vendanges à Montmartre

Sur le flanc nord de la butte Montmartre on peut trouver une vigne, petit carré de verdure en plein Paris, dernier vestige d’une viticulture urbaine qui remonte à la nuit des temps, peut-être au temps des Gallo-romains puisque le nom même de Montmartre vient du latin Mons Mercuri vu qu’à l’époque il y avait déjà un temple, dédié au dit Mercure dieu du commerce et des voyageurs, ce qui finalement n’a pas tellement changé vu le nombre de touristes qui viennent dépenser leurs sous sur la butte. Enfin bref ! Tout ça pour dire qu’il y a une vigne et que c’est la preuve que nous sommes civilisés puisqu’on boit du vin – ceux qui ne boivent pas de vin étant par simple déduction logique des barbares, des moins que rien, des bachibouzouks indécrottables…

Or donc cette vigne est vendangée tous les ans à la même époque, assez vite d’ailleurs vue la taille, et cela donne lieu à une fête, la fête des vendanges, je dis bien une fête et non pas une teuf comme on le comprendra par la suite, bien que le comité organisateur essaie toujours de trouver des parrains branchouilles, cette année Chimène Badi et Nagui – pour ceux qui ne connaissent pas qu’ils se reportent à leur Télé7jours préféré – fête donc qui est l’occasion de rencontrer la fine fleur de nos provinces françaises qui se déplacent pour l’occasion dans leurs plus beaux atours…

Ainsi tout commence par un bel après-midi d’automne, place Jules Joffrin – place de la mairie du 18e pour les forains – où après les discours des personnalités, branchouilles et autres, un groupe de chasseurs à courre mais à pied sonnent du cor pour marquer le début de l’évènement le plus représentatif et le plus attendu :

le défilé des « groupes folkloriques et des compagnies vineuses » comme il est dit sur la brochure – oui « vineuses » et non pas avinées comme le pensent déjà en lisant ces lignes les mauvais esprits toujours prompts à ricaner – bien que ce terme puisse prêter à confusion…
Que nous dit le dictionnaire à ce sujet (un peu de culture ça fait pas de mal) ? Vineux, euse : qui a la couleur, l’odeur, le goût du vin.
Ah ! Evidemment c’est un peu risqué comme adjectif, « vinicoles » ou « viticoles » eussent étés – non ! ne faites pas la liaison ! – plus anodins bien que peu adéquats, mais bon, de toute façon le défilé est piéton… et les photos sont là pour prouver que nos chevaliers, dont ceux de la Commanderie des gastronomes des châteaux du val de Loire (n° 9), sont restés dignes de la confiance que nous mettons en eux, même si certains en ont fait un peu trop dans le genre sérieux, tel les n° 27 de la Confrérie des chevaliers de la bonne humeur…
Ca ne s’invente pas ! 🙂

Cette année le défilé est parti de la place de la mairie pour rejoindre les jardins du Sacré Coeur, en passant à l’ouest de la butte, et notamment sur la place Constantin Pecqueur où se tenait « la foire aux croûtes » (sic) qui exposait les oeuvres nonobstant récentes des artistes locaux, le parcours sur la butte changeant tous les ans pour déjouer les attentats potentiels des vinophobes, toujours à l’affût d’un coup fumant.
Il a ainsi déambulé gaiement sous le mince soleil d’octobre, semant au passage quelques grains de raisin et nous permettant d’admirer les belles tenues orangées des petits gilles de Flandre,

les costumes intemporels de nos cousins bretons, qui sentent bons le chouchen, le kouign aman et l’air du large, que ce soit pour les dames ou pour les messieurs,

et les tenues plus excentriques encore des comparses de nos lointains cousins d’Outre-Manche, la Confrérie de l’Ordre des Tastes Whisky Ecossais

En fin de journée et avant le feu d’artifice, tout ce petit monde dont les noms fleurent bon le foudre et le tanin, le coquelicot et la rosée – l’Ordre oenophile de Marlenheim, le Consulat de la Viné de Bergerac, les Compagnons de l’Asperge de la Vigne de Sannois, la Confrérie des Damoiselles de Chiroubles… – s’est retrouvé dans le « village des stands » qui présentaient les produits de nos terroirs :
des vins du Languedoc, du cidre de Bretagne, du rhum et des bananes de Martinique, des liqueurs bien sûr mais aussi des cochonnailles (ah ! l’andouille de Guémèné …), des pains, des biscuits, des confitures, des fromages et même des marrons du fin fond de l’Ardèche dont certains se sont avérés véreux, mais bon, sachons rester sport, il faut aider les petits producteurs…
Ces agapes festives et ensoleillées ont duré tout le week-end pour le plaisir de tous, grands et petits.
Ah ! Quelle belle fête nous avons eu encore cette année !
A l’an prochain !

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Publié le 20 octobre 2005, dans humour, jours, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur vendanges à Montmartre.

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