laïcité : le retour ?

Effel-laicitéSuite aux problèmes récurrents rencontrés dans les hôpitaux depuis quelques années, le HCI (Haut conseil à l’intégration) a rédigé un projet de Charte de la laïcité qu’il a soumis au gouvernement et qui a vocation à être affichée dans les services publics.
Ce projet de charte apparait comme un compromis et une ébauche. Dans son préambule, il rappelle les grands principes de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, des constitutions de 1946 et 1958, et de la loi de 1905. Suivent quatre articles concernant les agents du service public et cinq concernant les usagers.
Les articles 1 et 2 imposent la neutralité aux agents et font de la manifestation de leurs convictions religieuses un manquement à cette obligation, tandis que l’article 4 permet la délivrance d’autorisations d’absence pour les fêtes religieuses autres que celles du calendrier (conformément à une circulaire de 1967 d’ailleurs…).
Pour les usagers la liberté d’expression religieuse est affirmée et dans les hôpitaux ou les prisons, ils « doivent voir leurs croyances respectées et être mis en mesure de participer à l’exercice de leur culte, en particulier à l’occasion de la naissance, des fêtes religieuses et du décès », mais ceci « dans les limites du respect de la neutralité du service public et du bon fonctionnement de celui-ci ».
Les articles 7, 8 et 9 sont plus précis : les usagers ne peuvent faire de prosélytisme, ni récuser un agent public ou exiger une adaptation du fonctionnement du service public au nom de leurs convictions et ils doivent se plier aux obligations découlant de la vérification d’identité. On voit là une réponse à des problèmes particuliers. Mais il semblerait que les articles les plus durs aient été écartés, selon un article du Figaro :

« […] Sa rédaction a été complexe. Il a fallu plusieurs moutures pour arriver à un texte de compromis. « Avec un avis plus tranché, nous aurions donné l’impression de stigmatiser la communauté musulmane, reconnaît l’un des participants au groupe de travail. Or, si les entorses à la laïcité existent, elles sont le fait d’une minorité. » Dans une première version, les rédacteurs avaient imaginé des sanctions disciplinaires pour les fonctionnaires trop prosélytes, ou le respect strict de menus conçus pour le plus grand nombre dans les administrations. Ces articles jugés trop « raides » ont été vite écartés. « Les représentants de la Halde (Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité), qui, par nature, se battent pour le respect des minorités, ont milité pour que le texte soit plus consensuel », confie-t-on de source gouvernementale. Il faut lire l’avis d’une quarantaine de pages qui accompagne la charte pour comprendre la difficulté de l’exercice. « Il est difficile d’édicter des règles pour dire si une mère de famille voilée peut accompagner des enfants lors d’une sortie scolaire », confie Richard Senghor, conseiller d’État. »

Mais où est la difficulté, sinon dans la crainte d’affirmer ses valeurs par peur de l’autre, par peur de « stigmatiser la communauté musulmane » ? Est-ce que l’on stigmatise la communauté des automobilistes lorsqu’on interdit la conduite en état d’ivresse ? De deux choses l’une : ou les comportements incriminés sont le fait d’une majorité et il y a alors une stigmatisation (que l’on devrait justifier si ces comportements ne sont pas admissibles au regard de nos valeurs), ou ces comportements sont minoritaires, auquel cas il n’y a pas stigmatisation, et l’on doit cesser de marcher sur des œufs.
Il faudra bien trancher, édicter des règles claires pour définir leur ordre de priorité et ainsi, de façon implicite, une hiérarchie des valeurs. Car c’est bien là le fond du sujet. Comme dans le cas du port du voile, ces comportements ne sont pas anodins, ils ont un sens. François Bayrou sur son site le dit très justement : « Ce vêtement qui se fait signe affirme d’abord que la loi de Dieu est supérieure à la loi des hommes. » Et quand il y a conflit entre la loi et la loi de Dieu (en l’occurrence la loi musulmane) laquelle doit l’emporter ? Quels sont les principes que l’on veut voir appliquer sur notre territoire ? Que voulons-nous exactement ?

Par ailleurs l’existence même du HCI et la nécessité de rédiger une Charte de la laïcité sont aussi le signe d’un échec, comme le souligne l’éditorialiste du Monde : « Mais être obligé de codifier des règles de vie commune en société, qui devraient être naturelles, dans un document émanant de l’Etat – même si ce n’est pas une loi -, révèle les limites des politiques d’intégration dans un pays de plus en plus multiculturel. C’est un échec du « vivre ensemble », une sorte de fracture civique qu’une charte, fût-elle utile, ne suffira pas à réduire. »
Ceci dit cet échec n’est pas forcément le fait du modèle français, et peut-être même que celui-ci tend à l’atténuer. Un pays comme le Royaume-Uni qui a favorisé l’expression des différences et le droit des minorités, s’interroge sur son modèle car il voit aujourd’hui le fondamentalisme progresser chez les jeunes musulmans : selon une enquête auprès des musulmans britanniques, Living apart together, 37 % des 16-24 ans préfèreraient vivre sous la loi de la charia que sous la loi anglaise (17 % chez les 55 ans et +) et 74 % des 16-24 ans sont favorables au port du voile ou du hijab pour les femmes (28 % chez les 55 ans et +).
Cette « émergence d’une forte identité musulmane » est attribuée au fait que depuis les années 80 les gouvernements ont favorisé le multiculturalisme « au dépens d’une identité nationale partagée, en divisant les gens en groupes ethniques, religieux et culturels », dans un contexte d’affaiblissement des anciennes identités collectives (comme celle de la classe ouvrière) et de développement de la haine de soi en occident.
Les auteurs de cette enquête proposent de s’adresser aux musulmans en tant que citoyens et non au travers de leur identité religieuse, et de revendiquer les valeurs britanniques ou occidentales au lieu de les dénigrer, de façon à toucher les jeunes générations qui se cherchent. Bref de remettre en cause le multiculturalisme :

« The Government should stop emphasising difference and engage with Muslims as citizens, not through their religious identity. […] bring to an end the institutional attacks on national identity – the counterproductive cancellation of Christmas festivities, the neurotic bans on displays of national symbols, and the sometimes crude anti-Western bias of history lessons – which can create feelings of defensiveness and resentment. We should allow people to express their identity freely and in a climate of genuine tolerance. Society needs to work to renew a sense of collectivity that asserts our British and Western values in a way that inspires the younger generation. » (press release)

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Publié le 31 janvier 2007, dans sons, verbatim, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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