvoirs du parlement européen et des enjeux, qui est en cause : « seulement 16 % des Européens sont capables de citer la date du scrutin. […] seulement 53 % des citoyens de l’UE savent que les eurodéputés sont élus au suffrage universel direct. La France, qui a pourtant massivement voté sur le traité constitutionnel européen en 2005 pour le rejeter, décroche, avec 39 % de bonnes réponses, le trophée de l’ignorance » (Libération, 13-04-09).

Alors pour commencer à s’informer sur l’Europe voici deux sites bien faits à consulter sans modération (il va pleuvoir ce week-end…) : le site Toute l’Europe et le site du parlement européen, où l’on trouve aussi toute une série d’affiches et de bannières, moins sexy que la dernière fois cependant…
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Publié le 24 avril 2009, dans politique et société, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. Savante analyse, sans doute. Mais si, in fine, il se trouvait que le peuple se contre-pignolait de l’Europe, parce qu’il avait compris que celle-ci n’a aucune réalité ? Ou, plus grave, que l’on essaie de lui faire passer pour une réalité ses futures chaînes ?

  2. L’UE a une réalité à laquelle sont confrontés les agriculteurs par exemple. Mais « futures chaînes » vous y allez un peu fort, non ?

  3. Mais “futures chaînes” vous y allez un peu fort, non ?

    Non justement, l’U.E. a de plus en plus tendance à oublier le principe de subsidiarité et à légiférer sur ce qui concerne les parlements nationaux.

  4. Auriez-vous un exemple ?

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