un mot de trop

A propos du voyage en Algérie du président Sarkozy on a entendu parler (un peu) de l’Union méditerranéenne et (beaucoup) des contrats et de la colonisation. Celle-ci a été condamnée sans ambiguïté en tant que système, mais sans culpabiliser les populations européennes installées en Algérie et sans tomber dans la « repentance » ou les « excuses » :

« […] l’injustice que depuis plus de cent ans le système colonial avait infligé au peuple algérien. […] Beaucoup de ceux qui étaient venus s’installer en Algérie, je veux vous le dire, étaient de bonne volonté et de bonne foi. Ils étaient venus pour travailler et pour construire, sans l’intention d’asservir ni d’exploiter personne. Mais le système colonial était injuste par nature et le système colonial ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation. »

Asservissement et exploitation, les mots sont forts, mais pas d’excuses ni de repentance donc. Surtout pas comme l’a bien analysé P.Bilger, surtout pas après qu’un ministre algérien ait fait des insinuations antisémites à l’égard de Sarkozy, surtout pas quand on connait les inclinations politiques du premier ministre algérien (relire à ce sujet une chronique d’Adler déjà citée). A noter d’ailleurs que les mots « repentance » et « excuses » relèvent plus du champ religieux ou interpersonnel que du champ politique…

Ce qui a été peu évoqué par contre, toujours dans le même discours, c’est l’utilisation du mot « islamophobie » mis sur le même plan que l’antisémitisme, le racisme, l’intégrisme, le fanatisme ou le terrorisme. C’est plus que maladroit car c’est légitimer un mot qui, créé par les mollahs iraniens en 1979, n’a pas le même sens partout : si dans la tête de certains il a le sens de racisme anti-musulmans, dans de nombreux milieux ou pays musulmans ce mot englobe aussi les attaques contre l’islam, c’est à dire la critique de la religion ou le blasphême.
Comme le dit Caroline Fourest dans un article récent, Sarkozy donne une « aura présidentielle à ce mot pensé par les intégristes pour faire passer le blasphème pour du racisme. [Mot qui] est utilisé par les associations intégristes pour faire taire tout esprit libre, à commencer par les musulmans laïques ». Elle y voit non pas de la maladresse mais le signe d’une approche communautariste. Laissons le bénifice du doute à notre président et conseillons lui de relire ce petit mode d’emploi paru dans Charlie Hebdo :

Pourquoi il ne faut plus utiliser le mot « islamophobie »

Le succès du mot « islamophobie » tient à plusieurs facteurs.

1- La gauche antiraciste s’inquiète à raison des amalgames possibles (Arabe = musulman = intégriste = terroriste) au lendemain du 11 septembre. Or le mot est plus court que « racisme anti-musulman », pourtant plus juste. L’expression « racisme anti-musulman », elle, vise bien la phobie envers les individus (Les musulmans), tandis que l’ « l’islamophobie » désigne la phobie envers la religion (l’Islam). Car l’islamophobie n’est pas la « musulmanophobie ».

2- Le mot « islamophobie » fait écho au mot « homophobie ». Mais cet écho est trompeur. Autant, il est légitime de condamner sans réflechir un propos phobique envers des homosexuels ou l’homosexualité, c’est-à-dire un comportement témoignant d’une haine envers des individus pour ce qu’ils sont… Autant, la phobie envers une idée, une idéologie ou une religion doit impérativement continuer à faire partie de la liberté d’expression. Sans quoi le débat se résumerait à traiter de «mondialisophobe », « communistophobe » ou de « christianophobe » toute personne en désaccord avec la mondialisation, le communisme ou le christianisme !

Dans tous les cas, il vaut mieux s’abstenir d’utiliser le mot « islamophobie » et lui préférer le mot de racisme, au besoin de racisme anti-musulmans, si on le sentiment d’avoir affaire à une phobie spécifique envers les Musulmans et non envers les Arabes ou envers les religieux dans leur ensemble.

Extrait de « Charlie Blasphème », un Hors-série de Charlie Hebdo rédigé par Caroline Fourest et Fiammetta Venner

Publié le 7 décembre 2007, dans mots, politique et société, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. salut,
    merci pour ces infos complémentaires à mon article…j’ai réagis sur le même sujet, en citant Redeker, et la réaction officielle de la LICRA…
    je partage complètement ton point de vue sur le sujet.
    à bientôt !

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