parler vrai et mauvaise foi

En surfant sur la toile je suis tombée sur un personnage hors du commun : Irshad Manji. Canadienne d’origine pakistanaise, journaliste, homosexuelle et musulmane (tiens, 3 points communs avec Ayaan Hirsi Ali), elle milite pour le ijtihad, sorte de mouvement de libre-pensée au sein de l’islam, traditionnellement un « effort de réflexion » pour interpréter les textes sacrés. Elle vient d’écrire une tribune sur les réactions pakistanaises à l’anoblissement de Salman Rushdie, Je suis indignée par l’indignation des intégristes (Le Monde, 25-06-07), dans laquelle elle ne mache pas ses mots :

« Dans ce contexte, il est grand temps d’en finir avec l’hypocrisie qui gangrène l’islam. Ce n’est pas Salman Rushdie qui pose problème. Ce sont les musulmans.
[…] Surtout, je suis indignée par l’attitude de ces nombreux musulmans qui ne semblent eux-mêmes pas suffisamment indignés pour s’opposer massivement à ces ambassadeurs divins autoproclamés. Nous n’avons de cesse de déplorer l’exploitation de l’islam par les intégristes, mais quand l’occasion se présente de répliquer vigoureusement à leurs hurlements, nous nous retranchons dans le mutisme. Entre les clameurs des intégristes et le silence des modérés, quelle voix portera le plus ? »

A l’ONU ce sont les clameurs qui l’emportent puisque le Conseil des Droits de l’Homme a adopté, à l’initiative du Pakistan qui appartient à l’Organisation de la conférence islamique, une résolution contre « la diffamation des religions », résolution qui ne cite expressément que l’islam et qui constitue un tissu de mauvaise foi. Ceci dit cela n’a rien d’étonnant puisque ce Conseil, comme la commission qui l’a précédé, n’est qu’une vaste pantalonnade, comme le signale Jean-Claude Buhrer dans La tribune des droits humains (13-06-07) :

« Au vu de la première donne, les dés apparaissaient d’emblée pipés : Algérie, Arabie saoudite, Azerbaïdjan, Bangladesh, Chine, Cuba, Nigeria, Pakistan, Russie et Tunisie – autant de membres du Conseil qui ne sont pas précisément des parangons de vertu dans ce domaine. Comme naguère à la Commission, marchandages et manœuvres de coulisses ont présidé à leur élection, si bien qu’un bon tiers d’entre eux sont affiliés à l’Organisation de la conférence islamique (OCI). Alors que les candidats devaient s’engager à respecter « les normes les plus élevées en matière de droits de l’homme », près de 90% des exécutions capitales en 2005 enregistrées dans le monde l’ont été dans des pays membres du nouveau Conseil, avec la Chine nettement en tête du palmarès.
Instrumentalisé dès le début par le groupe islamique (17 sièges sur 47) et d’autres pays répressifs, le Conseil n’a pas tardé à renouer avec les pires travers de feu la Commission : même indignation sélective, fixation tout aussi systématique sur Israël, obstruction récurrente sur le drame du Darfour et d’autres situations d’urgence, même travail de sape et tractations sur les procédures et mécanismes à mettre en place.
Les Etats liberticides font désormais la loi et ont obtenu ce qu’ils voulaient : ne plus être nommément montrés du doigt, à l’exception bien sûr d’Israël qui se retrouve comme naguère seul au banc des accusés. » (article complet)

Dans la série « parler vrai » contre mauvaise foi, il y a aussi Hassan Butt ,un terroriste repenti, et Tony Blair qui renonce au politiquement correct, comme le rapporte Sylvain Attal sur son blog. En anglais dans le texte :

« When I was still a member of what is probably best termed the British Jihadi Network, a series of semi-autonomous British Muslim terrorist groups linked by a single ideology, I remember how we used to laugh in celebration whenever people on TV proclaimed that the sole cause for Islamic acts of terror like 9/11, the Madrid bombings and 7/7 was Western foreign policy.
By blaming the government for our actions, those who pushed the ‘Blair’s bombs’ line did our propaganda work for us. More important, they also helped to draw away any critical examination from the real engine of our violence: Islamic theology. » (Hassann Butt)

« The reason we are finding it hard to win this battle is that we’re not actually fighting it properly. We’re not actually standing up to these people and saying, « It’s not just your methods that are wrong, your ideas are absurd. Nobody is oppressing you. Your sense of grievance isn’t justified. »
[…] How are [we] oppressing them? You’re oppressing them when you support the people who are trying to blow them up. » (Tony Blair)

Publié le 3 juillet 2007, dans politique et société, verbatim, et tagué , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. D’accord avec la 2ème partie de la citation Blair, mais la 1ère est grosse comme une maison, au moins. En tout cas, un message qu’il sera difficile de faire passer dans la bande de Gaza.

  2. Je pense que son message concerne le mouvement islamiste en général, pas la bande de Gaza.

  3. Oui, je le comprends bien comme ça. Mais il n’est pas rare qu’un sentiment nationaliste, ou communautariste religieux, trouve un enracinement – fondé ou prétexte – dans la situation particulière d’une partie des nationaux, ou des fidèles de cette religion. La communauté se considère comme globalement victime parce que, selon l’information dont elle dispose, une fraction l’est (la « ligne bleue des Vosges » avant 1914, la représentation selon laquelle le Blanc est victime en France d’un « racisme anti-blanc », relevaient, je pense, de ce mécanisme).

  4. 1. Article de polluxe :
    Je ne comparerais pas Irshad Manji avec Ayaan Irsi Ali : la seconde est beaucoup plus intelligente et lucide que la première, qui se berce d’illusions au sujet d’un illusoire Islam modéré qui n’existe que dans ses rêves. Et participe donc, même si c’est involontairement à cette taqiyya (tromperie religieuse délibérée) qui se sert de ce prétendu islam modéré pour endormir les occidentaux (qui ne demandent que ça), sur la dangerosité réelle de cette secte.

    2. Commentaires de FrédéricLN : bel exemple de mauvaise foi et de stupidité gaucho-gnangnan.

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