and now… la diversité

J’ai encore bondi ce matin en entendant dans une chronique de France Inter cette expression maintenant courante : « issus de la diversité » ! C’était à l’occasion des obsèques d’Aimé Césaire : « Combien de patrons de presse issus de la diversité ? Combien d’éditorialistes ? Combien de banquiers, de chefs d’état major, de dirigeants de grandes entreprises publiques ? Combien de députés issus de la diversité ? » nous dit la journaliste. Et je me suis mise à la place d’un étranger ayant appris le français, mais nouvellement venu sur notre territoire, qui comprendrait tous les mots mais pas le sens de cette expression. Et pour cause, elle ne veut rien dire.
Diversité, nous dit le dictionnaire, nom féminin, variété, différence, opposition, divergenge, ex. la diversité des opinions… « Issus de la diversité » c’est du charabia, une périphrase euphémique pour ne pas dire l’indicible, à savoir minorités ethniques ou raciales. D’ailleurs un peu plus loin dans la chronique le voile est levé : « Regardez l’hémicycle. Désespérement blanc. […] Vous pouvez chercher sur les photos de familles post électorales. La page est quasiment blanche. […] nous voilà face au paradoxe Nicolas Sarkozy. Il aura été jusqu’à présent le chef d’Etat le plus volontariste en faisant entrer de plein pied la diversité – Rachida Dati, Rama Yade et Fadela Amara – dans son gouvernement. » Donc, notre noble visiteur étranger doit maintenant le savoir, les personnes « issus de la diversité » ne sont pas blanches, ce sont des personnes « de couleur » aurait-on dit en 1950, en général des noirs ou des « arabes », des « renois » ou des « rebeus » dirait-on au delà du périphérique…
Dans le même registre, il y a aussi « issus de l’immigration ». Pense-t-on aux Balladur(ian), Yves Montand (Ivo Livi), Ponatiowski, Martinez ou Sarkozy ? Non, bien sûr. Quand on dit « issus de l’immigration » il faut entendre les adjectifs sous-entendus : « non européenne » ou « africaine et maghrébine ». C’est comme pour les « quartiers ». On est en plein dans le non-dit, la langue de bois…

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Publié le 21 avril 2008, dans mots, politique et société, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. 5 Commentaires.

  1. salut,
    merci pour ce billet rafraichissant…oui ça fait penser aussi aux « personnes de petites tailles », ou « à mobilité réduite »… pitoyable.

    J’avais écrit un article sur le mot « citoyen » utilisé en adjectif, et qui ne signifie rien non plus. Un dictionnaire complet du « bien-pensant » est disponible ici : Parler le bien pensant. Très drôle, et très juste !

    à bientôt!

  2. Je suis allée voir ce lien : c’est parfois un peu outrancier ce qui fait que cela perd de sa force, notamment l’utilisation récurrente du terme « Inquisition »…

  3. tu as certainement raison ; cependant, je crois que devant la force du politiquement correct, il est parfois nécessaire d’appuyer son propos pour être entendu.

    à bientôt !

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