cachez ces suppressions de postes…

«En cette période de crise, beaucoup d’entreprises sont dans des situations dures, ne font plus de bénéfices, ont des chiffres d’affaires dégradés et font pour autant tous les efforts possibles pour garder leurs salariés, notamment dans les PME. Qu’un groupe comme Total, qui fait plusieurs milliards de bénéfices, ne soit pas capable dans cette période d’avoir un comportement exemplaire en termes d’emploi me reste en travers de la gorge. […] Total ferait mieux pour son image d’essayer d’avoir un comportement exemplaire en disant : En cette période de crise, on garde tout le monde, on ne fait pas de suppressions d’emplois. Ils feraient mieux de corriger leur comportement rapidement. »
a dit Laurent Wauquiez
, scandalisé. Et il n’est pas le seul.

Lomig y voit un discours démagogique : « C’est de la démagogie anticapitaliste de base. Arrêtez de brosser Besancenot dans le sens du poil… »
J’y vois plutôt la réaction de bon sens d’un ministre de droite qui se rend compte que le capitalisme risque de devenir indéfendable en cette période de crise grave. Ce n’est pas le ministre qui brosse Besancenot dans le sens du poil pour l’opinion, c’est la réalité. Lomig rappelle d’ailleurs que les propriétaires des entreprises font ce qu’ils veulent. C’est un fait. Et les intérêts d’une entreprise multinationale dans une économie globalisée ne coïncident pas complètement avec ceux d’un pays ou d’un peuple. Il ne faudrait pas que cela se voit trop… D’ailleurs Wauquiez et Bertrand dans leurs interventions ne parlent-ils pas d’image ?

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Cet adage ne devrait-il pas s’appliquer à l’économie ? Sur ce sujet je rejoins L’Hérétique quand il dit : « Il s’agit là d’une question éthique : ceci ne change rien à tout le bien que je pense de l’économie de marché. L’éthique n’est pas le privilège de l’individu citoyen. L’entreprise aussi a une responsabilité sociale. »
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Publié le 11 mars 2009, dans politique et société, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 14 Commentaires.

  1. salut,
    merci d’avoir cité mon article et d’avoir lancé la discussion de manière peut-être un plus posée que mon « coup de gueule »…

    cependant, désolé, mais des phrases comme « L’éthique n’est pas le privilège de l’individu citoyen. L’entreprise aussi a une responsabilité sociale. » sonnent à mes oreilles comme du blabla de journaliste ou de politicien. ça veut dire quoi ? Parler de responsabilité sans définir ce qu’on entend par là est juste du vent rhétorique. En quoi le fait de licencier serait irresponsable ? On n’est pas responsable tout court : on est responsable devant quelqu’un. C’est cela le sens de la responsabilité. Je trouve étonnant que chacun veuille diriger Total. Que ce messieurs-dames montent une entreprise, puisqu’ils savent si bien faire, et de manière responsable…

    beaucoup de donneurs de leçons, peu de création et d’esprit d’entreprendre…C’est facile pour un politicien de critiquer les licenciements, et de l’autre côté quand le chômage baisse s’en attribuer le mérite. Mais ce sont, jusqu’à preuve du contraire les entreprises qui créent des emplois, pas les politiciens.

  2. Ouais enfin, 555 postes d’ici 2013, ce n’est pas non plus l’hémorragie. Total, c’est presque 100 000 employés dans le monde, il faut raison garder. De plus, me semble-t-il, il n’y aura pas de licenciement sec, donc pas de chômeurs.

    Total anticipe des difficultés à venir. En gros : la production d’essence est trop importante pour un marché national qui roule de plus en plus au diesel (c’est du moins ce qu’avance Michel Bénézit, le directeur général). Seul Total est qualifié pour ce genre de décisions, que l’avenir révélera judicieuses ou pas.

    Quant à l’argument de la défense du capitalisme, il me paraît spécieux. Aller dans le sens de l’irrationnel, simplement pour une question d’image, je n’y vois rien de bon. La seule solution c’est de bien expliquer le fonctionnement de l’économie de marché (ce n’est pas parce qu’une entreprise fait des profits qu’elle cesse d’être exposée à la concurrence et de devoir se réorganiser en permanence). Les déclarations de Wauquiez ne vont pas dans ce sens, et c’est bien dommage.

  3. @ Lomig : »cependant, désolé, mais des phrases comme “L’éthique n’est pas le privilège de l’individu citoyen. L’entreprise aussi a une responsabilité sociale.” sonnent à mes oreilles comme du blabla de journaliste ou de politicien. ça veut dire quoi ? »

    Ça veut dire que les propriétaires et/ou dirigeants d’une entreprise sont responsables devant leurs salariés, qu’ils doivent tenir compte du fait que ceux-ci ont besoin de leur emploi pour vivre et avoir à l’esprit que leurs décisions peuvent avoir des conséquences graves.
    Le patron de Jallatte savait manifestement ce que cela voulait dire…

    @ Anton : « La seule solution c’est de bien expliquer le fonctionnement de l’économie de marché »

    Chiche ?

  4. C’est déjà fait :
    – les entreprises agissent en fonction d’anticipations (c’est pourquoi les suppressions de postes sont prévues jusqu’en 2013),
    – la concurrence existe pour toutes les entreprises, même celles qui font des profits,
    – il n’est pas sain d’entretenir des branches ou des secteurs d’activité qui n’ont aucune raison d’être au vue de leur rentabilité (c’est du gaspillage de ressource, ni plus ni moins),
    – dans une économie de marché, les entreprises existent pour faire des profits, pas pour créer des emplois (c’est dur à avaler, malheureusement…).

    Bien sûr, il y aurait encore plein de choses à expliquer, mais cela dépasserait le cadre d’un simple commentaire.
    Et puis, encore une fois, il ne devrait pas y avoir de licenciement sec. Sans doute parce que le groupe affiche une santé financière insolente. Du coup, toute cette affaire est quelque peu creuse…

  5. @ Anton : le « chiche ? » ne s’adressait pas à vous personnellement. 😉
    C’était aussi une façon de dire qu’expliquer ne suffit pas sinon tous les économistes seraient du même avis.

  6. Nombreux les blogs et auteurs qui expliquent sans relâche, et pourtant… Mais cela, Polluxe, c’est la tragédie de la condition humaine : rares les vérités qui apparaissent naturellement d’elles-mêmes…
    L’économie de marché, et le libéralisme qui la sous-tend, touchent bien trop d’intérêts divers, procèdent de bien trop nombreux raisonnement contre-intuitifs pour que les choses soient simples.

    Mais pour prendre une parabole : faire cours est quelquefois difficile. Il faut expliquer avec beaucoup de pédagogie des notions parfois complexes pour les élèves. C’est là le travail des enseignants. Mais on ira pas pour cela demander aux chercheurs de trouver des choses plus simples. Ils trouvent ce qu’ils trouvent. C’est ainsi.
    De même, on ne peut pas demander à Total d’agir selon d’autres logiques que celles de l’économie, sous prétexte que cela n’est pas spontanément lisible.

  7. entièremment d’accord avec toi Anton; la vérité est la vérité. On peut la vulgariser, la simplifier, la modéliser, mais pas la rendre autre que ce qu’elle est.

    Ce qui est étrange, c’est que Total justement fait partie des boites qui marchent très bien et qui générent de l’activité des richesses et de l’emploi. C’est bien le signe qu’elle est bien gérée. On se demande alors de quel droit ceux qui n’ont aucune légitimité à le faire voudrait expliquer comment et pourquoi elle devrait gérer autrement les emplois…

    C’est le monde à l’envers.

  8. Les « logiques de l’économie » ? La « vérité » ? Oui mais laquelle ? 🙂

    Il y a la vérité des faits, les règles de fonctionnement mais au delà de ça il y a des choix d’organisations qui relèvent du politique. Il n’y a pas qu’un seul système économique possible sinon, je le répète, tous les économistes seraient du même avis. Total agit selon les règles d’un système économique donné. On peut le critiquer entièrement, partiellement ou souhaiter qu’il soit plus éthique…

    Défendre un système « ultra-libéral » est un choix politique non la description ou l’explication d’une loi économique « naturelle ». Ce n’est pas « c’est comme ça, ça peut pas être autrement » c’est plutôt « on veut que cela soit comme cela ».

  9. Je comprends votre point de vue, Polluxe. Mais nous divergeons : il n’existe qu’un seul système économique viable et performant (malgré ses défauts). Pour l’heure, personne ne lui a trouvé de substitut plus séduisant. Et ce système, c’est l’économie de marché. Ce n’est pas un hasard si ce système est si efficace.

    Quand j’entends tous ces propos pour une « réforme » ou une « moralisation » du marché, je me demande bien où cela conduit. L’économie de marché est puissante mais fragile. Si ses équilibres sont rompus, elle s’enraye. Ceux qui en seront responsables auront beau jeu, ensuite, de dénoncer les failles du marché. Ce n’est pas compliqué de trouver des exemples l’illustrant.

    Et qu’il en soit ainsi n’empêche pas les divergences entre économistes. Car l’affaire est bien plus complexe et embrouillée que de statuer sur la rotondité de la Terre.

  10. Tout à fait. L’économie n’est pas une science exacte.
    Sur la base même de l’économie de marché il y a des options différences (« ultras-libéraux », libéraux, socio-démocrates…) qui peuvent aboutir à des systèmes différents.

  11. @ LOmiG
    Il y a un truc sur lequel vraiment on diverge, en dépit de notre appartenance commune à la sphère libérale, c’est que tu abordes la chose d’un point de vue quasi-idéologique. Je ne cherche pas à faire de la morale ; c’est bien plus simple que cela : on vit des circonstances extraordinaires ! On est en pleine crise, alors dans ces circonstances-là, un peu de solidarité ne peut pas non plus faire de mal. La solidarité, c’est un atout sérieux pour la confiance, et à l’heure actuelle, la crise que l’on vit est d’abord une crise de confiance. Des actionnaires peuvent paniquer si on remet en question la prime qu’ils perçoivent pour le risque qu’ils prennent, mais pas parce qu’une entreprise conserve des emplois quand elle dégage des bénéfices suffisants pour à la fois distribuer ses dividendes et à la fois tenir bien au chaud les dits emplois. Une nouvelle fois, une entreprise n’est pas seulement une froide machine économique. D’ailleurs, je crois que Total est plus « sociale » que toi puisque finalement, on a appris qu’il s’agissait de postes et non d’emplois et que personne ne serait poussé dehors.
    Faut être pragmatique dans la vie.

    @ Polluxe
    Merci d’avoir relayé notre débat, et par suite, ma position. La comparaison avec la science me semble une bonne chose. Les meilleurs marchands savent faire un geste « commercial » au moment où il le faut.

  12. @ Polluxe : oui, c’est vrai. Sur la base de l’économie de marché il ya plusieurs « options » différentes. QUi se distinguent, à peu de choses près, par le degré d’intervention étatique qu’elles autorisent sur les marchés économiques. Pour le coup, je suis d’accord avec ce que me reproche l’hérétique : je pense sincèrement que l’action d’un Etat sur un marché relève de l’imposture intellectuelle. Il n’y a donc pas lieu d’être pragmatique ici. Si la connaissance de la bonne chose à faire pour influencer les marchés était accessible en droit (ce qu’elle n’est pas), il y a bien de chances pour qu’un cerveau humain puisse s’en servir. C’est justement la force des marchés que d’intégrer naturellement une masse de connaissances incroyables, et de fixer par le biais de prix ces connaissances. Ces prix libres de fluctuer sont la connaissance la plus complète que l’on puisse avoir d’un marché à un moment donné (je grossis, mais c’est à peu près ça). L’Etat n’a pas vraiment de légitimité pour aller dépenser l’argent du contribubable sur les marchés, à mon sens. On nage – nécessairement- en plein arbitraire.
    On ne saura jamais ce qui se serait passé si les politiciens n’avaient pas fait de plans de relance : cela ne les empêchera pas de s’attribuer, d’attribuer à leur intervention – dont ils ne détailleront jamais les conséquences – tout le mérite de la reprise (qui serait venue de toute façon, peut-être différemment).

    @ L’hérétique : ci-dessus ma réponse. Au passage, une entreprise c’est un « paquet de contrat ». C’est la définition la plus complète que l’on puisse donner au concept d’entreprise. Et on est bien d’accord que ce qui compte, ce sont les gens qui ont passé ces contrats. Ces gens, avec leur liberté, leur responsabilité et leur propriété. A chacun d’entre eux. Pas certains plus que d’autres.

    à bientôt

  13. @ LOmiG
    Je lis justement le bouquin de Thierry Aimar actuellement et la définition du marché par les Autrichiens

    Eh bien considère que lorsqu’un état intervient, le marché est juste un peu plus encombré genre parcours d’obstacles. L’essentiel, in fine, c’est qu’il demeure praticable, après tout. Pas d’obstacles => excès de vitesse, faut voir ça aussi…

  14. L’hérétique, comparaison n’est pas raison.

    Total supprime 555 postes, mais ne met personne au chômage (du moins d’après les annonces).
    Où est le mal ?
    Mais malgré cela, des hommes politiques montent au créneau et étalent leur indignation… Le problème avec cette idée (mettre quelques obstacles pour éviter les excès de vitesse) c’est qu’on ne sait pas s’arrêter en fait. Les réactions à cette affaire le prouvent. En sorte qu’il y aura toujours quelqu’un pour dire qu’un supplément d’obstacle, après tout, ce n’est pas si dommageable. Sauf qu’au final…

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