affaire Redeker (2)

Sur la censure et la liberté d’expression en Europe, André Glucksmann qui a signé l’appel en faveur de Redeker paru dans Le Monde, a écrit une tribune très claire dans Le Figaro :

Il n’y a pourtant pas à barguigner : que Redeker ait raison ou tort, ça se discute ; qu’il ait le droit de publier son opinion, ça ne se discute pas. La règle française est claire et précise, elle exclut toute censure préalable.
Après coup seulement chacun peut débattre d’un propos exprimé, ou se rabattre sur les juridictions compétentes. Dans notre République, nul ne doit porter atteinte à la liberté première de prier, de penser, de parler et de publier.
Qui récuse un seul de ces droits inconditionnels bafoue tous les autres et ne saurait les invoquer.

[…] Attention aux dérapages ! Tout en se proclamant « solidaire » du professeur de philosophie, le ministre de l’Éducation nationale ajoute dans la foulée qu’« un fonctionnaire doit se montrer prudent et modéré en toutes circonstances ». Qu’est-ce à dire ? Dans la circonstance, le fonctionnaire serait-il moins libre de sa plume qu’un journaliste non fonctionnaire, un retraité, un homme d’affaires, un SDF ? Inattendue apostille au statut de la fonction publique ? Ou bien nouvel et abominable « principe de précaution » en matière spirituelle ?
La pente est glissante. L’Opéra de Berlin retire de l’affiche une mise en scène d’Idoménée (Mozart), symptôme inquiétant. Il s’agit d’une reprise : la même représentation n’a suscité aucun trouble voilà quatre ans. Il suffit désormais qu’un officier de police s’inquiète pour que la directrice de l’Opéra sévisse. Plusieurs responsables, dont le ministre allemand de l’Intérieur et des élus de la capitale ont dénoncé « l’autocensure », les « ciseaux dans les têtes » et « une lâche génuflexion terrorisée devant un terrorisme virtuel ».
[…] L’affaire Redeker dépasse Redeker. S’ils résistent aux intimidations menaçantes qui pèsent sur leur art de vivre et de communiquer, les Européens objecteront planétairement au pouvoir envahissant du couteau, de la kalachnikov et des bombes humaines. (article complet)

Appel paru dans Le Monde le 2 octobre [extraits] :
Les menaces de mort, très précises, contre Robert Redeker, émanant d’organisations de la mouvance d’Al-Qaida, ont été authentifiées par la police française et la DST. Sur leurs sites Internet, les menaces contre Robert Redeker appellent d’ailleurs ouvertement à suivre l’exemple de l’assassin de Theo Van Gogh.
[…] Quel que soit le contenu de l’article de Robert Redeker, il s’agit là d’une attaque extrêmement violente contre la souveraineté nationale. Une menace de meurtre sur notre territoire est formulée en toute impunité, et c’est absolument inadmissible.
Une poignée de fanatiques agite en ce moment de prétendues lois religieuses pour remettre en cause, dans notre pays, nos libertés les plus fondamentales. Cette menace s’ajoute aux murmures que l’on peut entendre ici et là partout en Europe sur les “provocations” qu’il faudrait désormais éviter afin de ne pas froisser de supposées sensibilités étrangères.
Porter des strings à Paris-Plages est déconseillé, tout comme écouter Mozart à Berlin ou le pape à Ratisbonne. Ces murmures sont dictés par la peur, et nous ne l’admettons pas. Pas plus que nous n’admettons les premières déclarations du SNES, syndicat d’enseignants qui se désolidarisait d’un professeur aujourd’hui menacé dans sa vie même.
Les temps en Europe redeviennent durs. L’heure n’est pas à la lâcheté. C’est pourquoi nous en appelons solennellement aux pouvoirs publics afin, non seulement, qu’ils continuent de protéger comme ils le font déjà Robert Redeker et les siens, mais aussi que, par un geste politique fort, ils s’engagent à maintenir son statut matériel tant qu’il est en danger, tout comme les autorités anglaises n’ont pas hésité à le faire durant tout le temps qu’a duré l’affaire Rushdie.
Nous en appelons aussi aux représentants de toutes les religions, et notamment aux musulmans, pour qu’ils placent sous leur protection Robert Redeker comme ils doivent le faire de toute personne menacée dans sa vie. 
Signataires : Badinter, Bruckner, Glucksmann, Lepage, Val… suite sur Le Monde

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Publié le 6 octobre 2006, dans politique et société, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur affaire Redeker (2).

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