L’Anti-Christ c’est la femme

antichristLe film Antichrist porte mal son nom. En fait c’est un film anti-femme. Le dernier film de Lars Von Trier aurait pu être un film d’horreur classique : un couple dont l’enfant est mort s’isole dans un chalet, la femme qui se révèle folle essaie de mutiler puis de tuer son mari, celui-ci parvient à se sortir de la situation et la tue, scènes sanglantes et violentes à l’appui. Cela aurait pu s’arrêter là.

Mais cela va beaucoup plus loin : la femme a sombré dans la folie suite à un travail de recherche sur les violences et les crimes commis contre les femmes au Moyen Âge et l’on comprend peu à peu qu’elle est devenue ce que les autorités religieuses de l’époque pourchassaient : une sorcière, au sens maléfique du terme. L’anti-Christ, Satan, c’est la femme. Le dernier T n’est-il pas le symbole de la femme ♀ ?

Le film recycle ainsi toutes les accusations des procès en sorcellerie : la sorcière – la femme – en symbiose avec la nature qui est l’oeuvre de Satan – les glands qui tombent des arbres attaquent littéralement la main de l’homme, les animaux agressifs parlent – est dotée de pouvoirs mystérieux, elle a une sexualité débridée – nymphomane jamais satisfaite, elle force son mari ou nue dans la forêt, se masturbe frénétiquement… Toutes les scènes sanglantes sont liées à la sexualité : après avoir usé de son mari, elle le frappe aux parties génitales provoquant une syncope, le masturbe, fait gicler du sang, perce son tibia puis y accroche une meule de pierre pour l’immobiliser ; plus tard – dans un mouvement de rédemption ? – elle se mutile en se coupant le clitoris…

sorcièresA la fin, dans l’enfer de ce chalet nommé Eden, l’homme qui est arrivé à s’enlever la meule, étrangle sa femme puis… la brûle sur un bûcher. Être innocent, psychothérapeute gentil soucieux d’aider sa femme dans le deuil,  piégé par la folie maléfique de celle qui mettait des chaussures à l’envers à leur fils – d’ailleurs mort pendant qu’ils s’accouplaient – l’homme a fini par brûler la sorcière. Alors tout d’un coup le ciel s’éclaire et la nature semble libérée…

Dire que ce film est misogyne est un euphémisme. Le metteur en scène a manifestement un problème avec les femmes et/ou la sexualité. Tout y est : peur de la castration, peur de la sexualité féminine, mystérieuse et dangereuse. Bref, un film que je déconseille à Olympe qui faisait très justement remarquer dans un billet récent que l’on tolère pour les femmes ce qui est interdit pour d’autres catégories de personnes.


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Publié le 8 juillet 2009, dans BEST OF, films & Co, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 12 Commentaires.

  1. Je ne peux qu’approuver ce que tu écris, Polluxe. J’ai relayé ton billet sur mon blog via un lien et donné mon avis sur les intentions de Lars von Trier.

  2. eh bé j’étais déjà sûre de pas vouloir le voir, mais alors là … doublement ! :-(

  3. Laissez Olympe tranquille : elle est déjà occupée avec Orelsan…

  4. Je dois dire que l’idée de voir Charlotte Gainsbourg se masturber me laisse le bitogramme absolument plat.

  5. Dans l’imaginaire des films d’horreurs, les codes du genre ont instauré spontanément une association du meurtre au sexe. Renvoi vers l’inconscient collectif ? Héritage d’une morale judéo-chrétienne ?

    De toutes façons, en ce qui concerne Lars Von Trier, j’ai toujours pensé qu’il y avait à boire à et manger.
    J’ai absolument adoré Breaking The Waves qui restera comme l’un des plus beaux films sur la passion et l’amour nous épargnant toutes les niaiseries auxquelles on nous a habitué.
    Je ne peux néanmoins m’empêcher de voir une dérive arrogante « happy few » pseudo-intellectuel depuis Dancer in the Dark. Un peu comme David Lynch par ailleurs.

  6. Ben les mecs, vous êtes pas mal dans le champs! C’est l’histoire d’UNE femme et d’UN homme. De vouloir étendre l’histoire de cette femme à celle de toutes les femmes est un processus intellectuelle douteux, de même que de dire que le film est misogyne… Qu’une femme soit à un moment de sa vie considérée comme l’Antécrist, dans la vie d’un seul homme aux prises avec celle-ci est aussi valable qu’une femme qui serait aux prises avec un monstre. Ce sont des histoires de vies, de souffrances, auxquelles on cherche souvent à donner un sens, un symbole pour mieux assimiler leur caractère absurde et inconcevable… Bravo pour la première lecture, maintenant, il vous en reste deux et trois autres… au moins!

  7. @ Didier : Ttsss ! ;-)

    @ Nemo : Curieuse association que celle du meurtre et du sexe ; ce serait intéressant d’en trouver l’origine.

    @ Gogo : Il ne s’agit pas de faire une généralisation, d’étendre l’histoire d’une femme à celle de toutes les femmes, puisque c’est une fiction, mais à l’inverse de repérer les symboles misogynes que le metteur en scène a choisi de mettre dans ce film.

  8. c’est courageux d’aller voir un film pareil !

  9. En fait je n’avais lu ni entendu aucune critique ; je savais seulement que Gainsbourg avait eu un prix à Cannes. Par contre il m’a fallu du courage pour ne pas quitter la salle.

  10. Un si joli billet pour un tel film. ;-)

  11. Moi, c’est clair, je n’irai pas le voir, et ma décision est irrévocable.

    @ Nemo
    Oui, je suis d’accord avec toi pour Lynch. Lost Highway m’était apparu comme un film ultra-violent (beaucoup de violence suggérée, toutefois) et un peu prétentieux, par certains aspects.

  1. Pingback: et si tout ça n’était qu’une affaire de sexe ? « le blog de polluxe

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