critiquer l’islam est-il du racisme ?

C’est la question de fond à laquelle devra répondre la justice, lors du procès de Charlie Hebdo, procès intenté par la mosquée de Paris et l’UOIF (entre autres) pour « injures publiques à l’égard d’un groupe de personnes à raison de leur religion », suite à l’affaire des caricatures de Mahomet.
Ce qui est curieux dans cette histoire, c’est que seul Charlie Hebdo est attaqué, alors que d’autres journaux avaient publié ces caricatures… Comme si on leur donnait un os à ronger.
Ce qui est curieux aussi, c’est que la mosquée de Paris qui s’insurge toujours contre les amalgames faits entre islamisme, terrorisme et islam, se lance dans un procès contre la publication de dessins dénoncant l’extrémisme musulman… Comme si l’amalgame était déjà dans leur tête.
Ce qui serait curieux c’est qu’on leur donne raison. On ferait ainsi une double erreur : donner le sentiment que l’islam ne peut pas être critiqué ou moqué (comme le sont et l’ont été la religion catholique, le pape ou les cathos intégristes) et assimiler la critique d’une religion à une forme de racisme, ce qui limiterait fortement la liberté d’expression et notamment la possibilité de résister aux fondamentalismes de toute espèce. On voudrait leur donner des armes que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Pente dangereuse. La pétition sur le site du Nouvel Obs ne dit rien d’autre :

Extrait : « Certains nous disent aujourd’hui que le contexte géopolitique devrait inciter à la prudence, voire au silence. C’est tout le contraire. La liberté d’expression et la laïcité ont besoin d’être réaffirmées comme rarement. Ceux qui résistent à l’intégrisme n’ont que la plume et le crayon pour faire face aux menaces. Des démocrates du monde entier, notamment musulmans, espèrent trouver en Europe, et tout particulièrement en France, un havre laïque où leur parole n’est entravée ni par la dictature ni par l’intégrisme.
Si Charlie Hebdo venait à être condamné, si l’autocensure généralisée devait faire jurisprudence, nous perdrions tous cet espace commun de résistance et de liberté. Pour ces raisons, nous soutenons Charlie Hebdo et le droit de continuer à critiquer toutes les religions sans exception. »

Comme disait ce bon vieux Churchill : « un conciliateur c’est quelqu’un qui nourrit un crocodile en espérant qu’il sera le dernier à être mangé. »

Réponse jeudi 8 février.

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Publié le 6 février 2007, dans BEST OF, politique et société, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 3 Commentaires.

  1. Jamais la liberté, et notamment la liberté d’expression et donc de caricature, n’ont fait obstacle à l’émancipation des hommes et des sociétés. Au contraire, elle insuffle l’énergie nécessaire pour dépasser les systèmes de domination, les logiques d’exploitation, les archaïsmes culturels.

    Les musulmans doivent absolument s’habituer à prendre une distance critique et ils doivent s’habituer à vivre dans un monde global, il faut que leur conscience soit suffisamment forte pour maîtriser leur sensibilité blessée. Mais à des musulmans qui identifient totalement citoyen et croyant, et pour qui n’existent qu’une vérité et une seule, comment apprendre cette phrase de Voltaire : « Je ne suis en rien d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que personne ne vous empêche de le dire. »

    L’indignation des musulmans relayée tambour battant par leurs responsables religieux et politiques gagnerait en crédibilité si ces mêmes responsables condamnaient avec la même énergie les actes de barbarie perpétrés au nom d’Allah. »

    L’islam s’est fossilisée, pour ne souvent défendre qu’une vision régressive de la société. Si la crise actuelle pouvait l’aider à adopter une distance critique vis-à-vis de lui-même et à s’assumer dans un monde ouvert à des influences multiples, alors on pourra parler de crise productive…

    Mais la polémique souligne le fossé entre deux mondes. Celui où la laïcité tolère l’anticléricalisme et celui où la religion gouverne tout. Celui où l’expression et la presse sont libres et celui où règnent l’intolérance et la censure. S’il y a un choc des civilisations, il est là…

    La raison doit trouver son chemin… Il y aura d’autres accidents, d’autres crises… La compréhension de l’extraordinaire modernité de l’idée laïque reste encore un combat. Mais un combat de conviction et de débat…

    Tout en ayant des valeurs, tout en étant sensibles au sacré, des millions d’hommes de par le monde se passent de religion. Ils sont libres par rapport aux lois que se donnent les religieux pour eux-mêmes et n’ont de comptes à rendre qu’aux lois de leur pays.
    Nous ne pouvons pas céder là-dessus, en raison du choix que nous avons fait de la démocratie mais aussi pour tous ceux et toutes celles qui, ayant choisi de vivre chez nous et d’en adopter le mode de vie, ne veulent pas être renvoyés vers ce qu’ils n’acceptaient plus…
    (…ma petite revue de presse…)

    Plus de 100 ans pour dame laïcité : un peu de respect !

    On ne peut pas tolérer que les luttes et combats menés par des Français de la fin du XIXe siècle pour arriver à séparer l’Eglise et l’Etat, que les luttes et les combats de féministes des années 1970 pour donner à la femme sa liberté et sa dignité soient occultés ou simplement non valorisés. Le visage de la France est façonné par ce progrès et cette émancipation. Il n’est pas question de l’égratigner ou de le blesser.

    Si la France se laisse intimider par une minorité de gens qui se servent de l’islam pour rejoindre dans un saut étrange la régression que leurs parents ont laissée au pays, c’est qu’elle est en train de mettre en péril d’autres acquis, d’autres valeurs. Il ne faut pas que la France, qui a une longue et belle tradition de lutte pour l’égalité, pour la justice, contre le racisme, se laisse contaminer par une vision du monde rétrograde et intolérante.

    Cette vision est le fait de quelques citoyens qui ont une culture de rechange dans les bagages de leurs parents. Ils sont français, certes, mais ne veulent pas de cette France-là. Ils voudraient la façonner à leur image, l’entraînant ainsi vers un rigorisme moral qui ne pourrait être que source de conflits et de violence. Ils prennent prétexte de la liberté de l’individu pour miner de l’intérieur les principes de laïcité à l’école, dans l’hôpital, dans l’administration, etc…

    Aucune loi n’interdit à une femme de circuler dans la rue voilée ou peu vêtue. C’est sa liberté absolue d’apparaître comme elle le souhaite. Mais quand cette apparence devient un symbole politique et idéologique, quand elle est assimilée à une identité de repli impliquant la soumission de la femme comme cela se passe dans certains pays musulmans, alors là, c’est la liberté de la République qui est menacée. Et cela est inadmissible.

    La laïcité garantit le libre exercice de toutes les religions. Aux croyants de vivre leur foi dans la discrétion et le respect des lois. Ils n’ont pas à ramener en France des problèmes qui harassent aujourd’hui le monde arabo-musulman. L’islam n’a pas besoin de tant de bruit pour exister. Il est soumission à la paix, non à l’extrémisme.

    Point de vue par Tahar Ben Jelloun.

  2. annick reinhart, vous dites vrai.
    Je dirais quand même que l’islam n’est pas une doctrine de la paix pour la paix. C’est une doctrine guerrière, la paix vient ensuite.

    Polluxe, les musulmans ne sont pas une race, donc il ne peut y avoir de racisme quand on critique l’islam ou les musulmans. Et comme la critique peut être posistive ou négative, peut – elle être neutre ? Le racisme ne peut être ni positif ni négatif a l’égard des musulmans.

  3. En effet. D’où le point d’interrogation dans le titre…

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