le laboratoire de la crise

criseLa crise économique est l’occasion de multiples commentaires, réflexions et propositions, les idées fusent, les lignes bougent, les langues se délient. Des sujets jusque là un peu oubliés dans la compétition internationale et la course à la croissance reviennent sur le devant de la scène. On entend parler partage des profits, paradis fiscaux, secret bancaire, rémunérations des dirigeants… L’économie est à l’ordre du jour et on apprend plein de choses (surtout moi qui suis une truffe).  Ainsi dimanche soir il y a eu sur la Chaîne parlementaire une émission très intéressante qui aurait pu s’appeler la crise pour les nuls : « Bulles, krachs et rebonds ». On y expliquait de façon claire la situation – pas très éloignée de la blague sur le sujet au demeurant – et Elie Cohen a conclu par une phrase que j’ai trouvé lucide (je cite de mémoire, donc à peu près) : « il va falloir trouver des solutions durables à ces crises car sinon les opinions publiques pourraient remettre en cause les trois piliers du système : libéralisation, innovation financière et globalisation »… Et les idées ne manquent pas.

Sur le partage des profits et la règle des trois tiers qui déplait au MEDEF et dont les fondements sont contestables, J-F Couvrat rappelle utilement que l’intérêt des salariés est du coté de l’augmentation des salaires et que cette suggestion, en apparence généreuse, pourrait être à double tranchant :

« Le Président et ceux qui le conseillent se seraient-ils fourvoyés en lançant une idée séduisante à l’énoncé mais inepte à l’analyse ? Il est prudent d’envisager une autre hypothèse. Ne s’agit-il pas d’augmenter la part des profits reversée aux salariés, au détriment des salaires ?
Il est très avantageux, pour une entreprise, de reverser des profits aux salariés plutôt que d’augmenter leurs salaires, car les profits ainsi distribués n’acquittent pas les cotisations sociales. Les bénéficiaires ont ainsi l’illusion d’y gagner. Or le déficit de la Sécurité sociale se creuse. On le montre alors du doigt pour justifier une réduction des dépenses, c’est-à-dire une moindre protection sociale. »

Sur les rémunérations des dirigeants, des propositions jusqu’ici impensables voient le jour. Aux Etats-Unis par exemple, Obama a décidé de plafonner à 500 000 dollars les salaires des dirigeants des entreprises aidées par l’État. Ça parait logique. Dans un article d’Alternatives Economiques Thomas Piketty, qui juge cette mesure inadéquate, préfère la solution fiscale ; il propose de revenir à la progressivité de l’impôt (suppression du « bouclier fiscal ») et à une taxation forte des très hauts revenus (ceux qui se comptent en millions d’euros). Ses arguments sont intéressants :

« C’est ainsi qu’entre 1932 et 1980 [aux Etats-Unis], le taux marginal d’imposition applicable aux plus hauts revenus a été supérieur à 80%, en moyenne. Pendant un demi-siècle. Et cela ne se passe pas en Union soviétique, mais aux Etats-Unis d’Amérique ! La leçon de cette histoire est que ce niveau d’imposition marginale n’a pas tué le capitalisme, ni mis au pas les droits de l’homme. Une leçon bonne à rappeler dans un moment où l’on nous explique, pour justifier le bouclier fiscal, que c’est un droit de l’homme fondamental de ne pas payer plus de 50% d’impôts quand on perçoit des bonus de plusieurs millions d’euros. Eh bien, on a fait tout autrement durant un demi-siècle sans que le capitalisme et la démocratie s’en soient moins bien portés pour autant. Bien au contraire.
[…] Observons tout d’abord que la justification des très hautes rémunérations par l’efficacité économique vient d’en prendre un sérieux coup, dès lors que ces rémunérations sont un des moteurs à l’origine de la crise présente. L’asymétrie totale des modes de rémunération des managers et des traders du point de vue de la prise de risque a été un puissant pousse-au-crime. Le système est tel que quand vous vous engagez dans des opérations à haut risque et que ça marche, vous gagnez des millions, voire des dizaines de millions d’euros. Et quand ça ne marche pas, non seulement vous ne perdez rien, mais c’est l’entreprise qui paye, à travers la masse de ses salariés, ou pire, ce sont les contribuables qui sont mis à contribution. Pas besoin d’aller plus loin pour comprendre l’origine des comportements insensés observés dans la finance ces dernières années.
L’argument massue avancé par les défenseurs d’une faible fiscalité sur les très hautes rémunérations est qu’il faut récompenser les gens qui font vraiment fortune grâce à leur travail. Or, ces working rich sont-ils plus efficaces ? Aucune étude ne permet d’étayer cette idée. De nombreuses études montrent au contraire qu’au-delà d’un certain niveau, les rémunérations des dirigeants ne sont guère corrélées aux résultats de leur action. Par exemple, quand les profits des entreprises résultent de facteurs exogènes, et notamment à des mouvements des prix dans lesquels les dirigeants n’ont aucune responsabilité (variations des cours de telle ou telle matière première, variations des taux de change), cela vient tout autant justifier les gros bonus…
[La crise actuelle est] une démonstration grandeur nature du caractère inefficace des bonus en tout genre et du fait que cette explosion des hautes rémunérations relève tout bêtement d’une captation pure et simple de la richesse par le groupe dirigeant.

Je vous le disais, les idées fusent…
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Publié le 24 février 2009, dans politique et société, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 27 Commentaires.

  1. salut,
    j’aime bien Elie Cohen. Je l’ai vu plusieurs fois à C dans l’air.
    Thomas Picketty est connu pour ses idées anti-libérales: il ne respecte pas tellement le droit de propriété (pas du tout, en fait), sans jamais préciser comment il sort philosophiquement de l’impasse consistant à décider arbitrairement que certains doivent payer pour donner à d’autres. C’est bien beau sur le papier. Qui fixe la limite ? Selon quels critères ? Comment évite-t-on l’arbitraire le plus complet ? Il a le droit d’avoir son avis ; mais il a le devoir de répondre à ces questions pour que son avis soit pertinent. IL ne le fait pas, à mon avis…mais je me trompe peut-être…

  2. Qu’est-ce-qui te fait dire qu’il ne respecte pas le droit de propriété ?

  3. salut Polluxe,
    eh bien quelqu’un qui dit « Il faut taxer fortement les très hauts revenus » ne respecte pas la propriété privée. Que tout le monde doive faire un effort pour financer la collectivité et les biens publics, personne ne dit le contraire. Mais dire que les « riches » doivent payer beaucoup plus que les autres c’est une manière de faire penser i) soit que leur argent est acquis de manière illégitime, et qu’il est donc morale de leur reprendre pour le distribuer ii) soit que la collectivité a le droit de décider selon des critères pour le moins arbitraire que certaines personnes (les « riches, mais ça pourrait être une autre catégorie, comme « les noirs », ou « les grands ») doivent payer plus que d’autres. L’impôt progressif, a fortiori quand on veut taxer « lourdement » les hauts-revenus, est un mode exagéré et injuste d’expropriation. C’est une règle non universalisable et en tant que telle déjà un peu douteuse…

    à bientôt

  4. Évidemment si on considère les impôts comme une expropriation… C’est une participation au financement des biens collectifs. Et l’impôt sur le revenu est progressif par tranche et individuellement, à tranche égale tout le monde paye le même pourcentage. Au final les plus riches payent plus que les plus pauvres mais après impôts ils ne se retrouvent pas au même niveau, et heureusement ! Et ça ne veut pas dire que l’argent est acquis de manière illégitime ; ça n’a rien à voir.
    Par ailleurs on ne peut pas mettre sur le même plan les catégories sociales et les catégories ethniques ou « physiques » : on peut en changer dans un cas, pas dans l’autre.

    L’impôt est en effet une forme de redistribution mais celle-ci ne serait pas nécessaire si en amont la richesse était mieux répartie au sein des entreprises. D’une certaine façon ce sont les contribuables, et principalement ceux des classes moyennes quand la progressivité de l’impôt est stoppée par un « bouclier fiscal », qui donnent aux salariés modestes ce que les « groupes dirigeants » ne leur ont pas donné dans le cadre de leur travail.

  5. L’impôt proportionnel me parait infiniment plus juste : chacun donne pour participer à la collectivité la même proportion de son argent. Pourquoi faire payer plus les riches ? Pourquoi désinciter la création de richesses ? Faut-il punir ceux qui s’enrichissent…?

    tu dis : « L’impôt est en effet une forme de redistribution mais celle-ci ne serait pas nécessaire si en amont la richesse était mieux répartie au sein des entreprises. »

    Voilà une proposition audacieuse. La répartition des richesses créées au sein des entreprises n’a pas grand chose à voir avec la nécessité de redistribution. C’est mettre une responsabilité difficile à établir sur les entreprises. Les rendre responsables de l’inégalité, oui, mais alors il faut aussi les rendre responsables de la création de richesse. Pourquoi alors les « condamner », si ce n’est au nom d’un égalitarisme forcené ?

  6. Je ne condamne pas les entreprises, je dis seulement que si les salariés pouvaient tirer des revenus suffisants de leur travail l’Etat n’aurait pas à les aider. Et le niveau ou l’échelle des salaires, c’est bien à l’intérieur des entreprises que cela se joue. Dans les grandes entreprises, payer moins les dirigeants pour payer plus les autres ce n’est pas de l’égalitarisme forcené mais essayer de rendre plus équitable le « partage du gâteau ».

    Piketty n’est d’ailleurs pas arrivé à la solution fiscale immédiatement :
    « J’ai cru pendant un certain temps que des améliorations viendraient de réformes de la gouvernance des entreprises, avec par exemple des votes séparés des assemblées d’actionnaires sur les rémunérations des dirigeants. Actuellement, la démocratie actionnariale ressemble à un régime parlementaire avec l’article 49-3 actionné en permanence, les actionnaires étant contraints à des votes bloqués pour approuver le bilan de la direction. »

  7. « essayer de rendre plus équitable le “partage du gâteau”. »

    Voilà bien le point de désaccord. Cordial, je précise. Mais le salarié qui signe un contrat de travail sait ce qu’il va toucher pour son travail, non ? De quel droit devrait-il toucher plus que cela, sachant que le « gateau » en question ne lui appartient pas. C’est pour ça que je parlais de respect de la propriété privée. Les bénéfices d’une entreprise n’appartiennent en aucune manière aux salariés. La part que touchent les salariés est définie dans le contrat qu’ils signent. Le reste est de la démagogie à mes yeux. Je comprends cependant qu’on pense différemment, mais je n’ai toujours pas lu d’arguments convaincants qui justifieraient cela.

    à bientôt

  8. Qui parle de partager les bénéfices ? L’image du « gâteau » ne leur est pas réservée. Il est ici question de niveau de salaires.

  9. Le niveau de salaire est fixé, pour chaque personne, par un contrat signé librement entre les deux parties. Nous parlons donc d’autre chose en parlant du gâteau…non ?

  10. Non pas ici. Il ne faut pas se prendre les pieds dans la crème 🙂
    René a d’ailleurs écrit un billet intéressant et complet sur le partage des profits (http://renefoulon.canalblog.com/archives/2009/02/24/12690008.html)
    Le « gâteau » peut être aussi l’ensemble des salaires ; et le fait qu’ils soient fixés par contrat n’empêche aucune entreprise de proposer des contrats un peu moins juteux pour les dirigeants et un peu plus juteux pour les autres salariés par exemple.

  11. « et le fait qu’ils soient fixés par contrat n’empêche aucune entreprise de proposer des contrats un peu moins juteux pour les dirigeants et un peu plus juteux pour les autres salariés par exemple. » tout à fait d’accord. Et il revient aux propriétaires de l’entreprise de décider de cela, et de la politique qu’elle souhaite suivre. Pas aux politiciens, qui ne sont pas légitimes pour en décider. C’est cela aussi, le droit de propriété. Ne pas disposer de la propriété des autres comme si c’était la nôtre…

    à bientôt

  12. Salut Polluxe,

    Quelques remarques, et quelques questions :

    En quoi est-il « juste » de faire participer « les riches » plus que les autres au « financement des biens collectifs » ?
    En quoi est-il légitime de procéder à une « redistribution » des richesses ? Sauf à considérer a priori que les richesses produites par certains sont illégitimes ?
    Qu’est-ce que ça veut dire « revenus suffisants ». Qui décide du niveau de « suffisance » ?

    De la même manière, qui, sauf les intéressés eux-mêmes, c’est à dire les salairés et les dirigeants au sein de l’entreprise, est légitimement à même de décider du « partage du gâteau » ?

    L’argument de Lomig sur le point de la propriété privée, Y COMPRIS DES RESULTATS, est parfaitement inattaquable. Les « bénéfices » n’appartiennent pas aux salariés ! Il n’y a aucune justification naturelle ou morale à ce qu’ils en ponctionnent une partie, sous forme de salaire ou sous toute autre forme. Leur salaire est fixé par contrat de gré à gré. C’est ce seul accord contractuel qui a force de loi.

    Dans <a href= »http://renefoulon.canalblog.com/archives/2009/02/24/12690008.html » title= »mon billet » sur lequel tu as commenté, je traite de ce point précis en avançant l’hypothèse qu’une partie du salaire soit constituée à partir de la valeur ajoutée. Ce serait, à mon sens, une bonne idée et j’y explique pourquoi. Ca ne se conçoit néanmoins que dans le cadre d’un accord d’entreprise, et certainement pas par la loi. Et ça ne peut en aucun cas être considéré comme un principe. Ce n’est qu’une idée pour sortir du sentiment d’exploitation que ressentent une grande partie des salariés. Le principe, c’est que les profits appartiennent aux propriétaires de l’entreprise, et qu’ils sont naturellement destinés à rémunérer le capital et la prise de risque de l’actionnaire.

    Quant à parler de contrat « un peu moins juteux pour les dirigeants », c’est parler d’autre chose, même si la confusion est commune. Les salaires des dirigeants des grandes entreprises sont souvent montrés du doigt. Je n’ai pas de « religion » sur la question, mais j’admets qu’ils peuvent certaines fois choquer, en dehors de toute analyse. Toutefois, ça n’a rien à voir avec le sujet dont nous nous entretenons : la rémunération du capital (les dividendes servis aux actionnaires) sont une chose, les salaires des dirigeants en sont une autre. On pourrait peut-être en discuter. Il me faudrait avant ça faire des recherches précises sur la question. Je ne me prononce donc pas là-dessus pour l’instant. Quand je parle de salaires dans mon billet, ça inclue évidemment les salaires des dirigeants.

    A bientôt.

  13. @ Polluxe : Très bon album de Supertramp !
    Sinon, d’accord avec Lomig, vouloir taper fiscalement sur les « riches » est un mépris de la propriété privée.

  14. @ René : « Les salaires des dirigeants des grandes entreprises sont souvent montrés du doigt. Je n’ai pas de “religion” sur la question, mais j’admets qu’ils peuvent certaines fois choquer, en dehors de toute analyse. Toutefois, ça n’a rien à voir avec le sujet dont nous nous entretenons… »

    Ben si, ça a à voir car l’essentiel de ce billet comme le commentaire n°6 concerne l’échelle des salaires et la rémunération des dirigeants.
    Tiens, j’ai trouvé chez Farid, une citation qui dit clairement ce que je voulais exprimer :
    « le découplage entre faible progression des salaires et profits historiques des entreprises fait craindre […] une montée du ressentiment, aux Etats-Unis comme ailleurs, contre le capitalisme et le marché. […] Il faut augmenter les salaires ».
    L’auteur de cette citation est un anti-libéral notoire. Devinez qui ?

  15. Ok, ne joue pas sur les mots s’il te plait ! Quand je dis que ça n’a rien à voir, c’est par rapport à ce que j’avais dit avant : je parlais des revenus du capital, pas de ceux des dirigeants. Et les seconds n’ont rien à voir, je le maintiens, avec les premiers…

    Pour ce qui est des salaires (de ceux des dirigeants comme de ceux des autres salariés), je suis tout à fait d’accord avec Alan Greenspan : une distorsion importante et durable entre salaires et profits des entreprises est de nature à provoquer chez les salariés le sentiment d’être exploités, et donc une réaction de défiance, voire de révolte, conte le capitalisme.
    C’est bien entre autres dans cet esprit que je propose l’idée d’asseoir une partie du salaire sur la valeur ajoutée, ce qui créerait un lien direct entre les salaires et les profits, c’est à dire entre les revenus du travail et ceux du capital.

  16. @ René : Bon, si je comprends bien on est d’accord sur l’idée que des inégalités trop importantes de salaires – et notamment les rémunérations extrêmes des dirigeants de grandes entreprises – sont néfastes. En tant que citoyen lambda je trouve, comme le dit Piketty, que « cette explosion des hautes rémunérations relève tout bêtement d’une captation pure et simple de la richesse par le groupe dirigeant ».

    @ Paul : et payer des gens au SMIC ou même plus quand on gagne des millions d’euros, c’est le mépris de quoi, ou de qui ?

  17. « D’une certaine façon ce sont les contribuables, et principalement ceux des classes moyennes quand la progressivité de l’impôt est stoppée par un “bouclier fiscal”, qui donnent aux salariés modestes ce que les “groupes dirigeants” ne leur ont pas donné dans le cadre de leur travail. »

    Polluxe, je nuancerais cette idée.

    Dans les années 1980, Reagan a diminué le taux marginal d’imposition de 70% à 35%, ce qu’évoque Piketty. Cela n’a pas empêché les plus riches de contribuer de plus en plus à l’impôt fédéral. Ainsi, en 2004, le 1% le plus riche acquittait 35,7% de l’impôt fédéral sur le revenu, contre 19% au moment des réformes de Reagan. Ce n’est pas rien ! D’autant qu’on ne dira pas que les 2%, les 5% ou les 10% les plus riches forment une classe moyenne. En 2004 toujours, les 5% les plus fortunés finançaient 56,2 % du total de l’impôt fédéral sur le revenu (dont l’importance dans les finances de l’État central est plus grande que son équivalant en France).

    Bon je n’ai pas de chiffres plus récents et aucune donnée pour les États fédérés (certainement que la situation varie grandement d’un État à l’autre). C’est néanmoins assez éloquent : limiter la progressivité de l’impôt, ce n’est pas nécessairement limiter la redistribution des riches vers les pauvres. La question est plus complexe.

    Source : http://www.objectifliberte.fr/2007/09/politique-fisca.html

  18. Il faut vraiment être con pour parler d’innovation financière comme d’un truc positif. Jusqu’à preuve du contraire, les CDO, CDS, LBO et autres saloperies inventées depuis quelques années sont la cause de la crise financière. Je parle bien sûr d’Elie Cohen.

    Evidement Lomig nous fait la promotion de la Flat Tax forcement plus juste. Sauf que Monsieur, depuis 1789, il est acquis que les impôts sont fonction des capacités des uns et des autres.

    On en voit un autre qui parle de prise de risques des actionnaires. Hahah, et les salariés ils ne prennent pas plus de risque ? la perte d’un emploi pour les 200 000 nouveaux chômeurs en 4 ou 5 mois, c’est une prise de risque ou une joyeuse fête ?
    Et qu’on ne me parle pas du cout du chômage: c’est une assurance! Et une partie de ces chômeurs sont des gens en CDD courts ou missions d’interim qui parfois ne touchent pas d’assedic aussi élevés que certains le fantasment.

  19. Dagruoik, si je puis me permettre quelques remarques.

    Le salarié ne prend pas de risque en ce sens qu’il n’engage pas d’argent dans l’entreprise. Il lui loue sa force de travail en échange d’une rémunération.L’actionnaire prend un risque en acceptant d’investir une certaine somme d’argent en achetant des actions, car il anticipe les succès futurs de l’entreprise. En échange, il reçoit des dividendes, ce qui est normal, tout comme il est normal que le salarié reçoive un salaire pour le travail rendu. Il n’y a pas lieu d’opposer les deux.

    En outre, les CDO, CDS et autres joyeusetés ne sont pas à l’origine de la crise. Crise dont le nom indique bien la provenance: les subprimes ne sont d’abord pas des produits financiers, mais simplement des crédits hypothécaires accordés à des personnes non solvables, sur injonction des pouvoirs publics états-uniens et sur la foi que la bulle immobilière n’existait pas.

  20. Anton , dis moi les crédits Subprimes ils étaient isolés dans le bordel financier ? Non, car transformés en titres et donc CDO/CDS ensuite. Et cette crise n’est pas limitée aux subrprimes: recherche un peu dans google sur les risques, sur les crédits hypothécaires, sur la bulle des cartes de crédits et celle des LBO.

    Quand à l’injonction, euh, là je demande à voir: J’aimerai bien avoir tous les éléments pour connaitre le nom du lobby responsable de cette bêtise. Et donc avant de parler d’injonction, de connaitre la façon dont la chose c’est réalisée. On pourra faire la même chose pour les étonnants prêts hypothécaires dans les PECO en franc suisse. Prêts qui vont mettre en vrac des banques occidentales.

    Quand à la relation salarié/actionnaire: Jusqu’à preuve du contraire, ce sont les salariés qui trinquent en premier, largement avant les actionnaires. Surtout avec les licenciements qui servent à anticiper des problèmes. Là c’est la prise de risque par anticipation pour les salariés. L’actionnaire peut conserver son capital et attendre des jours meilleurs( surtout s’il est titrisé) tandis que le salarié perd son travail définitivement.

    Ensuite il faut savoir de quel actionnaire tu parles : si c’est le petit actionnaire qui n’a que 0,0000001% du capital ou du gros qui en a 5 ou 10%. Ce n’est pas du tout la même chose.

  21. Mouais, je ne crois pas qu’un actionnaire qui voit son portefeuille d’actions perdre de la valeur soit très heureux, quel que soit le montant de ce portefeuille. Personne ne conteste que les salariés trinquent. Il n’y a pas à nier l’une ou l’autre problématique. Et un chômeur, ça peut retrouver un emploi. D’ailleurs, c’est ce qui se passe : moins en France où tout est fait pour le multiplier, le chômage baisse dès la fin des crises.

    Je répète : la crise n’est pas, en premier lieu, une crise financière. C’est chronologiquement une crise immobilière (éclatement de la bulle) mutée en crise bancaire à cause des subprimes, transformée ensuite en crise financière en raison de la titrisation des subprimes pour enfin devenir une crise économique généralisée.

    Les subprimes ont été largement encouragées par les pouvoirs publics états-uniens qui visaient le but (louable) de permettre aux petites gens d’accéder à la propriété. Pour cela fut voté le CRA qui obligeait les banques à prêter sur critères ethniques (les pauvres étant le plus souvent dans les minorités ethniques) et je soulignerais le rôle des Fannie Mae et Freddie Mac, sous tutelle administrative, par lesquels, si je crois bien, 50% des supbrimes ont été titrisés. Le lobbying de ces deux institutions, auprès des Républicains comme des Démocrates, a été considérable. A tel point que les trois tentatives de réforme (début des années 2000, dont deux de l’administration Bush et une de Ron Paul) se sont heurtées au barrage des élus.

    Maintenant, il est clair que les banques états-uniennes ont manqué de prudence. Mais il faut bien dire qui très rares étaient les personnes, économistes y compris, qui avaient vu l’existence d’une bulle immobilière. Si bien que tout le système paraissait solidement sûr. C’est facile, après coup, de donner des leçons, une fois qu’on a le fin mot de l’histoire. Je comprends toutefois que ceux qui se sont trompés soient prompts à vouloir faire oublier leurs erreurs passées.

    Pour terminer ce très long commentaire, un mot sur la flat tax et la Déclaration de 1789. Il me semble que vous déformez allégrement l’esprit de l’article 13 de ladite déclaration. Cet article stipule : « Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés. » Ce qui, à l’époque, signifiait tout simplement qu’aucun privilège fiscal ne devait plus exister, à la différence de l’Ancien Régime, et qu’il ne fallait pas écraser les plus humbles sous la fiscalité. Les Constituants ont consciemment rejeté la progressivité de l’impôt au motif qu’il ne fallait pas décourager le profit, récompense du talent et de l’effort. J’ajoute que le système fiscal mis en place en 1789 ne reposait sur aucune déclaration fiscale, ni des revenus ni des bénéfices. Les sommes dues étaient grossièrement évaluées à partir des signes extérieurs de richesse : nombre de fenêtres, estimation des loyers, etc. On ne peut donc clairement invoquer la Déclaration de 1789 au secours de la progressivité d’un impôt sur le revenu qui n’existait même pas à cette époque.

  22. Tu trouvera facilement des économistes ( situés à gauche) qui expliquait depuis quelques années que l’économie anglo-saxone est basée sur l’endettement privé massif et donc sur un enchainement de risques transformés en titres.

    Sur la Flat Tax supposée « juste » on va faire un exemple, imaginons qu’elle soit établie, votée et appliquée : On aura donc un taux unique pour tout le monde. C’est son principe simple et « juste » d’après ses adeptes.

    Quid des niches fiscales ? Il y en a 420, vous les gardez ? Par ce qu’elle font en gros diviser par 2 l’efficacité de l’impot sur le revenu.
    Quid du quotient familial qui produit déjà de très belles inégalités quand on bénéficie en plus des allocations familiales sans conditionnement des revenus ?

    Prenons des exemples simple, avec un taux de 25%
    Salarié imposé a un taux marginal de 12% avant => il passe à 25% , donc fait doubler son impôt. Il va être content, le voilà soumis à un système plus « juste ».
    Moi je suis dans la bas de la tranche d’imposition, je dois être à 9% de taux marginal, je serai très content d’être imposé à 25%, c’est sans doute plus « juste ». Et je suis célibataire à faibles revenus sans aucune niche fiscale. Et comme je n’ai pas de patrimoine, je ne pourrai pas couiner à la confiscation de ma propriété privée :o)

    Et bien sûr celui qui est actuellement au taux marginal supérieur, et donc imposé réellement à plus de 30% ( ça peut aller jusqu’à 50%) va faire une économie importante. Bien sûr, il ne faudra pas qu’il ait jusqu’à présent fait appel à une des 420 niches fiscales existantes pour rentrer dans l’exemple.

    Sur le chômage pas se baser que sur la catégorie 1 qui est utilisée et affichée publiquement. Ce sont les chômeurs qui recherchent un emploi de type CDI à temps plein et rien d’autre. Les autres sont dans d’autres catégories : moi par exemple, par ce que j’accepte tout : intérim, CDD, freelance => je suis flexible, donc je disparait comme 1,5 millions d’autres des statistiques : Catégorie 2,3,4,5 etc…

    Et je vois que vous faites vous aussi une interprétation de l’article 13 et du selon leur facultés.

  23. Sur le capitalisme d’endettement : nous sommes bien d’accord. Cela n’empêche pas, je suis buté aux faits, que la crise actuelle est d’origine immobilière (et il faut noter que la bulle immobilière a été encouragée par des droits du sol restrictifs, nuisant à l’adaptation de l’offre de logements à la demande).

    Quant au chômage, l’existence de catégories n’enlève rien au fait qu’il diminue lorsque l’économie n’est pas en crise. Donc écrire, comme vous l’avez fait, « que le salarié perd son travail définitivement » est généralement faux (et heureusement!).

    Pour l’article 13, aucune interprétation: ce sont les faits. Les révolutionnaires de 1789 étaient des libéraux pour qui l’impôt devait être léger et non confiscatoire. Les Constituants, ceux-là même qui ont rédigé la Déclaration de 1789, ont discuté le principe de la progressivité de l’impôt et l’ont rejeté. Pourquoi se seraient-ils mis en contradiction avec eux-mêmes? Ce n’est donc pas une interprétation, c’est replacer le sens des mots dans leur contexte historique, c’est restituer l’esprit de la lettre. Par conséquent, on ne peut invoquer la Déclaration de 1789 pour justifier un impôt progressif.

    Quant à la flat tax, je précise juste que je ne m’en suis pas fait le défenseur : je me suis borné à contredire un de vos arguments. Mais j’avoue ne pas lui être défavorable a priori.

    Sinon, il est certain que toute réforme fiscale fait des gagnants et des perdants. Les modalités concrètes seraient à débattre (vous avez, arbitrairement, choisi un taux de 25%, mais la Russie applique 13% ; l’Estonie l’avait d’abord fixé à 26% puis, devant le succès fiscal de la formule, l’a rabattu à 20% ; la Slovaquie à un taux unique de 18% sur le revenu, les bénéfices et même la TVA y est de 18%). J’imagine qu’en deçà d’un certain revenu, elle ne serait pas prélevée, ne serait-ce qu’en raison des coûts de perception. Les niches fiscales seraient supprimées, ce me semble. N’importe comment, ce qui fait la pression fiscale, c’est avant tout la dépense budgétaire. Un État raisonnable prélèvera de manière raisonnable.

  24. Après un dimanche d’absence, je vois que le débat se poursuit de manière fort intéressante.

    Anton, je suis bien content que vous ayez apporté en mon absence une grande partie des arguments que j’aurais dû, sinon, développer. Notamment sur la prise de risque des actionnaires mais pas seulement.

    Sur la flat taxe, j’en suis un fervent défenseur en ce sens qu’elle est selon moi l’expression la plus naturelle de la justice fiscale. Ensuite, il m’apparaît en effet évident qu’elle devrait s’accompagner de la suppresion totale des niches, dans lesquelles j’inclue bien sûr le quotient familial, et que les prestations familiales devraient dans le même esprit être soumises à conditions de ressources. Ensuite, il est tout à fait évident que c’est la maîtrise des dépenses budgétaires qui conditionnera toujours la justesse et le caractère raisonable des prélèvements fiscaux.

    A bientôt.

  25. Tiens, sur la prise de risque, il y a un article sur Telos : le mythe du risquomètre.

  26. Très intéressant article, et qui montre bien le danger d’une trop grande confiance en soi, et surtout dans les procédures. Elles sont forcément sujettes à caution tant qu’elles n’ont pas subi l’épreuve du terrain. Mais si elles sont mauvaises, cette épreuve-là conduit à la catastrophe. C’est ce qu’on vit aujourd’hui…

    Mais ça n’enlève rien au fait que l’investissement dans les entreprises représente un risque important, au contraire. Et quand je me vois « rire au nez » quand je parle de la prise de risque de l’actionnaire, j’ai envie de crier à l’imbécilité ambiante. On a l’impression qu’il suffit d’être ressenti comme « riche » pour être un affreux profiteur qui s’en sort toujours, alors que les autres, ceux que l’on nomme indistinctement « les pauvres » ou « les travailleurs » pour faire « socialement correct », ceux-là sont les éternelles victimes des affreux « capitalistes » qui les « exploitent ».

    Si un de ces travailleurs-là se retrouvait en quelques mois démuni de la moitié de son maigre patrimoine et, simultanément, de la moitié de sa capacité de travail et donc de revenus, je me demande bien quelle serait sa réaction. C’est pourtant ce qui vient d’arriver à la quasi totalité des actionnaires.
    Mais sans doute le risque malgré cela est-il pure chimère ? Pour le salarié, oui. Pour l’actionnaire, certainement pas. Alors, nier l’évidence est toujours assez facile, mais ça n’empêche pas la réalité des choses.
    Et il est tout à fait normal, je le répète, que ce risque-là soit rémunéré…

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