Sarko, cocos, même combat ?

On pourrait en effet se poser la question au sujet du choix de la lettre de Guy Môquet comme objet de lecture obligatoire pour tous les lycéens. On comprend la volonté d’insuffler aux jeunes générations le sens du courage et du patriotisme, mais pourquoi cette lettre ? Je me rappelle m’être étonnée de ce choix car cette lettre, très personnelle et forte en émotions, comporte peu de références au contexte historique et à la résistance. Et pour cause. Dans Le Monde du 23 juin (merci Versac de l’avoir repéré) deux historiens mettent les points sur les i : Guy Môquet n’était pas résistant, il était communiste. Au moment de son arrestation en octobre 1940 le parti communiste aux ordres de Moscou était « tout sauf résistant ». Et quand il l’est devenu en 1941 ce n’était pas par patriotisme mais par fidélité à l’URSS.
Comme quoi à vouloir faire feu de tout bois on finit par faire n’importe quoi. Vitesse et précipitation… Heureusement les historiens sont là pour rappeler les faits :

Extraits : « Faire de Guy Môquet et de ses vingt-six camarades des « résistants de la première heure » relève de la téléologie, puisque la plupart d’entre eux ont été arrêtés en un temps où le PCF, pris dans la logique du pacte germano-soviétique, était tout sauf résistant. Après avoir mis au rayon des accessoires son antifascisme, condamné une guerre devenue « impérialiste » et appelé plus ou moins ouvertement au sabotage de l’effort de guerre au printemps 1940, le Parti a profité de l’effondrement militaire de la France et de la chute de la République bourgeoise pour prendre à l’été 1940 une série d’initiatives qu’aucun martyre ultérieur ne saurait effacer : tractations avec les autorités d’occupation pour la reparution de la presse communiste dont les arguments désormais connus donnent une idée du « patriotisme » du Parti.
Guy Môquet, arrêté le dimanche 13 octobre 1940 à la gare de l’Est par trois policiers de la préfecture de police, agissant « sur indication », revendique dans sa déposition avoir voulu remplacer son père, le député communiste Prosper Môquet, militant depuis 1925, élu lors des élections de 1936, invalidé et condamné par la IIIe République pour son refus de désavouer le pacte germano-soviétique.
Jeune lycéen exalté, il a dès son plus jeune âge baigné dans une culture politique bolchevique, porteur de la tradition familiale stalinienne, par ses parents, par ses oncles et tantes qui travaillent pour l’appareil clandestin du Parti. Les tracts qu’il distribue en cet été-automne 1940 s’inscrivent totalement dans la ligne du Parti et n’appellent donc pas à la résistance.
Prisonnier de la logique d’un parti enfermé dans les compromissions de l’alliance Staline-Hitler, Guy Môquet n’a pas pu être le « résistant » qu’on célèbre à tort. Ses camarades des Jeunesses communistes ont en revanche constitué, à l’été 1941, après l’offensive de la Wehrmacht contre l’Union soviétique, le fer de lance de la lutte armée initiée dans la plus totale improvisation par le Parti.
Les premières agressions contre des soldats allemands par les jeunes militants des Bataillons de la jeunesse vont provoquer des représailles sanglantes codifiées en septembre 1941 par le décret Keitel. C’est l’attentat du 20 octobre 1941 contre le Feldkommandant de Nantes, abattu par un commando de trois jeunes communistes venus de Paris, qui est la cause directe de la fusillade des 27 de Châteaubriant et de 21 autres otages originaires de la région, à Nantes et au Mont-Valérien, le 22 octobre.
[…] Accaparer cette tragédie à son seul profit et pour sa seule gloire, comme l’a fait le PCF depuis 1942, relève de la récupération politique. Les otages fusillés n’étaient pas tous communistes, Guy Môquet n’était pas le seul jeune… On chercherait en vain dans les discours prononcés à Châteaubriant, sur les plaques et dans les écrits dressés à la gloire de la résistance communiste, les noms de Christian Rizzo, Marcel Bourdarias, Fernand Zalkinov et leurs camarades, arrêtés, jugés, condamnés et exécutés au printemps 1942 pour avoir fait ce que Guy Môquet, en communiste discipliné, n’avait pas fait.
[…] Jacques Duclos, qui transmit à Aragon les lettres des 27 avec cette injonction : « Fais de cela un monument », fut à l’origine d’un petit arrangement avec l’histoire qui consista à mettre en pleine lumière des militants arrêtés avant la rupture du pacte germano-soviétique et à rejeter dans l’ombre mémorielle ceux dont l’attitude soulignait trop crûment les aspects les moins avouables d’un passé que le PCF devenu patriote, républicain et résistant voulait faire oublier.
Avec le sang des otages, le Parti communiste lavait une des périodes les plus troubles et ambiguës de son histoire en même temps qu’il dressait un obstacle moral à toute critique de son attitude. Si les mythes sont aussi importants que la réalité, l’histoire existe pour rappeler cette réalité, aussi tragique ou décevante soit-elle… » (article complet)

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Publié le 26 juin 2007, dans politique et société, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur Sarko, cocos, même combat ?.

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