les filles écartées des sciences ?

Pourquoi y-a-t-il si peu de filles dans les filières scientifiques au lycée – puis dans le supérieur –  alors qu’elles ont le même niveau que les garçons en fin de collège ?

Une étude des services statistiques du Ministère de l’éducation nationale tente d’expliquer cette situation et de repérer les mécanismes à l’oeuvre, notamment le rôle des profs de maths et de physique. Il semblerait que les stéréotypes ancrés dans leur cerveau influent sur leurs pratiques d’orientation.

En tous cas il est intéressant de constater que c’est à l’adolescence, au moment où les filles deviennent des femmes, qu’elles s’écartent des voies scientifiques…

Que dit cette étude ? Plusieurs éléments d’explication sont avancés  : « l’histoire de l’éducation des filles, la construction de l’identité sexuée, les rapports sociaux de sexe et le rôle des stéréotypes. »

La scolarisation des filles a été en retard sur celles des garçons (création des lycées pour garçons en 1808 et pour filles en 1880) mais aussi en retrait : « C’est le mérite de nos lycées de jeunes filles de ne préparer à aucune carrière et de ne viser qu’à former des mères de famille dignes de leurs tâches d’éducatrices » dit le ministère de l’Instruction Publique en 1890 ! Tout un programme !  Jusqu’en 1924, c’est travaux d’aiguille, économie domestique, éléments de sciences et littérature moderne pour les filles contre latin, grec, philosophie, mathématiques et sciences pour les garçons.

Dès la naissance le genre se construit à partir des codes et des stéréotypes à l’oeuvre dans toutes les sphères de la société :  répartition des rôles dans le travail, modèles parentaux, discours, livres, publicité, éducation par l’école, les parents mais aussi les pairs… Ces codes sont intégrés par « l’individu qui se définit par rapport à des attentes sociales traditionnellement attribuées à son sexe. […] Par contre, l’existence de différences de fonctionnement des hémisphères cérébraux selon le sexe n’est pas prouvée. Les différences d’aptitude varient selon l’âge et/ou la classe sociale. »

Même s’ils sont aujourd’hui identifiés, les stéréotypes sur le masculin et le féminin restent puissants jusque dans la tête des enseignants – pourquoi y échapperaient-ils ? – alors que leur rôle en matière d’orientation est déterminant.
Ainsi « un professeur amené à parler avec ses élèves des métiers du bâtiment ou de construction de ponts s’adressera spontanément, dans la plupart des cas, en priorité aux garçons et ne fera pas les efforts sans doute nécessaires pour inclure les filles dans la discussion ou mobiliser leur attention. […] La façon dont un ou une enseignant(e) accueille l’annonce d’un projet d’élève atypique à son sexe, comme mécanicienne automobile ou puériculteur, peut révéler des stéréotypes et être dommageable. L’éventuelle fraction de seconde où se mêlent surprise, interrogation, parfois incrédulité, voire ironie, est importante. Il en va de la légitimité, ou non, du projet professionnel de l’élève. »

Les filles manquent de confiance dans leurs capacités scientifiques : « parmi les élèves qui sont au-dessus de la moyenne en maths, seules 53% des filles s’estiment capables de suivre un cursus scientifique alors que c’est le cas de 82 % des garçons. » Moyennant quoi elles adaptent leur désir d’orientation à l’image qu’elles ont d’elles-mêmes : « les filles préfèrent s’engager dans des filières qui les rassurent et leur promettent plus de réussite, puisqu’elles sont réputées mieux correspondre à leurs qualités intrinsèques. » Tout est dit.

Les filles s’orientent donc moins vers les sciences et parmi celles qui le font elles se dirigent plus vers la biologie que vers la physique-chimie, les maths ou les sciences de l’ingénieur. Ceci pourrait paraître anodin. Mais cela ne l’est pas car les débouchés des formations liée à la biologie sont moins importants et la valorisation du diplôme a un impact sur la vie privée : « Celles qui, dès les premières années de vie active, ont pu valoriser leur diplôme sont en mesure, plus aisément que les autres, de faire en sorte que les charges liées à la sphère privée interfèrent moins sur leurs carrières professionnelles. »
En termes clairs celles qui ont un meilleur diplôme et un meilleur boulot passent moins l’aspirateur !

Mesdames et messieurs les profs de maths, la balle est dans votre camp.

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Publié le 5 mars 2009, dans politique et société, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 14 Commentaires.

  1. Bonjour,

    Tu soulignes un problème très important. Il est indéniable que les enseignants restent marqués par cet aspect des choses. Il y a encore quelques jours, dans un conseil de classe de mon lycée, j’ai entendu des profs déconseiller à une gamine de seconde une orientation en STI à cause du trop grand nombre de garçons dans cette section.
    Maintenant, et sans échapper à tes questions, je voulais juste rappeler que les enseignants collent avec notre société. Ils sont machistes comme tout le monde…

    A bientôt,

  2. Bonsoir,
    comme je suis prof, je suis consciente de ça…J’essaie de ne pas tomber dans le panneau…Mais il est vrai que mon prof de maths de 4ème m’a dit que les maths, ce n’était pas pour moi…Et que j’ai donc fait des lettres !
    Ce ne sont pas que les profs de sciences qui doivent faire des efforts, d’ailleurs, c’est tout le système éducatif, puisque tout le monde touche de près ou de loin à l’orientation des élèves…

    CC

  3. Ce billet aurait été extrêmement pertinent au XIXe siècle… J’aimerais savoir, au XXIe, en quoi les filles seraient encore discriminées dans l’école publique autrement que par leurs choix personnels.

  4. Critucus,
    Les ados ne choisissent pas grand chose, en fait…Même pas le fait de mettre des converses ou la couleur de leur gloss…

  5. @ Criticus : n’empêche que les filles se groupent dans des classes spécifiques, comme les garçons d’ailleurs (très présents dans certaines classes techniques comme les STI par exemple ou certains bacs pros). Je pense que chacun y met un peu du sien. Les jeunes filles sont influencées par le milieu, ce qu’a fait le grand frère, les attentes des parents, mais les enseignants ont aussi une part de responsabilité là-dessus. Il n’y a qu’à voir les orientations des L : quand il y a un garçon, on est surpris…

  6. @ Criticus : le point de ce billet n’est pas de dire que les filles sont discriminées – dans le sens qu’on les empêcherait officiellement d’aller dans des filières scientifiques – mais de dire que les stéréotypes masculin/féminin sont encore actifs en matière d’éducation et d’orientation vis à vis des sciences. On est donc bien au 21e siècle et pas au 19e siècle, heureusement ; on finasse, on est dans la dentelle, pas dans la grosse toile.

    @ Mathieu et CC : En effet les profs sont des gens comme les autres qui n’échappent pas aux stéréotypes ; d’où l’intérêt d’en avoir conscience pour éviter la reproduction. D’accord aussi avec l’idée que tout le personnel éducatif est concerné.

  7. Tout a fait d’accord avec ces stéréotypes, j’ai travaillé dans un LMA, un lycée qui dispense des cours du soir, il y a une forte proportion de femmes qui reviennent passer leur BAC S ou SES mais ont cessé leur scolarité par dépit même si elles avaient tout pour réussir…
    D’ailleurs les hommes aussi sont victimes des clichés, par exemple je travaille dans l’insertion sociale, il y a très peu d’éducateurs ou d’assistants social, en quoi le social serait il réservé à la gente féminine ?

    sont super tes textes Pollux 😉

  8. Merci. C’est Polluxe avec un e 😉

  9. Il y a une réalité implacable ou alors j’ai raté un épisode. Les filles sont globalement plus studieuses que les garçons toutes disciplines confondues (au niveau universitaire bien sûr)

    Désolé pour le copier coller en direct du site du sénat, mais à moins qu’on ne considère la médecine comme une discipline pas du tout scientifique l’info vaut la peine … « Selon le Conseil national de l’Ordre des médecins, alors que les femmes ne représentaient que 10 % du corps médical français en 1962, elles étaient 36 % en 2003, 38,8 % au 1er janvier 2005 et seront vraisemblablement majoritaires d’ici à quelques années compte tenu des effectifs recensés dans les facultés de médecine »

  10. @ Farid : « Il y a une réalité implacable ou alors j’ai raté un épisode »

    Ni l’un ni l’autre. C’est une question de niveau d’analyse : les filles se dirigent moins vers les filières scientifiques dans leur ensemble mais parmi celles-ci, les filières de santé et de biologie se féminisent plus vite que les filières maths, physique-chimie ou sciences de l’ingénieur.
    Par ailleurs les femmes réussissent mieux à l’école mais à profil identique les hommes réussissent mieux professionnellement et accèdent plus à des postes de responsabilité.

    « Les filles réussissent mieux à l’école que les garçons : elles achèvent leur scolarité plus diplômées que les garçons : 25 % des femmes de 25 à 34 ans ont un diplôme supérieur à bac +2 contre 19 % des garçons du même âge (source : enquête emploi de l’INSEE, 2006). Cependant, à profil identique, ce sont bel et bien les hommes qui évoluent le plus rapidement.

    Même si les filles représentent désormais 47,3 % des bacheliers de la série S (chiffres de 2007), elles optent moins souvent que les garçons pour les filières les plus sélectives comme les classes préparatoires aux grandes écoles (10 % des filles contre 13 % des garçons). Elles choisissent plutôt des études longues à l’université et se tournent encore moins que les garçons vers les filières scientifiques.

    Les femmes représentent 56,7 % des étudiants en université, elles sont très majoritaires en lettres (+ de 70 %), très présentes en droit, sciences humaines et dans les formations de santé. On les retrouve à part égale en sciences économiques et gestion. Elles sont au contraire très peu présentes dans les filières scientifiques (un quart des effectifs) sauf quand il s’agit des sciences de la vie et de la terre.
    En ce qui concerne les écoles d’ingénieurs, les femmes sont faiblement représentées même si elles sont de plus en plus présentes. »

    Source : rapport n°1295 de l’Assemblée Nationale (2007-08) via le blog de l’orientation.

  11. Bonjour,
    « Mesdames et messieurs les profs de maths, la balle est dans votre camp. »

    Balle reçue ! Et oui, je suis UNE prof de maths (dans le supérieur). A mon niveau d’enseignement, je ne peux que constater les dégâts, hélas !
    Je suis tout à fait d’accord avec votre analyse. Les stéréotypes sont là, bien vivaces. Et non seulement dans les têtes des « grands ». Ils finissent par s’enraciner dans les têtes des jeunes filles elles mêmes, peut être globalement plus dociles et attentives aux « conseils bienveillants » des professeurs et parents, que les garçons.

    Moi aussi, on m’a dit que les maths c’était pas pour les filles, qu’une fille qui fait des maths ne va jamais se marier (qui en voudra?!) et que tout au mieux elle va devenir prof, vielle fille hystérique à 40 ans. Alors … j’ai fait des maths! Je suis mariée, j’ai deux enfants, je suis prof et je m’éclate dans mon boulot!
    Les filles, c’est pas vrai, ce qu’on vous raconte!

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