drôle d’économie

Vous avez dit é-ko-no-mie ?
L’économie, nous dit toute bonne encyclopédie, vient du grec ancien oikos la maison et nemein administrer. L’économie est donc l’art d’administrer la maison et par extension « l’activité humaine qui consiste à la production, la distribution, l’échange et la consommation de produits et services ». Jusque là tout va bien. Mais quand il s’agit de lire et de comprendre les articles économiques, c’est autre chose !
Dernier exemple en date, l’article de Peyrelevade, paru le 6 septembre dans Le Monde, Economie et croissance : le mal français. Il contient un certain nombre de phrases auxquelles un français lambda (moi en l’occurence) ne comprend rien, du style : « le taux de croissance d’une économie est égal sur la durée à son taux d’investissement net », ou « l’investissement n’est rien d’autre que l’accumulation supplémentaire de capital productif »… Or ces phrases constituent le point de départ du raisonnement… Le tout agrémenté de remarques acerbes : « Faut-il rappeler, vérité élémentaire », « à l’attention particulière des hommes politiques de gauche ».
On a alors deux solutions : soit on fait confiance et on accepte sans rechigner les conclusions d’un raisonnement que l’on ne comprend pas, du fait de la position intellectuelle de l’auteur (mais on hésite car souvent chaque auteur défend une ligne, une idéologie), soit on laisse tomber, ce que je fait le plus souvent… Bien sûr on peut consulter sur un même sujet les billets de blogueurs avertis et volontiers pédagogues comme éconoclaste, mais eux aussi n’échappent pas aux notions hermétiques : « en théorie, même une économie sans investissement net peut croître : il suffit que le capital remplaçant le capital amorti soit plus techniquement avancé que l’ancien. » Glups !
La faute à qui ? à quoi ? Econoclaste le dit en négatif dans son billet :« Quand au lien entre investissements et emploi, tout dépend de la nature des investissements effectués (capacité ou productivité), comme l’apprend n’importe quel élève de lycée suivant l’option SES. » Et bien justement, en dehors de cette minorité de personnes passées par la filière Economique et sociale au lycée, la grande majorité des gens sont d’une ignorance grasse dans cette discipline, peu enseignée dans le secondaire. Faire de l’économie une matière de base au lycée au même titre que le français ou l’anglais pourrait être une bonne idée à l’heure où le ministre songe à un tronc commun avant le bac. En attendant pour les générations sacrifiées il reste L’économie pour les nuls

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Publié le 14 septembre 2007, dans mots, politique et société, et tagué . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. « en théorie, même une économie sans investissement net peut croître : il suffit que le capital remplaçant le capital amorti soit plus techniquement avancé que l’ancien. »

    Arf ! Effectivement, c’est une phrase vilainement jargonneuse… Bon, alors :

    – investissement net = tout investissement qui vient en plus du renouvellement du capital qu’on a déjà. Ex : si j’ai une machine à 10 000 euros en fin de vie, je la remplace par une autre ; je réalise donc un investissement. Mais comme je remplace ce que j’ai déjà, en fait mon stock de capital ne change pas : mon investissement net est à zéro.
    – mais si la nouvelle machine coûte autant que n’avait coûté l’ancienne, mais qu’elle est plus performante, je produis plus ; donc mon investissement net est à zéro, mais ma production augmente, donc croissance.

    Voilà… et désolé, la prochaine fois on évitera ce genre de formulation.

  2. si vous pouviez en faire parvenir un exemplaire a l’adresse suivante:

    Palais de l’Elysée
    55 Fbg Saint Honoré
    75008 Paris

    merci d’avance.

  3. @ Alexandre : merci pour ces précisions. Une idée pour un autre bouquin de base sur le sujet ?

    @ Gasper : si j’ais 5 minutes je m’en occupe  🙂

  4. Polluxe : il y a de bons manuels accessibles, mais il faut avoir l’envie de lire un manuel, ce qui n’est pas très comique. Dans le style, j’aime bien ceux de Mankiw, ou Stiglitz, ou Phelps. Celui de Mankiw est le moins long et probablement le plus clair. Mais – je prêche un peu pour ma paroisse – sans cours ce n’est pas simple.

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