le Tibet en questions (2)

En surfant sur la toile je suis tombée sur un document intéressant : la conférence d’un professeur d’histoire donnée en novembre 2002 à l’université de La Réunion, intitulée… La domination chinoise au Tibet, les prétentions chinoises sur le Tibet sont-elles fondées ?
Cette analyse historique qui part de l’argumentation chinoise est une bonne synthèse, en résonance avec la crise actuelle. C’est long mais ça en vaut la peine. Pour les moins courageux voici un extrait, à base de questions justement :

« A l’énoncé de ces données historiques et présentes des rapports sino-tibétains, il est évident que la contrefaçon est grossière. La déformation de la réalité historique et de la situation actuelle du Tibet ne résiste pas longtemps à une confrontation sérieuse des sources et des témoignages ; à l’évidence, l’affirmation de la souveraineté historique de la Chine sur le Tibet, relève de la propagande idéologique, nationaliste et impérialiste. De même, les discours triomphants sur les progrès socio-économiques, comme sur l’adhésion enthousiaste du peuple tibétain ne cache que la réalité d’un échec patent : les Tibétains n’ont jamais renoncé, dans leur grande majorité, à leur spécificité culturelle, à leurs croyances et rêvent de retrouver leur indépendance, ou de rentrer dans un pays libéré, pour les exilés. Le constat apparaît clair : le Tibet n’a jamais été partie intégrante de la Chine avant 1950, seulement un protectorat effectif au XVIIIème siècle. Depuis l’invasion, il subit une situation coloniale, répressive, une annexion déguisée en pseudo-autonomie et des atteintes perpétuelles aux plus élémentaires des Droits de l’Homme.

On peut donc se poser un certain nombre de questions :

1/ Qui les Chinois pensent-ils abuser par cette propagande ?
Certainement pas les observateurs étrangers ( au moins ceux qui sont honnêtes ! ) ni les Tibétains ; le discours chinois actuel relève de la paranoïa :  » tout le monde est contre eux et se trompe, eux seuls détiennent la vérité  » ! En fait, cette propagande n’a d’effet que sur une population chinoise désinformée, interdite de débat ou de contestation, et qui n’a pas accès aux éléments qui lui permettraient un jugement plus objectif. Elle peut, également  » abuser  » ceux qui veulent bien se laisser abuser, c’est à dire une minorité de Tibétains qui a trouvé avantage à faire le jeu de l’occupant et surtout, nombre de responsables politiques et économiques mondiaux qui voient dans la Chine, au potentiel si impressionnant, un partenaire incontournable et donc à ménager.

2/ Qui est responsable de la situation actuelle ?
A l’évidence, les torts sont partagés. Les Chinois ont, bien sur, la majeure part des responsabilités, mais les Tibétains aussi, qui ont abandonné, volontairement, un pan important de leur souveraineté du fait des principes bouddhiques ; des tibétains aussi, qui après la proclamation de leur indépendance, ont choisi l’isolement et un conservatisme forcené, sans chercher à s’ouvrir aux influences modernes de l’étranger ni à obtenir une reconnaissance internationale ( à la différence du Bhoutan et de la Mongolie, qui, eux, ont préservé leur indépendance ! ). La faute aussi aux grandes puissances qui ont systématiquement manœuvré dans leur seul intérêt, avant 1950, pour adopter la politique du laisser-faire ensuite. L’Inde de Nehru, enfin, qui s’est lourdement trompée sur les intentions chinoises, sacrifiant au passage un Tibet qui lui aurait été bien utile en état-tampon. [ l’Inde s’est bien rachetée depuis par l’aide précieuse qu’elle accorde aux réfugiés ]

3/ Quelle est la stratégie actuelle des Chinois ?
Les dirigeants de Pékin semblent avoir compris que l’usage de la force et de la propagande était insuffisant pour faire plier une population ancrée dans ses convictions religieuses et culturelles, éprise d’indépendance et réfractaire aux idées matérialistes véhiculées par le PCC, une population qui idolâtre son dieu vivant. Tout en maintenant un système très répressif, sous des airs de libéralisation pour satisfaire l’opinion internationale, les Chinois jouent maintenant sur le temps. Ils savent, en effet, que le Dalaï Lama n’est pas immortel et que les Tibétains auront beaucoup de difficultés à lui trouver un successeur possédant le même charisme et la même notoriété internationale. Ils utilisent l’implantation massive de colons hans qui font des Tibétains une minorité sur leur propre territoire ; avec le temps, le peuple tibétain est condamné à disparaître par  » dilution  » dans la masse, technique qui a déjà fait ses preuves en Mongolie Intérieure et en Mandchourie ; l’encouragement des mariages mixtes, les programmes de limitation forcée des naissances, l’absence totale d’action contre le SIDA…s’inscrivent dans la même logique. L’occupant joue également sur l’avancée inéluctable de l’acculturation des jeunes générations : ceux du Tibet qui n’ont pas été baignés dans la culture ancestrale et n’ont pas pu bénéficier des enseignements bouddhiques traditionnels ; ceux de la diaspora ( nous en sommes à la troisième génération ), de plus en plus imprégnés de culture étrangère et coupés de leurs racines.

4/ Quel avenir pour le Tibet ?
On peut être résolument pessimistes… sans être totalement défaitiste !
En effet, aujourd’hui, selon de très nombreux témoins, la civilisation tibétaine traditionnelle est  » morte  » au Tibet où elle n’est plus qu’une façade folklorique pour touristes ; les monastères, qui constituaient la base de la société et la garantie de la pérennité des traditions sont vidés de leurs forces vives, empêchés de dispenser leurs enseignements et étroitement contrôlés ; les maîtres spirituels ont disparus ou vivent en exil ; la culture ne survit qu’à l’étranger et elle est donc menacée de disparaître à court terme.
La perspective pour le Tibet de recouvrer son indépendance [ le Dalaï Lama, réaliste, ne réclame qu’une autonomie réelle ] sont quasi nulles, quelque soit la méthode utilisée : la non-violence, malheureusement inefficace comme la résistance armée qui fut et serait trop inégale ; la négociation, prônée par les grandes puissances, s’avèrent jusqu’à présent impossibles car, depuis 50 ans, toutes les tentatives ont échoué face à l’intransigeance chinoise qui pose, à chaque fois, des préalables inacceptables. La pression internationale, enfin, s’est toujours révélée insuffisante, par sa modestie et par l’attitude chinoise, extrêmement pointilleuse sur les questions d’ingérence dans ses affaires  » intérieures « .
La seule possibilité d’évolution significative réside, à priori, dans un bouleversement du régime chinois, de l’intérieur. Actuellement, l’opposition chinoise a pris conscience de la réalité du problème tibétain et n’est plus opposée à une autonomie réelle ( voir pour certains, à l’éventualité d’une indépendance ) et, en tout cas, souhaite une amélioration notoire des Droits de l’Homme et du respect de la culture. Pour l’instant, cette opposition est totalement muselée…mais qui sait ? qui aurait prédit, il y a 15 ans, l’effondrement brutal de l’URSS et du système soviétique ? » (document complet)

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Publié le 29 mars 2008, dans politique et société, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur le Tibet en questions (2).

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