un Adler svp

Lire une chronique d’Alexandre Adler c’est comme croquer à pleines dents dans l’histoire en mouvement : c’est écrit dans une langue savoureuse avec en arrière-plan une culture historique immense… Il reussit à éclairer une situation tout en donnant une information dense. On se souvient de son Epître à Tarik Ramadan dans lequel il dénoncait la complaisance de l’extrème gauche à l’égard de celui-ci : « La décomposition finale du communisme français, l’OPA amicale de trotskistes, aujourd’hui mieux structurés et plus radicaux, ont conduit tout naturellement au dédouanement de l’islamisme français, de ses haines et de ses préjugés sous le prétexte stupide que « l’islam, ce serait le peuple ! ». […] C’est ainsi que la conjonction de l’islamisme ascendant des Frères musulmans européens et du brejnévisme déglingué de l’archéomarxisme français a rendu les petits-fils de Gabriel Péri et de Georges Politzer (pardon, je ne voulais pas dire Politzer, disons plutôt Jacques Decour), désespérément muets, tout comme à Moscou sous Brejnev. »
La dernière chronique en date est sur l’Algérie :

Algérie : le virage «national-islamiste»
Extrait : Décidément, quand l’horizon s’assombrit au Proche-Orient, le Maghreb n’est jamais tout à fait épargné. La nomination d’un nouveau premier ministre algérien, l’ancien patron du FLN, Abdelaziz Belkhadem, est passée un peu inaperçue dans un contexte dominé par la montée du Hamas en Palestine et une crise nucléaire de plus en plus aiguë avec l’Iran. Elle n’en participe pas moins du même phénomène d’offensive générale des forces islamistes à l’échelle d’une région qui s’étend, selon l’expression à présent consacrée, de Casablanca à Karachi.  Mais tout d’abord, qui est Abdelaziz Belkhadem ? Cet apparatchik du FLN est aussi un musulman convaincu…
[…] Avec l’accession d’un national-islamiste aussi voyant au poste de premier ministre, alors même que la santé du président fléchit aux yeux de tous, c’est en réalité un autre choix stratégique que la réconciliation de tous les Algériens qu’Abdelaziz Bouteflika vient d’adopter pour sa fin de course. […] Avant le processus de guerre civile, mais aussi de démocratisation de l’Algérie, ces islamistes intégrés au coeur du pouvoir FLN étaient déjà parvenus à faire adopter le statut de la famille attentatoire à la dignité des femmes, une arabisation catastrophique de l’enseignement ainsi que des tentatives vétilleuses d’imposer un code de valeurs étranger à la jeunesse. Puis la guerre civile vint et les forces laïques durent se battre, seules et le dos au mur, face à une nouvelle génération intégriste terroriste, mais qui bénéficiait à tout le moins de la tiédeur souriante des vieux cadres du parti unique. Abdelaziz Belkhadem, qui était de ceux-là avec d’évidentes sympathies pour certains aspects de la doctrine des Frères musulmans, se distingua notamment en organisant à force de menaces et de campagnes d’intimidation l’annulation de la visite d’Enrico Macias à Constantine. Il en fut récompensé par une accession au ministère des Affaires étrangères où il fit beaucoup pour renforcer les liens avec les Etats pétroliers du Golfe – Arabie saoudite et Emirats –, qui ont toujours soutenu vivement Abdelaziz Bouteflika. Secrétaire général de l’ancien parti unique FLN, il prenait en main la fermeture des établissements privés francophones et l’agitation contre un traité d’amitié avec la France. (article complet)

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Publié le 6 juin 2006, dans politique et société, verbatim, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Il y a des fois où c’est aussi du grand n’importe quoi.
    Ce que j’aime bien dans les chroniques consacrées au moyen-orient, c’est quand il énumère la liste de tous les agents des services secrets de n’importe quel pays arabe, ainsi que la généalogie complète desdits agents, avec l’accent.

    Je parle bien entendu des chroniques matinales sur France Culture

  2. Il a aussi l’art des formules : le « brejnévisme déglingué de l’archéomarxisme français » c’est superbe !
    C’est vrai qu’à la radio ou la télé ses multiples digressions sur les détails biographiques de tel ou tel sont encore plus savoureuses : on est parfois un peu perdu, mais on se laisse bercer par la voix, comme dans un conte des Mille et une nuits… C’est un conteur et un historien qui a inventé la géopolitique gourmande !

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