la France, le maillon faible ?

Son excellence Kong Quan, l’ambassadeur de Chine en France, était interviewé tout à l’heure au journal télévisé de France 2. Sans surprise il a réitéré la position de la Chine sur le Tibet. Mais le plus intéressant était la réponse qu’il n’a pas donnée à la question très pertinente du journaliste qui lui demandait pourquoi seule la France était la cible de manifestations en Chine alors que le parcours de la flamme avait été perturbé dans d’autres pays (en arrière-plan des vidéos montraient les perturbations à Londres, Paris, Nagano et Séoul) ?
Pourquoi nous en effet ? Dans un pays où les manifestations ne sont pas libres, toute manifestation tolérée par le pouvoir a un sens. L’ambassadeur a botté en touche en évoquant les valeurs olympiques car bien sûr il ne pouvait pas répondre… Il ne pouvait pas dire tout de go « parce que vous êtes le maillon faible » !
Et pourtant, selon des spécialistes de la Chine c’est sûrement la raison car « la tradition chinoise interprète l’envoi d’une ambassade comme la reconnaissance d’une relation de vassalité » et « les Chinois ont décidé de s’en prendre à la France parce qu’elle apparaissait comme le maillon faible de l’Union européenne » (voir ci-dessous l’article de l’AFP paru sur le site Aujourd’hui la Chine le 23 avril).
Les pieds nickelés aux affaires étrangères, on dirait que ça continue…

« La tradition chinoise interprète l’envoi d’une ambassade comme la reconnaissance d’une relation de vassalité », assure Jean-Vincent Brisset, spécialiste de la Chine à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). « C’est un acte de soumission et il sera pris comme tel ».
Confronté à des manifestations anti-françaises en Chine après le fiasco de la flamme olympique à Paris, le président Nicolas Sarkozy a chargé Christian Poncelet, président du Sénat, Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre, et Jean-David Levitte, conseiller diplomatique du président, d’apporter des messages d’apaisement aux autorités chinoises.
Pour Dominique Moïsi, de l’Institut français de relations internationales (IFRI), « la politique française subit une défaite symbolique ». « La France a voulu se mettre en avant comme pays des droits de l’Homme et elle tend maintenant la main pour qu’on lui donne un petit coup de règle ». Il est clair à ses yeux qu' »elle se retrouve dans une position de faiblesse ».
Forte de cette nouvelle donne, la Chine a demandé mardi la France de « prendre des mesures concrètes pour sauvegarder les relations » bilatérales après la décision de la ville de Paris -dirigée par l’opposition socialiste- de faire du dalaï lama son « citoyen d’honneur ».
Pour les experts, les Chinois ont décidé de s’en prendre à la France parce qu’elle apparaissait comme le maillon faible de l’Union européenne.
« C’était, à cause de Nicolas Sarkozy et de sa prochaine présidence de l’Union européenne, le pays qui était devenu le plus visible », relève Dominique Moïsi. « C’était aussi un pays très vulnérable aux menaces de boycott chinois, compte tenu de ses investissements en Chine, de son budget déficitaire et de sa diplomatie particulièrement incohérente », dit-il.
La France a en effet estimé qu’un boycott de la cérémonie d’ouverture des JO était « appréciable » mais « irréaliste » (le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner), avant de menacer de le mettre en oeuvre si la Chine ne reprenait pas son dialogue avec le dalaï lama (le président Nicolas Sarkozy). Sans compter le couac suscité par la secrétaire d’Etat Rama Yade, qui a dû démentir que la France posait des « conditions » à la Chine.
En dépêchant ses émissaires de haut rang, la France rate aussi une occasion de jouer la carte européenne, au risque d’agacer ses partenaires.
« Sarkozy fera tout son possible pour que toute mesure concernant la cérémonie d’ouverture des JO soit actée à 27. Mais quand la France fait cavalier seul, elle perd l’avantage qu’elle avait », souligne François Heisbourg, de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).
« Cela décrédibilise la France, en tant que présidente de l’Union, pour avoir une action commune », dit Jean-Vincent Brisset. Alors que, selon lui, « les Chinois n’ont peur que d’une chose: d’une Europe unie et dure avec eux ».
Le contraste avec la détermination du Royaume-Uni et de l’Allemagne est, pour ce spécialiste, saisissant. « Le Premier ministre Gordon Brown a dit qu’il n’irait pas à la cérémonie d’ouverture et qu’il était prêt à recevoir la dalaï lama », rappelle-t-il. « La chancelière Angela Merkel a reçu le dalaï lama et a dit qu’elle n’irait pas à Pékin ». « C’est pourquoi les Chinois respectent les Britanniques et les Allemands qui, eux, n’ont pas d’ennuis », explique-t-il. (AFP, 23-04-2008)

Publié le 27 avril 2008, dans politique et société, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. 5 Commentaires.

  1. Exact !
    Je me suis fait la même remarque.
    jf.

  2. Il est clair que le travail de politique étrangère de ce gouvernement est d’une médiocrité rare. C’est le grand écart en forme de courbette de tout coté. Après le rapprochement vers l’OTAN dont on ne saisit pas du tout la nécessité et l’enjeu, après la complicité envers la Russie, nous assistons a l’humiliation du pays en guise d’excuse au géant. Ces trois positions sont incohérentes et intenables. Voila notre diplomatie ridiculisée sur la scène internationale. Il s’agit peut-être d’un laissez-passer pour l’Allemagne, le Brésil ou l’Inde pour un siège au conseil de sécurité de l’ONU ?

  3. Il y a eu un autre grand moment dans cette interview.
    D’un coté, Son Excellence s’est plainte d’une ingérence dans les affaires intérieures chinoises.
    De l’autre, elle n’a pas hésité à déclarer que l’attribution de la qualité de citoyen d’honneur au Dalaï Lama était contraire aux valeurs du Conseil de Paris.
    Si c’est pas de l’ingérence çà….
    Et puis la façon dont l’Ambassadeur a ignoré la remarque sur le prix Nobel a également été un moment très savoureux.

    jf.

  4. Il m’agace au plus haut point, cet ambassadeur chinois. Il nous sert une vilaine soupe pékinoise, avec de mauvais vermicelles… Et, effectivement, il n’a pas répondu à la question cruciale.

    Je crois que les gouvernements français devraient adopter deux conduites:
    1° cesser de claironner partout que la France est un pays spécial, la patrie des droits de l’homme (c’est faux et trop dissonant avec la poursuite des intérêts propres de l’État français, là-dessus, d’une certaine façon, je suis zemmourien);
    2° savoir faire preuve de davantage de fermeté lorsque c’est hautement nécessaire, en l’espèce nul besoin de se prosterner devant les Chinois.

    Sinon, Polluxe, je réponds, sur mon blog, au message dont vous m’avez fait l’honneur, en particulier sur la question de savoir si la Chine est riche ou pas.

  5. @ Anton : J’ai trouvé cet ambassadeur plus savoureux qu’agaçant car son rôle est de défendre le point de vue et les intérêts de son pays. Il n’allait pas rentrer dans une vrai discussion. Ce genre d’interview est un exercice de portée assez limitée.
    Je suis d’accord avec l’idée que la France devrait arrêter de fanfaronner avec les droits de l’Homme (ce serait plus honnête et cela lui éviterait d’être parfois en porte-à-faux) et être plus ferme sur des points précis.

    @ Jacques : En fait la notion d’ingérence dépend de l’endroit où l’on place la frontière… Si comme la Chine on considère que le Tibet est un territoire totalement chinois, il y a ingérence ; par contre si l’on considère que le Tibet est un pays qui a été envahi et occupé depuis bientôt 60 ans, il n’y a pas ingérence…

    @ Garçon : La France faisant déjà partie de l’OTAN, c’est vrai qu’on ne voit pas bien l’intérêt de faire partie du commandement intégré… Une question de moyens ?

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