la Turquie, l’OTAN et l’UE

Finalement la Turquie n’a pas exercé son veto contre le danois Rasmussen, qui a été nommé au poste de secrétaire général de l’OTAN, et a obtenu en échange des « garanties » (?) dont le poste de secrétaire général adjoint et le poste de représentant de l’OTAN en Afghanistan. Coté occidental on présente cela comme une défaite de la Turquie :

« La Turquie a perdu », analyse un diplomate de l’OTAN : « Erdogan a dû accepter Rasmussen en échange de colifichets. Surtout, il a montré son vrai visage : Rasmussen n’avait ni le pouvoir légal d’empêcher la parution des caricatures, ni d’interdire la télévision kurde. Cela va refroidir l’ardeur des défenseurs de l’adhésion de ce pays à l’Union ».(source : blog de J.Quatremer)

Coté turc on le présente comme une victoire en insistant sur ce que la Turquie a obtenu et sur le soutien d’Obama :

[…] « les relations turco-américaines sont en train de connaître un âge d’or ». Lors du dernier sommet de l’OTAN, Obama a ainsi parfaitement réussi son test. Les Européens, qui, pour forcer Ankara à accepter l’élection du Premier ministre danois Rasmussen à la tête de l’OTAN, ont fait du chantage par rapport à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, ont ainsi dû renoncer à leur menace et faire machine arrière.
[…] Par ailleurs, dans la foulée, les propositions d’associer au secrétaire général de l’OTAN un secrétaire adjoint turc et de renforcer le poids de la Turquie au sein du commandement allié ont toutes été acceptées. De même que la proposition turque de créer un lien organique entre l’Alliance atlantique et l’Organisation de la conférence islamique. Sur tous ces sujets, l’approche politique turque fut un succès qui a été rendu possible grâce à une collaboration harmonieuse avec Obama. (source : Milliyet via Courrier International)

Vérité en deçà des Pyrénées, mensonge au delà, comme on disait à l’époque de Louis XIV…

Je ne sais pas si cela faisait parties des « garanties », mais tout de suite après, comme l’avait déjà fait Bush, Obama a manifesté son soutien à l’adhésion de la Turquie à l’UE. Ce a quoi le président français a très justement répondu que « s’agissant de l’Union européenne, c’est aux pays membres de l’Union européenne de décider ». Et toc ! Il se débrouille pas trop mal sur le coup le petit… (quand il ne fait pas de bêtises, il faut savoir le reconnaitre 🙂 ).

Comme dit Xerbias avec humour, si la coopération avec un allié musulman est aussi importante (sous-entendu pour lutter contre le terrorisme islamiste), pourquoi ne pas faire de la Turquie un membre des Etats-Unis d’Amérique ? :

L’idée peut paraître farfelue, et les objections ne manqueraient pas. Pourtant, ces objections sont en fait les mêmes que celles que la candidature à l’Union Européenne affronte. Et au moins, les dirigeants américains seraient plus enthousiastes que ne le sont les dirigeants européens : la coopération entre l’occident et le monde musulman serait très forte si la Turquie appartenait aux États-Unis.
Alors bien sûr, la Turquie n’est pas en Amérique. Mais elle n’est pas en Europe non plus, et pourtant, il faudrait qu’elle l’intègre quand même.
Evidemment, la très importante population turque déséquilibrerait le débat politique américain. Mais ce serait la même chose pour l’Europe.
La population américaine verrait certainement d’un mauvais oeil une telle candidature sortant de nulle part. Comme la population européenne en fait.
On pourrait se dire qu’il revient aux Américains de déterminer qui fait partie de leur union. Mais visiblement, les Américains ne se privent pas de se mêler des questions européennes.

En tous cas la mise en avant par la Turquie de questions religieuses, hors sujet dans un sommet comme celui de l’OTAN, en dit long sur ses préoccupations et ses priorités.

PS. Jean Quatremer lui-même reprend l’humour de Xerbias dans son billet : Le Mexique 51e Etat des Etats-Unis d’Amérique ? Excellent 🙂

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Publié le 6 avril 2009, dans politique et société, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 8 Commentaires.

  1. Oui (sic), j’avoue tout de même me sentir plus proche du point de vue suivant : http://dialogues2.blogspot.com/2009/04/oui-la-turquie.html

  2. Je viens de lire ce billet. Il dit en gros que les Etats-Unis ont le droit de donner leur avis, qu’ils défendent leurs intérêts, au même titre que la Turquie, et que l’on a tord de s’en offusquer. C’est enfoncer des portes ouvertes.
    Personne ne reproche à la Turquie cette pression, même si Kouchner joue les vierges effarouchées. C’est au contraire l’occasion de voir à quel point la question religieuse est importante pour une Turquie dirigée par l’AKP…
    Quant aux EU, il n’est pas inutile de rappeler qu’au final c’est l’Europe qui décidera pour elle-même. Car l’Europe aussi défend ses intérêts.

  3. Oui 3 liens, c’est de la propagande ou du spam. La prochaine fois, je ne laisserai qu’un lien 😉

    Outre que cela n’est pas évident pour des raisons déjà évoquées dans un ancien billet, l’adhésion de la Turquie à l’UE me parait hasardeuse vu le contexte actuel (gouvernement de l’AKP, tropisme islamique alors que cette religion est minée par des mouvements intégristes…) et l’importance démographique de ce pays (71 millions d’habitants) qui lui donnerait un poids trop grand dans la conduite de la politique européenne.

  4. Ben pas tellement ouvertes les portes si justement on s’en est offusqué…
    Et, sinon, oui l’Europe fera en fonction de ce qu’elle croit être ses intérêts (enfin, les dirigeants des pays européens prendront sans doute pas mal aussi en compte leurs intérêts à eux).
    Toute la question est de se demander si l’entrée de la Turquie les sert ou non.
    j’ai la faiblesse de penser que oui, mais je crois savoir que nous ne sommes pas d’accord à ce sujet.
    (J’ai un peu la flemme de développer l’argumentaire là, mais j’en ai causé ici : http://ruinescirculaires.free.fr/index.php?2007/10/23/404-lu-et-entendu ou encore là : http://cinquieme.typepad.com/le_cinquime/2007/11/la-longue-march.html et Rocard en a fait un livre, puis un blog : http://www.ouialaturquie.fr/)
    (Meuh, non je n’en profite pas pour balancer ma propagande. Bon, si, peut-être un peu…)

  5. Jamais dit que c’était évident.
    J’y suis favorable (pour tout un tas de raison mais comme j’ai épuisé mon quota de liens…) mais c’est quand-même beaucoup une histoire de pari. Impossible d’être certain des conséquences de l’adhésion ou du rejet. je crois qu’on peut au moins être d’accord là dessus.

  6. Tout à fait, c’est un pari sur l’avenir. Et dans ce cas là je préfère le principe de précaution qui consiste à maintenir la Turquie hors de l’UE.

  7. Précaution relative : un refus et le dépit subséquents pourraient ne pas aller sans effets fâcheux (ne serait-ce par exemple qu’à cause de ceux vers lesquels la Turquie ne manquerait pas de se tourner en remplacement).
    A l’image, en somme, du principe de précaution lui-même qui est, paradoxalement, un pari risqué : http://fr.truveo.com/Luc-Ferry-les-dangers-du-principe-de-pr%C3%A9caution/id/3385780274

  8. Tant pis. En laissant la Turquie à l’extérieur on garde la possibilité de la faire entrer, alors qu’une fois entrée dans l’UE on aura plus de mal à l’en faire sortir. De plus si la crainte est qu’elle se tourne vers l’Iran par exemple, il ne faut pas oublier qu’elle est déjà dans l’OTAN. Bref le risque du refus me paraît inférieur au risque de l’adhésion.

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