les raisons d’un succès

Ségolène Royal a du succès. Sans doute pour deux raisons : d’abord parce que comme Sarkozy elle a renoncé à la langue de bois, appelle un chat un chat et n’hésite pas au nom de ses valeurs à briser les tabous et à se frotter à la réalité ; ensuite parce qu’elle répond aux attentes des classes populaires, ceux qui n’ont pas profité des 35 heures et ont vu leurs conditions de travail empirer, ceux qui subissent l’insécurité au quotidien dans les banlieues, ceux que Jean-Luc Mélenchon qualifient avec mépris de « petits blancs » alors qu’ils constituent la base sociale de la gauche – mais peut-être ne sont-ils plus assez politiquement correct pour demeurer le peuple ? Lire deux billets intéressants sur ce sujet :

Sarkosy, Royal ou l’après-mai 68 par Jacques Duquesne cité par Alain Hertoghe (extrait) : Si la majorité des électeurs s’intéressent à Ségolène Royal et à Nicolas Sarkozy, c’est qu’elle souhaite une France apaisée qui ne se trouve pas seulement sur les stades des raisons d’être fière d’elle-même.
Ces Français savent que le sentiment d’insécurité n’est pas seulement nourri par les images de voitures brûlées que l’on montre à la télévision, parce qu’ils peuvent conter chacun, sur ce sujet, une agression verbale ou physique, un incident ou un vol qui les a touchés, eux ou un de leurs proches.
Ils savent que l’immigration pose un vrai problème dont on n’ose pas leur montrer l’étendue et que, bien souvent, quand les médias parlent de dépradations diverses en les attribuant pudiquement à des jeunes, il s’agit de garçons d’origine maghrébine ou africaine. Ils en ont assez d’entendre célébrer la mémoire uniquement lorsqu’il s’agit de mettre en lumière les pages les plus sombres de l’histoire de leur pays. Et ils en ont également assez du prêt-à-penser libertaire que leur distillent régulièrement des journalistes, des pseudo-philosophes ou des apprenties starlettes qui répètent comme des perroquets ce qui se dit dans les bistrots branchés, dans les milieux dit abusivement culturels ou chez les Guignols de Canal+.

Ségolène et les « petits blancs » par Franck (extrait) : A ma place de « petit blanc », j’ai vécu la transformation d’un pays catho-blanc en contrée métissée multi-culturelle.
A ma place de « petit blanc », j’ai vu des proches sombrer dans le chômage longue durée.
[…] A ma place de « petit blanc », j’ai vu la banlieue se dégrader, j’ai vu l’insécurité grossir.
[…] Et puis, quelqu’un arrive, fait de la politique, et leur tient un discours (d)étonnant : la gauche ne doit plus tolérer la délinquance ; les 35 heures, ça a été bien pour les bobos, un peu moins pour les ouvriers. Encore une fois, les réponses apportées ne sont pas les miennes, loin s’en faut. Mais je sais, parce que, tout en moi parle « petit blanc », combien ce discours passe parmi les miens, combien il résonne. Et combien il redonne espoir dans la politique dans les milieux populaires.

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Publié le 8 juin 2006, dans politique et société, verbatim, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. je suis tout à fait d’accord avec votre point de vue lorsque vous dites : « ensuite parce qu’elle répond aux attentes des classes populaires, ceux qui n’ont pas profité des 35 heures et ont vu leurs conditions de travail empirer, ceux qui subissent l’insécurité au quotidien dans les banlieues ». Ca va d’ailleurs dans le sens de ce que je pense depuis quelques jours à savoir que Ségolène Royal ne joue pas le deuxième tour lorsqu’elle dit celà. Elle joue au contraire premier tour puisqu’elle se prononce sur les deux thèmes qui ont fait perdre son électorat populaire à la gauche : la sécurité et les 35 heures.
    En revanche, là où ca peut pêcher, c’est vis-à-vis des nouveaux militants qui ont adhéré lors de la campagne d’adhésion. Sont-ils représentatif de cet électorat populaire qui a fait défaut en 2002 et auquel s’adresse S. Royal, j’en doute.

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