administrations : adieu mademoiselle !

mademoiselleÇa y est, la case "mademoiselle" va enfin disparaitre ! Comme quoi la campagne coup de poing organisée en septembre par l’association Osez le féminisme et le buzz qu’elle avait déclenché ont été efficace. Comme quoi quand on le veut, un changement aussi simple à réaliser peut se mettre en place rapidement.

Par une circulaire du 21 février émanant du premier ministre, il est décidé que les termes "mademoiselle" mais aussi "nom de jeune fille" et "épouse de" – termes qui renvoyaient la femme, et elle seule, à son statut marital et qui établissaient donc une inégalité de traitement – sont supprimés des formulaires administratifs.
Il n’y aura plus que "madame" ou "monsieur". Osez le féminisme incite les entreprises et organismes privés à faire de même.

Ce qui est proprement hallucinant, et qui ne manquera pas d’étonner les générations futures, c’est qu’il ait fallu attendre le début du 21e siècle pour établir un élément d’égalité aussi simple et basique. Comme quoi la charge symbolique et le degré de résistance étaient beaucoup plus importants que certains ne voulaient bien l’admettre.

Autre exemple significatif : il a fallu en arriver à instaurer par la loi des systèmes de quotas pour lutter contre le plafond de verre dans les conseils d’administrations des grandes entreprises (janvier 2011) et plus récemment dans la haute fonction publique (février 2012). Les quotas qui concernent les nominations de hauts fonctionnaires seront mis en place progressivement :
20 % en 2013 et 2014, 30 % de 2015 à 2017 et 40 % à partir de 2018. C’est dire d’où l’on part ! Actuellement, les femmes, qui constituent 60 % des effectifs de la fonction publique, ne représentent que 10 % des hauts fonctionnaires (source : portail de la fonction publique). Sur le principe je ne suis pas fana du système des quotas, mais rappelons que les femmes ne constituent ni une minorité (c’est la moitié de la population), ni un groupe arrivé récemment sur le territoire.

Dans le cadre de la campagne pour les élections présidentielles, Osez le féminisme a lancé une campagne intitulée "l’égalité femmes-hommes maintenant !". Son principe est simple : il s’agit de dire maintenant ça suffit, nous voulons des actes pour que les choses changent vraiment. Car dans les faits, même si l’égalité femmes-hommes a progressé, elle n’est pas totalement acquise. Voici, pour conclure, un extrait de l’appel que l’on peut signer sur le site http://www.egalite2012.fr/ :

Nous entendons souvent que l’égalité entre les femmes et les hommes serait acquise. Et pourtant, en 2012, le quotidien des femmes reste marqué par les inégalités salariales, la précarité, les violences physiques, sexuelles et psychologiques, les difficultés d’accès à l’avortement et à la contraception, les stéréotypes sexistes…
[...] Dans les débats qui entourent les élections présidentielles, l’égalité entre les femmes et les hommes est toujours passée à la trappe. Nous exigeons qu’en 2012 l’égalité soit enfin inscrite à l’agenda politique. Les grands discours et les mesurettes sont inutiles : nous voulons des engagements précis et des résultats concrets.

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Publié le 22 février 2012, dans politique et société, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 13 Commentaires.

  1. Quand même, il faut être juste … On était non dans la loi, mais dans les usages … Le fait qu’une circulaire n’ait aucune valeur juridique, sauf à faire taire un usage, me parait devoir être souligné.
    Ajoutons qu’un progrès avait déjà été fait par l’administration … je regarde ma carte d’identité … elle a déjà quelques années. J’ai été autorisée par jugement, à conserver l’usage de mon nom marital, pour des motifs d’ordre professionnel et familial. Ma CNI ne mentionne pas "divorcée de …", mais "Nom d’usage: XXX" …
    Néanmoins bravo … avec un "bémol" : j’ai trouvé cette campagne "coup de poing" anormalement violente … De la concertation non violente naissent aussi d’ambitieuses réformes.
    Amitiés féministes.

  2. Comme toujours un train peut en cacher un autre et ainsi que l’évoque ladyappoline , il s’agit de faire taire un usage sur le papier puis, – je vais plus loin – de ringardiser le terme mademoiselle dans la vie réelle . Les méthodes du féminisme actuel ne sont pas honnêtes et le rendent vraiment antipathique.

  3. @ ladyapolline : "De la concertation non violente naissent aussi d’ambitieuses réformes"

    D’une part je n’ai pas trouvé la campagne de Osez le féminisme violente, d’autre part faire de la concertation sur un problème aussi facile à régler avait peu d’intérêt…

    @ lucie : je ne vois pas ce qu’il y a de "pas honnêtes"…

  4. Ravie de cette avancée. J’avais un truc imparable pour les mecs qui demandaient : "C’est Madame ou Mademoiselle ?", je répondais "Et vous ? Monsieur ou Mondamoiseau ?" . L’effet était garanti (surtout quand Monsieur était entouré d’autres mâles et que j’étais la seule femme !). Nous étions en France une fois de plus bien en retard, car dans la plupart des pays européens (notamment en Allemagne où je suis souvent) la distinction n’existe plus depuis un certain temps !
    Josie

  5. Une campagne "coup de poing" ça n’a rien de brutal … Bon, j’ai dû mal lire.

  6. Justement, c’est moi qui utilise l’expression "coup de poing" ; c’est une image, ça ne veut pas dire que la campagne était violente.

  7. J’ai employé le terme malhonnête pour dire que l’enjeu réel n’est pas celui que l’on croit et que vous décrivez, c’est à dire la suppression de mademoiselle sur le papier. Dans les contacts du quotidien, ça va être difficile de le supprimer.

  8. Ben si, l’enjeu ce sont les formulaires.

  9. Je pense comme Lucie que ça relève surtout de l’usage au quotidien, et pas de la paperasse. Voici quelques mois, je discutais à Angers avec une ex d’il y a trente ans. Elle appela ses enfants durant le déjeuner, puis subitement je lui ai demandé si elle était mariée houpa.
    J’avais remarqué sur le portail ouaibe de la Ville qu’elle portait le nom que je lui connaissais quand nous étions adolescents (elle est adjointe au maire).
    Oui. Elle s’est mariée peu avant son premier enfant, il y a près de vingt ans. Et a conservé son nom de jeune fille.
    Les administrés (comme ses clients dans sa vie professionnelle) ne savent pas que c’est son nom de naissance, ne l’ayant pas nécessairement connue avant son élection ou avant ses débuts dans la vie professionnelle.
    Quand je suis allé chez elle et son mari le soir du réveillon du Jour de l’An, pour voir son frère de passage en France quelques jours, les deux noms figuraient sur la sonnette: celui de l’adolescente que j’avais connue autrefois et celui de l’ancien collègue de mon père.
    C’est peut-être ça la vraie avancée, non?

  10. La vraie avancée c’est d’établir l’égalité de traitement dans les formulaires… et dans les noms d’usage, puisque aujourd’hui les hommes aussi peuvent prendre le nom de leur femme après le mariage : http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F868.xhtml

  11. Belle victoire… et beau hochet!
    L’abandon extrêmement rapide de l’administration -dont les délais de réforme habituels sont autrement plus long- montre qu’il n’y avait strictement aucun enjeu.
    Si l’on se souvient des débats et des résistances sur les réformes orthographiques, cette amputation de la langue aura été remarquablement rapide.
    (A titre d’exemple et de comparaison: j’ai essayé jadis de faire faire quelque chose par ma commune de résidence… il a fallu 3 ANNÉES de mobilisation pour arriver jusqu’au cabinet du maire, pour simplement exposer le projet, qui n’a jamais été financé).

    J’ai trouvé pour ma part la campagne assez violente, de part l’énergie mise par ses promoteurs(-trices) pour la défendre, dans la mesure où la communication sur le sujet ne mentionnait que très peu les formulaires administratifs: deux vidéos sur trois sur le site MouM montraient d’ailleurs des usages du terme "mademoiselle" qui n’avaient rien à voir avec l’administration.

    Je suis heureux néanmoins de voir que cette revendication, sûrement parmi les plus importantes du féminisme actuel, a été satisfaite en moins de six mois, ce qui montre que la société est désormais sensible à cette thématique.

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