les droits de l’Homme de qui ?

La déclaration universelle des Droits de l’Homme a eu 60 ans hier. A cette occasion lors d’un entretien au Parisien Bernard Kouchner a lâché une bombe :

« La France est-elle exempte de tout reproche en matière de droits de l’homme ? Quand on songe à l’arrestation de l’ex-directeur du journal « Libération »…
L’arrêter comme cela, dans ces conditions, c’est honteux. Et pour une affaire qui n’avait pas une telle importance… Et on donne des leçons ! Heureusement le président de la République a fort bien réagi. Bien sûr qu’il y a des problèmes en France. Je pense que j’ai eu tort de demander un secrétariat d’Etat aux Droits de l’homme. C’est une erreur.
Car il y a contradiction permanente entre les droits de l’homme et la politique étrangère d’un Etat, même en France. Cette contradiction peut être féconde mais fallait-il lui donner un caractère gouvernemental en créant ce secrétariat d’Etat ? Je ne le crois plus et c’est une erreur de ma part de l’avoir proposé au président. J’avais refusé ce ministère dans le premier gouvernement de Michel Rocard ! Cela dit Rama Yade a fait, avec talent, ce qu’elle a pu.

Pourquoi ?
Parce que vous ne pouvez pas tout faire respecter, et que par conséquent vous êtes attaqué en permanence. Même quand vous agissez. L’essentiel est d’écouter les ONG.»

Au delà de la polémique sans intérêt sur les personnes, je trouve cette affirmation assez juste. Avec ce secrétariat d’Etat aux Droits de l’Homme, qui est une innovation puisqu’il n’existait pas dans les gouvernements précédents, la France se pose en dépositaire du concept, en donneuse de leçons et tend ainsi le bâton pour se faire battre. Les droits humains sont aujourd’hui des valeurs universelles qui n’appartiennent pas spécifiquement à notre pays même s’il a contribué – comme l’Angleterre d’ailleurs avec l’Habeas Corpus – à leur apparition. L’histoire suffit à le rappeler. Inutile de la ramener en permanence, surtout quand la realpolitik ou les intérêts souverains poussent à des choix contraires. Dommage que Bernard Kouchner n’ait pas cité d’exemples d’ailleurs, cela eut été savoureux…  Cette mise en avant des droits humains risque alors d’apparaître aux autres pays comme une hypocrisie, un prétexte ou un instrument de domination.
La suppression de ce secrétariat constituerait une forme de cohérence et d’honnêteté. Et puis ce secrétariat au sein d’un gouvernement français s’occupe des droits de l’Homme de qui exactement ?

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Publié le 11 décembre 2008, dans politique et société, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. Tu n’as pas tort !

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