15 + 9 = 27 – 5 + 2

Schengen
C’est la nouvelle équation de l’espace Schengen après l’entrée de 9 pays d’Europe centrale. En effet 2 pays n’appartenant pas à l’UE sont associés à l’espace Schengen (Islande, Norvège) tandis que sur les 27 pays de l’UE, 5 n’en font pas partie : Chypre, Bulgarie et Roumanie mais aussi Royaume-Uni et Irlande ; ces 2 pays bénéficient de la clause d’opting-in c’est à dire qu’ils participent à certaines dispositions (coopération policière et judiciaire, Système Informatique Schengen) mais gardent le contrôle de leurs frontières. On reconnait bien là le pragmatisme de nos voisins anglo-saxons qui consiste à avoir les avantages d’une situation et à en éviter les inconvénients. Et ils ont raison !
A l’heure où l’espace Schengen s’agrandit on nous présente cette suppression des contrôles aux frontières comme la seule voie possible menant à la « liberté de circulation des personnes ». Or il en existait une autre. Si l’espace Schengen existe c’est parce qu’à l’origine les pays membres de l’UE ne sont pas arrivés à se mettre d’accord sur la définition de la libre circulation des personnes : « Certains pensaient que la liberté de circuler s’appliquait à tous et devait donc entraîner une suppression des contrôles frontaliers. D’autres jugeaient qu’elle était réservée aux citoyens européens et que les contrôles aux frontières étaient nécessaires à la distinction entre citoyens européens et ressortissants de pays tiers. »  Cette deuxième version aurait supposée d’équiper tous les postes frontières de 2 voies comme c’est le cas actuellement dans les aéroports européens : la voie « citoyens de l’UE » à passage rapide et la voie « autres citoyens » à contrôle plus strict. ( Qui n’a pas connu cette douce sensation quand on revient de l’étranger en avion – c’est à dire de l’extérieur de l’Europe – de passer par la voie UE en montrant sa carte et en faisant un simple sourire au policier ? Douce sensation d’être partout chez soi à Franckfort, à Prague, à Rome, à Helsinki ou à Madrid…).
Cela aurait sans doute gêné les flux migratoires illégaux que les pays aux frontières externes de l’UE ont tant de mal à contenir malgrè la création de Frontex :

«Qu’importe semble-t-il, l’espace Schengen continue d’enfler alors que la pression migratoire ne cesse de croître. Elle vient de l’est, du sud. Les pays les plus exposés avouent leur impuissance à y faire face. Il y a un an à peine, la Grèce réunissait à grands frais à Athènes toutes les polices européennes pour lancer une forme d’appel à l’aide. Comment pouvait-elle faire face au flot migratoire à ses frontières et exercer une stricte surveillance sur la multitude d’îles en mer Égée ? Elle manquait d’hommes, elle manquait de moyens. [...] En créant en 2004 une agence chargée de coordonner la surveillance des frontières extérieures de l’UE et d’assister les États membres en cas de besoin (Frontex), Bruxelles avait voulu se doter d’un outil contre l’immigration illégale. Mais, aujourd’hui, son directeur ne cache pas son inquiétude face à l’élargissement de l’espace Schengen à de nouveaux pays où la corruption se joue des lois. « C’est un choix délibéré de l’Union européenne de se concentrer plus sur la liberté de mouvement des personnes que sur les questions de sécurité », lâche-t-il.» (Le Figaro, 20-12-2007)

Ne serait-ce pas là une forme de naïveté ou d’aveuglement qui consiste à poursuivre un idéal sans tenir compte du contexte ? Le mieux est l’ennemi du bien, dit le proverbe.
Autre fait curieux à propos de l’Europe : dans le traité de Lisbonne qui vient d’être signé, aucune mention n’est faite des symboles de l’UE (drapeau, hymne) si bien que certains pays (mais pas la France) ont pris la peine d’y adjoindre une déclaration les reconnaissant !
On a l’impression que l’UE avance mal ou de travers d’où peut-être l’interview très désabusée de J-L Bourlanges dans Le Monde, « L’Europe fait semblant… » :

«Mais la phase historique qui va de la reconstitution du couple franco-allemand grâce à Valéry Giscard d’Estaing et à Helmut Schmidt jusqu’à la création de l’euro, dernière manifestation de la créativité franco-allemande, a pris fin quelque part entre la guerre d’Irak, l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie, les criailleries budgétaires et un élargissement bâclé. Aujourd’hui, l’Europe n’est plus en crise grâce au traité de Lisbonne. Elle a atteint un palier et elle continuera de fonctionner cahin-caha sans développement institutionnel et politique majeur pour au moins une quinzaine d’années. Elle va connaître ce que Keynes appelle un équilibre de sous-emploi. C’est faiblement exaltant.»

Publié le 22 décembre 2007, dans politique et société, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés.

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