vous avez dit « ultra » ?

Entendue récemment au journal télévisé de France 2, à l’occasion de l’affaire du sabotage des lignes SNCF, une nouvelle expression vient de voir le jour pour désigner un courant politique : « l’ultra-gauche ».

Elle désigne manifestement un courant anarchiste qui n’hésiterait pas à passer à l’action. On comprend surtout de cette expression que ce courant est à gauche de l’extrême-gauche (suivez mon regard : Besancenot). Et sans doute n’a-t-on pas voulu lui voler la vedette, ainsi que son fond de commerce, en le décalant vers la droite c’est à dire « à gauche », ce qui mettrait en passant le Parti Socialiste « au centre » (mal venu en période de congrès…). Bon, je comprends bien.

Mais je serais quand même curieuse de savoir comment, dans le secret des rédactions, on a choisi d’utiliser ce terme : parce que ce courant se désigne lui-même ainsi ? ou parce que le ministère de l’intérieur l’emploie ? A noter que ces ultras là n’ont rien à voir avec ceux du 19e siècle  😉

Publié le 18 novembre 2008, dans mots, politique et société, et tagué . Bookmarquez ce permalien. 8 Commentaires.

  1. « Objet de quelques travaux, le phénomène ou concept d’ultra gauche demeure en France flou dans sa définition. Il est souvent confondu avec le conseillisme ou rapproché de l’extrême gauche et de certains courants de l’anarchisme. Cependant que personne ne s’en réclame (Richard Gombin, Bourseiller ou les membres de Socialisme ou barbarie). Parmi les traits qui pourraient la caractériser figurent son opposition au léninisme, et sa critique de tout marxisme orthodoxe. »
    ultra gauche sur Wikipedia
    Par contre, si visiblement personne ne se réclame de l’ultra gauche, le terme n’a pas été forgé récemment par les médias pour bien marquer la différence avec le NPA. Je me souviens l’avoir lu sous la plume de Jean-Patrick Manchette (qui d’ailleurs, si mes souvenirs sont bons, sans vraiment sans réclamer, ne cachait pas non plus ses sympathies) dans des écrits datant d’il y a bien trente ans.

  2. Merci Aymeric pour ces précisions. Je m’interroge quand même sur la décision d’utiliser ce terme et pas un autre…

  3. Je crois que tu as donné l’explication dans ton billet, Polluxe : les journalistes n’ont pas envie qu’on les accuse de mettre NPA, Besancenot et saboteurs dans un même sac, alors ils ont utilisé ce terme collant bien avec le côté « radical » des saboteurs en question…sans forcément aller vérifier l’existence d’une définition précise à ce terme.

    Ce ne serait pas la première fois que des journalistes feraient de l’approximation. Et pas la première fois non plus qu’ils serviraient la soupe à Besancenot…

  4. Ben le distinguo ne me parait pas si artificiel.
    L’extrême gauche, dans le paysage politique français, c’est relativement bien circonscrit : le Parti de Travailleurs, Lutte Ouvrière ou la LCR (j’en oublie peut-être).
    Alors, on peut en penser ce qu’on veut, que ce sont de gros démagogues et que leurs idées sont irresponsables et/ou liberticides et qu’elles doivent être dénoncées comme telles mais ils jouent le jeu de la démocratie en se présentant aux élections (et en perdant systématiquement comme quoi, bien souvent, la majorité des électeurs reste, pour l’instant, plus raisonnable qu’on ne le craint souvent.)
    L’ultra gauche, par contre, c’est la continuation de la lutte par d’autre moyens : la grève, l’occupation, les happenings dans le meilleurs des cas ; le sabotage, l’enlèvement, l’assassinat ou l’attentat dans le pire.
    La différence est quand même importante.
    Qu’il y ait des passerelles idéologiques ou des sympathies entre les deux mondes d’accord mais cela n’est pas synonyme d’équivalence.
    Le danger à ne penser qu’en terme de nature ou d’essence commune au détriment de la mesure et des différences de degrés, c’est de ne raisonner qu’à moitié.

  5. D’accord avec toi, Aymeric. Mais la position de Besancenot n’est pas très claire sur ce genre de sujets : veut-il gouverner ? Rien n’est moins sûr : il affirme régulièrement le contraire, il me semble, non ?

  6. C’est peut-être qu’il n’a pas beaucoup d’illusion sur ses chances de pouvoir le faire. 😉
    Bon sinon, c’est assez typique de l’extrême gauche cette rhétorique de la pureté – mes intentions ne sont pas viles, je ne cherche pas le pouvoir – qui n’est finalement qu’une volonté d’impuissance.
    Dans mes souvenirs – flous, cela fait quelques temps que je ne me suis pas intéressé dans le détail aux déclarations et programmes des rouges – voter pour la gauche de la gauche se justifierait par l’instauration d’un nouveau rapport de force.
    Mais, comme il est hors de question de participer à quelque coalition que ce soit – des coups à devoir faire de la négociation ou des compromis ; toutes choses absolument abominables – de ce rapport de force on ne peut faire qu’un principe d’inertie.
    Comme le disait Nicole Notat : « la révolution est l’ennemi du changement, c’est une idéologie, à présent caduque, qui consiste à différer tous les possibles jusqu’à une étape impossible. »

  7. « La révolution est l’ennemi du changement »
    J’aime bien cette formule 🙂

  8. Le soucis que la presse a apporté à désigner par un nom distinct de celui d’extrême-gauche ces mouvements, ne prouve qu’une seule chose : elle est concernée par le distingo et clairement elle ne tient pas à ce que l’extrême-gauche soit confondue avec ces activistes. De là à penser que le monde de la presse ait une sensibilité de gauche, et même d’extrême-gauche… Mais enfin c’est un petit indicateur que ta réflexion soulève.

%d blogueurs aiment cette page :