cachez ces caricatures (2)

Quelques courageuses et saines réactions existent :

« Vous ne devez pas renoncer à la liberté religieuse et à la libre critique. Si vous cédez, c’en sera fini. Tous les prétextes seront alors invoqués. Il n’y aura pas de limite », a affirmé Hamadi Redissi, professeur de sciences politiques à l’Université de Tunis, dans un entretien publié par le quotidien italien Il Giornale. « Qu’il soit interdit aux musulmans d’offenser le prophète est compréhensible. Mais dans ce cas, on cherche à étendre cet interdit à vous, Occidentaux. C’est une tentative d’imposer la Charia, la loi islamique au monde », a-t-il ajouté.

« Quel est le sens de cette opération montée de toutes pièces par les Frères musulmans, la Syrie et l’Iran ? Faire peur en montrant sa force et sa capacité de nuisance à l’intérieur même du monde occidental. Voilà quelques années que de fatwa anti Rushdie en attentats, d’affaire du voile en Intifada des banlieues, de 11 septembre à New York, aux bombes de Madrid ou à Londres, la pression islamiste se fait chaque jour plus forte contre un Occident sans conscience de lui même, timoré et culpabilisé.
Dans les années 80 le président Mitterrand avait eu un mot juste dans l’affaire des missiles soviétiques qui menaçaient l’Europe : « les missiles sont à l’Est et les pacifistes sont à l’ouest » et il acceptait ainsi l’installation de missiles américains sur le sol européen pour damer le pion aux soviétiques. Pendant ce temps à Paris, Londres ou Bonn les pacifistes préféraient être « plutôt rouges que morts ».
Quelle est la question aujourd’hui ? Les européens préfèrent ils être plutôt verts que morts ?
D’un vert choisi par Ben Laden. Les menaces sont claires et il faut être aveugle pour ne pas voir la stratégie à l’oeuvre. »
Jacques Tarnero (article complet)

« Liberté ou autocensure, c’est l’enjeu du moment ; et la pression est si forte qu’on oublie une évidence : ces violences se produisent dans des États où, le plus souvent, les droits élémentaires de la personne ne sont pas respectés.
On n’y manifeste pas sans la complaisance du pouvoir. Dans ces lieux, les religions autres que l’islam ne sont pas tolérées ou, si surveillées, si stigmatisées qu’elles sont de fait interdites. Là on diffuse des feuilletons télévisés, des livres qui reprennent les thèmes du faux les Protocoles des sages de Sion. Les juifs y sont représentés comme des égorgeurs d’enfants, maîtres du monde. C’est dans ces pays qu’on applaudit les déclarations d’un chef d’État qui proclame qu’il faut « rayer Israël de la carte » et doter sa nation du feu nucléaire.[…]
Certes, il faut tenir compte de la souffrance infligée aux croyants par ce qui leur paraît blasphématoire. Et il y a dans l’usage marchand de la dérision une négation de l’Autre qui est attentatoire à sa dignité. Il faut le dire. Mais à quelles régressions conduiraient censure et autocensure ? Et surtout – c’est la question cardinale –, jusqu’où devrions-nous aller ?[…] Faut-il énumérer ce que nous avons déjà accepté ? Piscines séparées selon les sexes, patientes exigeant d’être soignées par des femmes médecins, cours d’histoire et de littérature contestés, tentative pour faire interdire une pièce de Voltaire (1741 !) intitulée Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète, etc., etc. Doit-on, à chaque fois, reculer au nom du respect de l’Autre, de sa sincérité ? Faut-il pratiquer cette politique d’apaisement ? Cela consisterait à renoncer à l’existence d’un espace public laïque. Il est imparfait ? Certes, mais il nous a permis peu à peu de nous tolérer les uns les autres, de vivre ensemble avec un socle de valeurs communes.[…]
Que voulons-nous défendre de ce que nous avons acquis, siècle après siècle ? Que sommes-nous prêts à abandonner ? Par réalisme ? Par sagesse ? Ou par lâcheté ? Au temps de Munich, en 1938, ce dernier mot avait un synonyme, employé par les diplomates : apaisement. »
Max Gallo (article complet)

« En Europe, les manifestations se sont déroulées pacifiquement et l’on n’a pas retrouvé ­ sauf dans quelques cas comme un défilé à Londres appelant à tuer les Européens ­ un tel fanatisme.[…] Mais une question largement présente dans l’opinion demeure : pourquoi les militants des associations qui protestent aujourd’hui ne l’ont-il pas fait avec la même vigueur contre les attentats du 11 septembre, de Madrid et de Londres ? Pourquoi n’ont-ils pas déployé la même force de protestation face aux drapeaux brûlés des pays européens, aux ambassades attaquées, aux cris de haine et aux appels aux meurtres contre les Européens ? Pourquoi n’ont-ils pas fait clairement leur cette question posée par un journaliste jordanien emprisonné pour avoir publié les caricatures : «Qu’est-ce qui porte plus préjudice à l’islam ? Ces caricatures ou bien les images d’un preneur d’otage qui égorge sa victime devant les caméras, ou encore un kamikaze qui se fait exploser au milieu d’un mariage à Amman ?» Une réponse claire et précise à ces questions aurait un impact bien plus grand que les discours généraux sur la paix et la religion, ou la condamnation de principe de la violence «d’où qu’elle vienne», qui permet de mettre sur le même plan des phénomènes de nature différente. »
J-P Le Goff (article complet)

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Publié le 21 février 2006, dans politique et société, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur cachez ces caricatures (2).

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