affaire Redeker

Pour avoir une idée de la gravité de sa situation, je reproduis ci-dessous le courriel que Robert Redeker a envoyé à André Glucksmann ainsi que l’interview qu’il a donné, sans doute par téléphone, à La Dépêche du Midi. Lire aussi l’article de Caroline Fourest et la chronique d’Evariste. Une pétition de soutien est en ligne sur Respublica

[courriel] Cher André, bonjour. Je suis maintenant dans une situation personnelle catastrophique. De nombreuses menaces de mort très précises m’ont été adressées, et j’ai été condamné à mort par des organisations de la mouvance al-qaïda.
L’UCLAT et la DST s’en occupent, mais…je n’ai plus le droit de loger chez moi (sur les sites me condamnant à mort il y a un plan indiquant comment venir à ma maison pour me tuer, il y a ma photo, celle des lieux où je travaille, des numéros de téléphone, et l’acte de condamnation).
Mais en même temps on ne me fournit pas d’endroit, je suis obligé de quêmander, deux soirs ici, deux soirs là…Je suis sous protection policière permanente. Je dois annuler toutes les conférences prévues. Et les autorités m’obligent à déménager. Je suis un SDF. Il s’en suit une situation financière démente, tous les frais sont à ma charge, y compris ceux éventuels d’un loyer d’un mois ou deux éloigné d’ici, de deux déménagements, de frais de notaire, etc…
C’est bien triste. J’ai exercé un droit constitutionnel, et j’en suis puni, sur le territoire même de la République. Cette affaire est aussi une attaque contre la souveraineté nationale : des lois étrangères, décidées par des fanatiques criminophiles, me punissent d’avoir exercé un droit constitutionnel français, et j’en subis, en France même, grand dommage.
Amitiés
Robert Redeker

[interview] Comment vivez-vous votre isolement ?
C’est dur de devoir tout à coup me cacher, quitter ma maison, mes amis, mon métier, mes élèves. Mais il me faut tenir.

Que ressentez-vous face à ces graves menaces ?
De l’angoisse dans un premier temps car ces menaces sont précises et visent ma vie. De la tristesse, ensuite, car ce qui m’est fait correspond tout à fait à ce que je dénonce dans mes écrits : l’Occident se retrouve sous surveillance idéologique de l’Islam.

Vous regrettez d’avoir écrit ce texte ?
Pas du tout. J’agis ici strictement dans le cadre de notre légalité républicaine. Je ne fais qu’exercer un droit constitutionnel, celui qui nous garantit la liberté d’expression.

Vos adversaires ne le reconnaissent pas ?
Non seulement ils ne le reconnaissent pas mais les forces obscurantistes auxquelles je suis confronté, veulent le détruire. Et lui substituer la notion inacceptable de délit d’opinion. J’ai l’impression d’être engagé malgré moi dans un combat du XVIIe ou du XVIIIe siècle. Celui qui consistait à s’opposer à l’intolérance religieuse.

Un combat qu’on croyait gagné ?
Oui, mais ce qui est plus grave encore, c’est que ces forces qui nous font aujourd’hui du chantage au terrorisme pour que nos traditions de liberté soient abolies, viennent de l’extérieur. De ce point de vue, les menaces qui sont exprimées, constituent une atteinte à notre souveraineté nationale.

Si vous aviez à leur parler, que diriez-vous à ces gens ?
Que la démocratie, issue de notre histoire, est fondamentalement basée sur le débat contradictoire.

Avez-vous le sentiment d’avoir été trop loin dans vos écrits ?
Nullement. Mon propos est adossé à des thèses officiellement reconnues. Je cite en particulier Maxime Rodinson et les vérités qu’il a énoncé dans l’Encyclopedia Universalis. Des paroles aussi importantes que taboues en France, mais en aucune manière excessives. Par ailleurs, je voudrais faire remarquer que pour le christianisme, on est allé beaucoup plus loin. En France notamment, et depuis des décennies. Souvenez-vous des couvertures d’Hara-Kiri sur Dieu ou sur Jésus. Au fond, depuis Voltaire, il n’y a plus de délit d’irrévérence en matière de religion. On ne va pas tout de même abolir tout cela.

Vous avez été contraint de quitter vos élèves. Avez-vous un message à leur délivrer ?
Je voudrais leur demander de bien prendre garde, toujours, à conserver et à défendre leur liberté de penser et de s’exprimer. Il leur faut être vigilants. (article complet)

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Publié le 29 septembre 2006, dans politique et société, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 5 Commentaires.

  1. Cette affaire est d’autant plus dramatique que j’entends de plus en plus autour de moi, des gens qui mettent au même niveau la « provocation » de Robert et la menace d’assassinat…

  2. C’est vrai que c’est pénible cette façon de tout mettre sur le même plan, faisant ainsi que plus rien n’est défendable (cf. un billet précédent). Peut-être cela relève-t-il de la politique de l’autruche ?

  3. C’est bien d’en parler, Polluxe ! J’aurais dû le faire plus tôt.
    Politique de l’autruche, tu l’as dit ! Ou alors « embrigadement » d’une bonne partie de la population qui ne voit pas les choses comme nous.

  4. Les syndicats enseignants ont été assez lâches dans l’affaire. C’est à noter, les politiques extrêmement discrets. Le Mrap, une fois de plus, en dessous de tout. Je ne comprends même pas qu’on continue à financer ce mouvement qui s’est totalement détourné du terrain antiraciste pour épouser la cause des islamistes.
    Lire les propos d’Aounit sur mrap.over-blog.com 

  5. Un appel a été publié dans Le Monde aussi [Extraits] :
    « Les menaces de mort, très précises, contre Robert Redeker, émanant d’organisations de la mouvance d’Al-Qaida, ont été authentifiées par la police française et la DST. Sur leurs sites Internet, les menaces contre Robert Redeker appellent d’ailleurs ouvertement à suivre l’exemple de l’assassin de Theo Van Gogh.
    […] Quel que soit le contenu de l’article de Robert Redeker, il s’agit là d’une attaque extrêmement violente contre la souveraineté nationale. Une menace de meurtre sur notre territoire est formulée en toute impunité, et c’est absolument inadmissible.
    Une poignée de fanatiques agite en ce moment de prétendues lois religieuses pour remettre en cause, dans notre pays, nos libertés les plus fondamentales. Cette menace s’ajoute aux murmures que l’on peut entendre ici et là partout en Europe sur les « provocations » qu’il faudrait désormais éviter afin de ne pas froisser de supposées sensibilités étrangères.
    Porter des strings à Paris-Plages est déconseillé, tout comme écouter Mozart à Berlin ou le pape à Ratisbonne. Ces murmures sont dictés par la peur, et nous ne l’admettons pas. Pas plus que nous n’admettons les premières déclarations du SNES, syndicat d’enseignants qui se désolidarisait d’un professeur aujourd’hui menacé dans sa vie même.
    Les temps en Europe redeviennent durs. L’heure n’est pas à la lâcheté. C’est pourquoi nous en appelons solennellement aux pouvoirs publics afin, non seulement, qu’ils continuent de protéger comme ils le font déjà Robert Redeker et les siens, mais aussi que, par un geste politique fort, ils s’engagent à maintenir son statut matériel tant qu’il est en danger, tout comme les autorités anglaises n’ont pas hésité à le faire durant tout le temps qu’a duré l’affaire Rushdie.
    Nous en appelons aussi aux représentants de toutes les religions, et notamment aux musulmans, pour qu’ils placent sous leur protection Robert Redeker comme ils doivent le faire de toute personne menacée dans sa vie. »
    Signataires : Badinter, Bruckner, Lepage, Val… suite sur Le Monde

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