islam…ismes ?

Islamisme est un terme occidental visant à faire entrer dans nos schémas de pensée un phénomène et une idéologie que l’on a du mal à cerner : il désigne un islam politique perçu comme une dérive de la religion proprement dite. Ce choix montre déjà un début d’incompréhension puisque en islam la séparation du politique et du religieux n’est pas nette et que du coté des milieux concernés il n’y a que des défenseurs ou des combattants de l’islam.
George W. Bush l’a récemment assimilé au fascisme, tandis que certains parlent d’ « islamo-fascisme ».
Cette assimilation abusive risque à terme d’être contre-productive parce qu’elle n’est pas exacte. L’islamisme n’est pas un fascisme, mais comme lui pourrait être classé dans la catégorie totalitarisme, dans une nouvelle version, théocratique. On pourrait lui associer d’autres mots : panislamismeintégrismedjihad, prosélytisme (voir le billet de L.Monnerat), fanatisme, on a l’embarras du choix… Guy Sorman a fait un billet très intéressant sur le sujet : L’islamisme, ce n’est pas le fascisme.
En sens inverse les historiens peuvent parler de « religions politiques » pour les régimes totalitaires déjà connus : lire le compte-rendu d’un débat qui a eu lieu en 2005 aux Rendez-vous de l’histoire à Blois Communisme, fascisme, nazisme : des religions politiques ?

Publié le 4 septembre 2006, dans mots, politique et société, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. C’est tout le problème de l’impérialisme (et il est aussi présent à gauche qu’à droite), que de vouloir obliger les autres à suivre notre propre chemin historique. La laïcité française est fille du catholicisme en grande partie (la royauté française se battait déjà contre le pouvoir du pape). La laïcité anglo-saxonne est déjà différente. Je pense que c’est à l’islam d’inventer son propre chemin.

  2. Ayant moi-même commis à trois ou quatre reprises « islamo-fascisme » à propos du Hezbollah, je lis avec intérêt ton billet (et celui de Guy Sorman) et admets l’importance des différences entre islamisme et fascisme.

    Cependant, puisqu’on est dans la terminologie, j’avancerais deux justifications partielles pour mon erreur.

    1) Tout d’abord, « islamo-fascisme » n’est pas synonyme d’islamisme. Je ne crois pas qu’on ait traité al Qaïda d’islamo-fascisme (pas moi, mais je ne l’ai pas lu non plus). Ni les islamistes (pacifiques) de Suisse ou de France, etc. Pour moi, si (si) le terme « islamo-fascisme » avait un sens, ce serait pour désigner des organisations sociales territoriales à la fois militarisées, valorisant la violence armée, et islamistes.

    (Gros défaut dans mon approche, le modèle que j’ai en tête est fictif : c’est le Hezbollah, mais tel qu’il est évoqué par le film de fiction « Syriana ». Peut-être la réalité est-elle très différente ?).

    2) Ensuite, j’aurais besoin de plus de preuves pour être d’accord avec l’avis de Guy Sorman (et alii) selon lequel les « leaders politiques islamistes qui réunissent en un seul faisceau des revendications diverses à base territoriale …. L’islamisme est devenu mondialiste … Tous les islamistes partagent le même espoir de restauration du califat ».

    Bien sûr, le califat est l’idéologie politique de l’islamisme, mais cela n’en fait pas un mouvement mondial unifié. Le communisme (au sens propre) internationaliste était l’idéologie politique commune aux communistes, cela n’a pas empêché les divisions et les guerres entre pays communistes. Il y a la mondialisation dit Guy Sorman : certes, la mondialisation fusionne apparemment les différents combats islamistes sur une même scène médiatique ; mais dans la mondialisation, les territoires prennent une valeur croissante, donc les peuples qui y habitent, les « nations » [du moins selon l’opinion exposée par ailleurs sur mon blog sur la société « post-informationnelle »]. Les territoires sont bien au centre du combat DES mouvements islamistes : l’Arabie Saoudite et l’Afghanistan pour al Qaïda, la Palestine pour le Hamas, le Liban et peut-être la Palestine pour le Hezbollah. Oussama ben Laden a démontré fort peu d’intérêt pour les droits des Palestiniens ; le Hamas ne s’est jamais opposé au régime saoudien (à ma connaissance).

    Je crois donc que le caractère territorial des enjeux et du combat est bien une des caractéristique, sinon de l’ensemble de l’islamisme (loin de là), du moins d’une de ses composantes, à savoir les mouvements que certains ont qualifié à tort ou raison d’islamo-fascistes.

    Voilà, ces justifications ne sont que partielles et certaines distinctions proposées par Guy Sorman me semblent tout à fait valables (par exemple, l’athéisme du fascisme et corrélativement son culte du corps).

%d blogueurs aiment cette page :