colonisation : assumer sans culpabilité

Le président algérien a essayé il y a quelques jours de relancer la polémique sur la colonisation française en la qualifiant d’« une des formes les plus barbares de l’Histoire », après l’avoir déjà accusée de « génocide de l’identité » algérienne. Fort sagement le ministère des affaires étrangères n’a pas réagi à ces exagérations – à des fins de politique intérieure ou pour préparer un changement d’alliance ? – qui sont passées inaperçues parce que ça tombe mal : il y a le foot… 20 à 25 minutes aux infos de 20 heures sur France 2 le jour du match et le lendemain, ça laisse peu de temps pour le reste, même les tirs de missiles de la Corée du Nord ont du mal à passer, c’est dire… C’est en tous cas l’occasion de lire une tribune de Jean-Michel Djian (Libération du 27-06-06) qui remet les pendules à l’heure :

Extrait : Que disait, par exemple, le poète-président du Sénégal au sujet de la colonisation dont il fut l’un des pourfendeurs ? « Nous savons que la colonisation est un phénomène universel, qui, à côté de ses aspects négatifs, a certains positifs. »
[…] Cette manière de regarder les nations par le prisme de leurs grandeurs, de faire preuve d’un pragmatisme politique tout empreint d’humanité, voire de béatitude, ne participe d’aucun effet : il est la résultante d’une certaine conception de la « Civilisation de l’universel », celle du « donner et du recevoir » que, de son côté, le futur académicien africain du Quai-Conti a patiemment construite pour mieux tirer parti de la diversité culturelle des peuples de la planète.
[…] Derrière l’aventure coloniale, malfaisante sous bien des aspects, se cache une frénésie intellectuelle, politique et artistique, subtile et métissée dont le caractère universel n’aura échappé à personne.
[…] Combien de temps les Français, nés après la décolonisation et en particulier après la guerre d’Algérie, devront-ils payer la culpabilité de leurs aînés ? Comment peut-on sérieusement encore parler à Alger d’un « génocide identitaire » dont la France serait responsable sans être consterné par la mauvaise foi politique des élites algériennes ? (article complet)

En faisant un peu de psychologie de bazar 😉 on pourrait dire qu’il est temps pour les uns d’accepter la part coloniale de leur identité et pour les autres de sortir de la culpabilité, d’arriver à être fier d’être français comme dit Koz dans un de ses billets. Cela permettrait accessoirement de faciliter l’intégration en ayant des valeurs positives à proposer car qui peut intégrer et aimer un pays qui ne s’aime pas ?
« Il est bon qu’une nation soit assez forte de tradition et d’honneur pour trouver le courage de dénoncer ses propres erreurs. Mais elle ne doit pas oublier les raisons qu’elle peut avoir encore de s’estimer elle-même. Il est dangereux en tout cas de lui demander de s’avouer seule coupable et de la vouer à une pénitence perpétuelle. » Camus (1958).

Publié le 6 juillet 2006, dans politique et société, verbatim, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 3 Commentaires.

  1. Nous sommes d’accord. J’ai même tendance à trouver les algériens particulièrement mal placés dans ce débat, dans la mesure où seul « l’ennemi » commun leur a permis de se fédérer en Nation. Parler de « génocide identitaire » me semble ainsi doublement excessif… Mais, comme tu le dis, le Quai d’Orsay a fait preuve de la mesure nécessaire et bienvenue en ne répondant pas. Ca plombe tout de même un peu l’idée d’un traité d’amitié : l’amitié avec un génocidaire, c’est plus difficile.

    Nous sommes en tout cas tout à fait sur la même ligne en ce qui concerne une certaine nécessité d’être « fier d’être français » ou, parce que la « fierté » fait débat, au moins, de l’aimer et de ne pas craindre de le revendiquer. Sans quoi, effectivement, je vois mal quelle intégration nous pouvons réellement espérer. J’ai d’ailleurs tendance à penser que certains nous respecteraient davantage si nous-mêmes avions un peu plus d’affection pour notre pays.

    Ah, sinon, aurais-tu lu, toi aussi le livre de Gallo ? En tout cas, ta citation de Camus est aussi une référence pour lui…

  2. « Assumer sans culpabilité », voilà une belle formule qui exprime fort bien l’équilibre auquel il faut parvenir.

    Etant moi-même métisse antillais, une partie de mon ascendance était esclave pendant que l’autre appartenait au « camp » des colonisateurs/négriers. Mais ce n’est pas pour autant que mon identité se construit autour de cette sombre histoire : pourquoi le devrait-elle ?
    C’est aujourd’hui qu’il faut vivre, sans nier l’histoire.

    NB Les Algériens semblent plutôt indifférents aux propos de leur président.

  3. Je n’ai pas lu le livre de Max Gallo, mais j’ai lu le billet Génocidaire, mais néammoins ami qui cite les différentes déclarations de Boutéflika, notamment celle où il compare la colonisation au nazisme 8O. Du long débat qui suit le billet, je retiens 2 choses pouvant éclairer l’attitude du président algérien :
    d’abord une histoire mal digérée liée sans doute au fait qu’avant la colonisation l’Algérie n’était pas un Etat constitué comme le Maroc ou la Tunisie (d’où d’ailleurs une conquête directe, difficile et non pas des accords de protectorat – voir l’article Algérie de Wikipédia) ; l’Algérie a en quelque sorte été “créée” par la France, cela ne doit pas être facile à accepter.
    ensuite une volonté d’impressionner dans le cadre de changements géopolitiques, en direction des Etats-Unis, des pays arabes, de l’Iran… Voir aussi ce qu’en dit Adler.

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