les migrations sous un autre angle

L’idée reçue selon laquelle l’émigration serait liée à la pauvreté et la diminution des flux à la prospérité des pays de départ, est sans doute une idée fausse. Selon un billet de Libertalia citant un article de Courrier International c’est l’inverse : la croissance économique permet à plus de travailleurs d’avoir les moyens de partir et ce sont les classes moyennes qui migrent le plus ; en fait c’est le différentiel de salaires et de niveaux de vie qui génèrent le départ et « l’émigration ne diminue fortement que lorsque les conditions salariales deviennent quasi-équivalentes. C’est ce qui s’est passé en Europe pour l’Italie, l’Espagne et l’Irlande ». Il faut donc raisonner en terme relatif et non pas absolu.

Un autre point de vue original est à lire dans un billet de What’s next citant un article de The Economist sur les différences entre l’immigration en France et aux Etats-Unis : « Aux Etats-Unis les immigrés ont des jobs assez facilement mais ne bénéficient pas de l’Etat providence, alors qu’en Europe les immigrés bénéficient de l’Etat providence mais ont beaucoup moins facilement accès à l’emploi ».

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Publié le 17 juin 2006, dans politique et société, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. 3 Commentaires.

  1. Il est tout à fait évident (et prouvé) que sur le court-moyen terme, la promotion sociale, l’éducation (maîtrise des langues étrangères, accès aux médias internationaux), l’enrichissement (capacité de payer des voyages internationaux, …) favorisent la mobilité. Les Français qui s’expatrient sont plutôt de familles plus aisées et ont des diplômes plus élevés que la moyennee de ceux qui restent en France. C’est tout aussi vrai, pour la même raison, pour les émigrants de pays pauvres : ils sont, dans la plupart des cas, parmi les personnes « moins pauvres » de ces pays. P.ex., le niveau moyen de diplôme des immigrants récents en France est équivalent à celui des Français du même âge (il est donc très supérieur à celui de leurs classes d’âges dans leurs pays d’origine) – bien que ces immigrants récents acceptent en France des emplois très sous-qualifiés, au moins en début de carrière.

    C’est pourquoi, à court-moyen terme toujours, l’aide au développement ne freine en rien les flux d’émigration. Ce sont d’autres mesures qui le peuvent – essentiellement, à mon avis, la lutte contre le travail clandestin (car il n’y a guère de possibilité d’émigrer sans espoir de travail – que ce soit vers l’Europe, les Etats-Unis ou les pays arabes).

    Et pourtant, l’inverse est vrai à très court terme et à long terme.

    A très court terme, les crises politico-militaires ou écologiques sont des déclencheurs de migrations régionales qui se répercutent dans les mois et années suivantes à l’échelle internationale (boat-people, sécheresses au Sahel …) : une fois les gens déracinés, ils cherchent où aller. La pacification du monde, l’intervention rapide et efficace en cas de catastrophes, sont donc des clés pour stabiliser les populations.

    À long terme, comme vous l’écrivez, c’est bien la perspective de réussir matériellement autant que socialement chez soi, qui dissuade de s’expatrier. L’égalité totale des niveaux de vie n’y est pas nécessaire : on voit bien en France que la grande majorité des non-franciliens préfèrent rester en province, malgré un niveau de rémunérations un peu inférieur (10-20% ?) à emploi identique. Et pourtant, le déracinement serait très limité. On peut donc penser que les gens préfèreront rester dans leur pays d’origine avec des écarts de rémunération plus élevés. C’est déjà le cas, sinon tous prendraient leur baluchon et traverseraient le désert …

  2. Tout à fait. La notion de temps est aussi très importante. Et comme vous le dites dans votre billet la solution à moyen terme passe par la combinaison d’une réglementation efficace et d’une aide au développement négociée avec les pays de départs « en échange de leur coopération pour freiner l’exode de leurs propres ressortissants. » Cela passe sans doute aussi par une harmonisation des politiques au niveau européen.

  3. … sur cette négociation avec les pays d’origine : la disposition insérée au Sénat dans la loi Sarkozy, et dont le sénateur Badré était si fier, a finalement été retirée avant le vote final du Parlement.

    On reste donc, au moins au plan législatif, dans l’unilatéral …

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