Ayaan Hirsi Ali s’en va

Pour avoir menti afin d’obtenir le droit d’asile Ayaan Hirsi Ali, la députée néerlandaise d’origine somalienne, va sans doute partir aux Etats-Unis. Dommage…
Il faut dire que cette figure de la lutte contre l’islam radical dérange par sa liberté de ton : « Modèle d’intégration, Hirsi Ali reste un corps étranger. Aussi populaire qu’elle compte d’ennemis. La plupart des 900 000 musulmans des Pays-Bas détestent la brutalité de ses coups de boutoir contre l’islam. Quant à l’establishment politique, il s’agace qu’une étrangère s’acharne à démolir les derniers pans de la vitrine du modèle multiculturel néerlandais. » (Libération, 15-07-05).
Car elle se réclame d’une laïcité à la française, défend la liberté d’expression, le droit des femmes et des homosexuels, dénonce le relativisme culturel et l’islam politique. Objet de menaces, elle vivait sous protection policière, ce qui génait ses voisins… Son intervention la plus connue est le discours prononcé à Berlin le 9 février 2006 suite à l’affaire des caricatures :

Extraits : Nous avons été submergés sous un flot d’opinions nous expliquant que les caricatures étaient mauvaises et de mauvais goût. Il en ressortait que ces dessins n’avaient apporté que violence et discorde. Beaucoup se sont demandé tout haut quel avantage il y avait à les publier.
Eh bien, leur publication a permis de confirmer qu’il existe un sentiment de peur parmi les écrivains, les cinéastes, les dessinateurs et les journalistes qui souhaitent décrire, analyser ou critiquer les aspects intolérants de l’islam à travers l’Europe.
Cette publication a aussi révélé la présence d’une importante minorité en Europe qui ne comprend pas ou n’est pas prête à accepter les règles de la démocratie libérale. Ces personnes – dont la plupart sont des citoyens européens – ont fait campagne en faveur de la censure, des boycottages, de la violence et de nouvelles lois interdisant l' »islamophobie ».
Ces dessins ont montré au grand jour qu’il y a des pays qui n’hésitent pas à violer l’immunité diplomatique pour des raisons d’opportunité politique. On a vu des gouvernements malfaisants, comme celui d’Arabie saoudite, organiser des mouvements « populaires » de boycottage du lait ou des yaourts danois, alors qu’ils écraseraient sans pitié tout mouvement populaire qui réclamerait le droit de vote.
Je suis ici aujourd’hui pour réclamer le droit d’offenser dans les limites de la loi. Vous vous demandez peut-être : pourquoi à Berlin ? Et pourquoi moi ?
Berlin est un lieu important dans l’histoire des luttes idéologiques autour de la liberté. C’est la ville où un mur enfermait les gens à l’intérieur de l’Etat communiste. C’est la ville où se concentrait la bataille pour les esprits et les coeurs. Ceux qui défendaient une société ouverte enseignaient les défauts du communisme. Mais l’oeuvre de Marx était discutée à l’université, dans les rubriques opinions des journaux et dans les écoles. Les dissidents qui avaient réussi à s’échapper pouvaient écrire, faire des films, dessiner, employer toute leur créativité pour persuader les gens de l’Ouest que le communisme n’était pas le paradis sur Terre.
Malgré l’autocensure de beaucoup en Occident, qui idéalisaient et défendaient le communisme, malgré la censure brutale imposée à l’Est, cette bataille a été gagnée.
Aujourd’hui, les sociétés libres sont menacées par l’islamisme, qui se réfère à un homme nommé Muhammad Abdullah (Mahomet) ayant vécu au VIIe siècle et considéré comme un prophète. La plupart des musulmans sont des gens pacifiques ; tous ne sont pas des fanatiques. Ils ont parfaitement le droit d’être fidèles à leurs convictions. Mais, au sein de l’islam, il existe un mouvement islamiste pur et dur qui rejette les libertés démocratiques et fait tout pour les détruire. Ces islamistes cherchent à convaincre les autres musulmans que leur façon de vivre est la meilleure. Mais quand ceux qui s’opposent à l’islamisme dénoncent les aspects fallacieux des enseignements de Mahomet, on les accuse d’être offensants, blasphématoires, irresponsables – voire islamophobes ou racistes.
Ce n’est pas une question de race, de couleur ou de tradition. C’est un conflit d’idées qui transcende les frontières et les races.

[…] Je ne cherche pas à offenser le sentiment religieux, mais je ne peux me soumettre à la tyrannie. Exiger que les hommes et les femmes qui n’acceptent pas l’enseignement du Prophète s’abstiennent de le dessiner, ce n’est pas une demande de respect, c’est une demande de soumission.
Je ne suis pas la seule dissidente de l’islam, il y en a beaucoup en Occident. Et s’ils n’ont pas de gardes du corps, ils doivent travailler sous de fausses identités pour se protéger de l’agression. Mais il y en a encore beaucoup d’autres à Téhéran, à Doha et Riyad, à Amman et au Caire, comme à Khartoum et Mogadiscio, Lahore et Kaboul.
Les dissidents de l’islamisme, comme ceux du communisme en d’autres temps, n’ont pas de bombes atomiques, ni aucune autre arme. Nous n’avons pas l’argent du pétrole comme les Saoudiens et ne brûlons ni les ambassades ni les drapeaux. Nous refusons d’être embarqués dans une folle violence collective. D’ailleurs, nous sommes trop peu nombreux et trop dispersés pour devenir un collectif de quoi que ce soit. Du point de vue électoral, ici en Occident, nous ne sommes rien.
Nous n’avons que nos idées et nous ne demandons que la possibilité de les exprimer. Nos ennemis utiliseront si nécessaire la violence pour nous faire taire. Ils emploieront la manipulation ; ils prétendront qu’ils sont mortellement offensés. Ils annonceront partout que nous sommes des êtres mentalement fragiles qu’il ne faut pas prendre au sérieux. Cela n’est pas nouveau, les partisans du communisme ont largement utilisé ces méthodes.
Berlin est une ville marquée par l’optimisme. Le communisme a échoué, le Mur a été brisé. Et même si, aujourd’hui, les choses semblent difficiles et confuses, je suis sûre que le mur virtuel entre les amoureux de la liberté et ceux qui succombent à la séduction et au confort des idées totalitaires, ce mur aussi, un jour, disparaîtra.
(discours complet)  

Ayaan Hirsi Ali, d’origine somalienne, est députée au Parlement néerlandais, membre du parti libéral VVD. Scénariste du film « Submission », qui valut à Théo Van Gogh d’être assassiné par un islamiste en novembre 2004, elle vit sous protection policière… biographie complète  

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Publié le 16 mai 2006, dans politique et société, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. Elle a menti sur les circonstances de son arrivée en Hollande, soit, mais cela ne change rien à sa justesse de son combat. Et le pire dans cette affaire est que la responsable de l’autorité chargée des relations avec les musulmans (l’existence de cette institution en dit long sur la situation du pays…) s’est félicitée de son départ, considérant qu’il allait améliorer les relations de la population hollandaise et des musulmans…hollandais.

    La comparaison entre les méthodes de terrorisme intellectuel des intégristes musulmans et les anciens dirigeants communistes est on ne plus pertinente.

    Et il est intéressant de constater que ceux qui faisait « l’autruche » devant les crimes communistes sont exactement les mêmes qui font des courbettes aux intégristes musulmans sous prétexte de multi-culturalisme (encore une abérration: la France n’est pas un pays multiculturel, lisez le préambule de la Constitution de 1958)!!

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